Mgr Léonard est le nouveau primat de Belgique
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lundi 18 janvier 2010, 21:06
Monseigneur André-Mutien Léonard succède officiellement au cardinal Danneels comme archevêque de Malines-Bruxelles. Premier parti à réagir, le CDH souhaite une continuité avec l’action et de l’esprit de Mgr Danneels. Le PS appelle à la tolérance et au respect des droits. Chattez ce mardi de 11h45 à 12h45 avec Olivier Servais, professeur d’anthropologie des religions à l’Université catholique de Louvain et aux Facultés Notre-Dame de Namur
Gabriel Ringlet sur Mgr Léonard : « Nous sommes en pleine Restauration »
Biographie
Mgr André-Mutien Léonard est né à Jambes (Namur) le 6 mai 1940. Il est le dernier d’une famille de quatre garçons, tous prêtres. Il est orphelin de guerre, son père étant mort dix jours après sa naissance.
Au terme de ses humanités au Collège Notre-Dame de la Paix à Namur, il entre au Séminaire Léon XIII à Louvain. Il s’inscrit aussi à l’UCL où il obtient une licence en philosophie. Il poursuit ensuite ses études au Collège belge de Rome et décroche une licence en théologie de l’Université grégorienne.
Ordonné prêtre à Namur le 19 juillet 1964, il retourne à Louvain et obtient le grade de maître-agrégé en philosophie, pour une thèse intitulée « Commentaire littéral de la Logique de Hegel ».
D’abord chargé de cours, il devient en 1976 professeur ordinaire de philosophie à l’UCL. Nommé président du Séminaire Saint-Paul en 1978, il continue néanmoins à enseigner à l’université.
En 1980, il a reçu le prix des « Scriptores christiani » pour son ouvrage « Pensées des Hommes et Foi en Jésus-Christ, pour un discernement intellectuel chrétien ».
En 1987, il devient membre de la Commission théologique internationale, organe consultatif de la Congrégation romaine pour la Doctrine de la Foi. C’est là qu’il fera la connaissance du cardinal Ratzinger, se liant d’amitié avec le futur pape.
Le 7 février 1991 il est choisi par Jean-Paul II pour succéder, comme évêque de Namur, à Mgr Mathen. Le 14 avril 1991, il est sacré évêque par le cardinal Danneels.
En 1999, il prêche le retrait de Carême à la curie romaine du Vatican.
Mgr Léonard est l’auteur de nombreuses publications. Ses livres sont notamment édités à Paris et à Québec. Il écrit régulièrement dans la presse hollandaise. Depuis 2006, il signe ainsi un billet sur l’actualité dans « Het Katholiek Nieuwsblad », publication néerlandaise qui est aussi diffusée en Flandre.
Comme évêque, Mgr Léonard attachait une importance particulière à la rencontre personnelle avec tous les chrétiens, notamment en visitant régulièrement le diocèse lors de visites pastorales résidentielles dans les doyennés. Le 18 janvier 2010, il succède officiellement au cardinal Danneels comme archevêque de Malines-Bruxelles.
Monseigneur Léonard, qui vient d’être désigné par le pape Benoît XVI pour succéder au cardinal Danneels à la tête de l’archevêché de Malines-Bruxelles, a défini lundi lors de sa première conférence de presse à Bruxelles ses principales priorités en matière pastorale.
Le nouveau primat de Belgique a insisté sur le fait qu’il ne disposait que de 5 ans pour mener sa tâche à bien et que cela représentait, dès lors, pour lui un « grand défi » en même temps qu’« un formidable stimulant », explique Mgr Léonard.
Le cardinal Danneels a tenu à féliciter le nouvel archevêque de Malines-Bruxelles, André-Mutien Léonard, et l’a remercié pour avoir accepté cette lourde responsabilité. “Nous sommes différents l’un de l’autre et nous n’avons pas le même tempérament”, a expliqué le cardinal Danneels “mais nous avons le même amour et la même foi dans l’Eglise et l’évangile”.
