Le voile est déjà banni dans 110 écoles officielles sur 129
Rédaction en ligne
jeudi 01 avril 2010, 17:20
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Le port du foulard islamique est déjà interdit de facto dans bon nombre d’écoles de la Communauté française, ressort-il d’auditions menées par la Commission conjointe des parlements francophones.
© Le Soir
Dans le réseau de la Communauté, les règlements d’ordre intérieur de 110 écoles sur 129 interdisent le port de signes convictionnels. A Bruxelles, 18 écoles sur 21 sont dans ce cas, en Hainaut 37 sur 42, à Liège 23 sur 28, en Brabant wallon 7 sur 7, dans le Luxembourg 8 sur 12 et en province de Namur 17 sur 20.
Dans le réseau catholique, la plupart des écoles ont également adapté leur règlement d’ordre intérieur il y a une dizaine d’années en imposant aux élèves de retirer tout couvre-chef quand ils pénétraient dans l’enceinte de l’établissement.
« Le port du voile est philosophiquement compatible avec l’enseignement catholique. Il y a 15 ans, il était même admis au nom du pluralisme philosophique. Il est bon qu’il y ait un dialogue entre les cultures mais, pour des raisons de fait, il y a dix ans, nous avons dû revoir la situation. Il est difficile de maintenir une école où chacun se sente à sa place, qu’une jeune fille soit voilée ou non. Et il faut imaginer ce qu’est une école avec deux groupes d’adolescentes : celles qui portent le voile et celles qui ne le portent pas. C’est très difficile à vivre », a expliqué le directeur du Secrétariat général de l’enseignement catholique, Etienne Michel.
Le Segec ne s’était guère exprimé sur une législation relative aux signes convictionnels jusqu’à présent. Il estime que, de toute façon, le réseau catholique n’est pas concerné en raison de la liberté de l’enseignement garantie par la Constitution. Jeudi, il est toutefois sorti de sa réserve. A ses yeux, il n’est pas pertinent de légiférer sur la question. Il préfère la