La première tâche du nouvel archevêque consistera à solliciter du pape la nomination d’un troisième évêque auxiliaire. Mgr Léonard a également l’intention comme il le faisait à Namur de visiter son diocèse de manière à rencontrer le maximum de collaborateurs et de diocésains sur le terrain.
Le nouveau prélat souhaite s’inscrire dans la ligne de son prédécesseur en matière de liturgie qui se doit d’être « soignée, fidèle à la grande tradition de l’Eglise et digne de Dieu et des hommes et des femmes qui y participent », précise Mgr Léonard qui invite l’Eglise, à l’instar du cardinal Danneels, a toujours être davantage « priante et adorante ». Mgr Léonard a dit aussi vouloir s’inscrire dans les pas de son prédécesseur en matière sociale.
Le nouveau primat de Belgique a encore exprimé son souci des vocations que cela soit au niveau des laïcs dont il a salué l’engagement au sein des paroisses que des hommes et des femmes consacrés en même temps que des prêtres et des diacres dont il a souligné le besoin.
Enfin, Mgr Léonard entend partager ses responsabilités, à l’instar du pape Benoît XVI, pour disposer du temps nécessaire à la mise en œuvre de ces priorités mais aussi par souci de collégialité.
La date de prise de possession du siège de l’archidiocèse n’a pas encore été fixée. Monseigneur Léonard prendra congé de ses diocésains lors d’une eucharistie d’action de grâce célébrée à la cathédrale Saint-Aubain de Namur le samedi 20 février à 14H30.
Le CDH souhaite une continuité avec Mgr Danneels
Premier parti à réagir après l’officialisation lundi midi de la désignation du nouveau primat de Belgique, le CDH a dit « prendre acte » de cette décision. Mais « s’agissant d’une désignation relevant des autorités ecclésiastiques et en raison de la séparation entre l’Église et l’État, un parti politique n’a pas de commentaires complémentaires à émettre », estime le parti de la rue des Deux-Eglises.
Le CDH « souhaite en tout cas à Monseigneur Léonard de pouvoir exercer ses missions dans la continuité de l’action et de l’esprit de Monseigneur Danneels qu’il remercie pour l’ensemble de son action », commentent les démocrates-humanistes.
Le PS appelle Mgr Léonard à la tolérance et au respect des droits
« A la lumière des déclarations antérieures de Mgr Léonard – et notamment des propos qu’il a pu tenir à l’égard de certaines communautés et sur certains sujets – le PS espère qu’à l’avenir le successeur du cardinal Danneels fera preuve d’une attitude plus ouverte et plus tolérante, attitude qui soit respectueuse des droits fondamentaux de chacun », indique le PS dans un communiqué.
Le PS insiste pour que Mgr Léonard « respecte les décisions démocratiques prises par les institutions de notre pays », notant que les droits et devoirs que se donnent les hommes démocratiquement priment sur les traditions et prescrits religieux, « sans aucune exception ».
Dimanche, la vice-première ministre socialiste Laurette Onkelinx avait estimé que la nomination pressentie de Mgr Léonard pourrait remettre en cause le « compromis belge » dans « un pays neutre qui a réussi à mettre en place un dialogue avec les laïcs et les représentants des différentes confessions ».
Ecolo veut promouvoir le dialogue
Ecolo a dit lundi souhaiter que la désignation de Mgr Léonard « comme président de la conférence épiscopale belge » n’augure pas, dans le chef de l’Eglise catholique de Belgique et des institutions qui ont y sont liées, un repli identitaire.
Les Verts estiment urgent et nécessaire de promouvoir le dialogue entre croyants de toute obédience ainsi qu’entre croyants et non-croyants, pour affronter les défis sociaux, économiques ou écologiques, et s’attacher à la construction d’un monde de paix.
Rendant hommage à l’action du cardinal Danneels, Ecolo rappelle le principe de « la neutralité de l’Etat, particulièrement dans la sphère publique ».
Faut-il avoir peur du nouveau primat ?
Un brin provocateur, un brin narcissique, l’homme est surtout connu pour ses tonitruantes sorties médiatiques sur…
L’homosexualité. En juin 2008, la chambre du conseil de Namur prononce un non-lieu à son avantage, alors qu’il est poursuivi pour avoir proféré des propos homophobes, dans l’hebdomadaire Télémoustique, en 2007. Il s’était déjà exprimé sur le sujet, dans le livre d’entretiens que lui a consacré Louis Mathoux, en 2006 : « On présente toutes les formes de sexualité comme étant simplement des variantes équivalentes. Or l’homosexualité est une forme de la sexualité humaine qui a mal évolué. Elle est contraire au sens profond de la sexualité, tant sur le plan biologique que sur les plans psychologique et spirituel. »
Le prélat prétend s’en prendre à un comportement, pas aux personnes… Un peu court, aux yeux du Centre pour l’égalité des chances, qui estime que « ce type de discours est dangereux, car il peut entretenir l’idée pernicieuse qu’il est légitime de discriminer les personnes homosexuelles ».
Préservatifs. L’évêque namurois persiste à prétendre que le préservatif, par l’effet cumulé de sa mauvaise utilisation et de sa prétendue perméabilité, souffre d’un taux d’échec moyen de 10 %. Ce qui, aux yeux du prélat, revient, pour ceux qui utilisent le préservatif, « à jouer à la roulette russe »… André-Mutien Léonard n’hésite d’ailleurs pas à voir dans l’épidémie de sida « une sorte de justice immanente (…). Quand on malmène l’amour humain, peut-être finit-il par se venger » (sic)…
L’euthanasie. Là encore, le prélat se montre sûr de lui, avançant, sans apporter d’éléments probants, qu’« actuellement, les soins palliatifs permettent de répondre à 95 %, voire 100 % des souhaits de mourir confortablement ». L’euthanasie, en somme, serait inutile.
Avortement. L’évêque namurois conteste le principe même du droit des élus à légiférer en cette matière : « Un parlement (…) n’a pas autorité sur le sens métaphysique et biologique de la sexualité. » Là encore, le prélat assène sa vérité « scientifique », estimant qu’« aujourd’hui, 95 % des avortements peuvent être qualifiés de convenance ».
Il précise même, dans le livre de Louis Mathoux, que l’interdit catholique de l’avortement ne peut souffrir d’exception… Même en cas de viol. Car « il existe de nombreuses familles en Belgique qui sont prêtes à adopter du jour au lendemain un enfant qu’une mère ne pourrait pas garder parce qu’elle le ressentirait psychologiquement comme le fruit d’un viol ».
Fécondation in vitro. Fait sans précédent, en 2007, les spécialistes de la fécondation et des cellules souches, à l’UCL et à la KUL étaient convoqués au Vatican afin de s’expliquer sur leurs pratiques… Membre du pouvoir organisateur de l’UCL, l’évêque n’était manifestement pas étranger à la manœuvre. Il avait annoncé la couleur aux chercheurs dès 2002 : « Quel geste prophétique si une université authentiquement catholique ou humaniste renonçait à la procréation artificielle et promouvait plutôt la recherche en vue de prévenir la stérilité ! Quel sens du progrès scientifique et moral si une telle université renonçait à l’exploitation des cellules souches embryonnaires et au clonage thérapeutique. »
Politique. Plus récemment, en décembre 2009, invité à l’émission Controverse, sur RTL-TVi, l’évêque s’est illustré par son choix, au moment de classer trois personnalités selon ses « préférences ». Entre le chanteur Johnny Hallyday, le président italien Silvio Berlusconi, et le nationaliste flamand Bart De Wever (NVA), le prélat a plébiscité le dernier, le gratifiant même d’une distinction : un 7 sur 10. On ne sait la cote qu’il aurait attribuée au primat sortant, Godfried Danneels.
(R. G., avec belga)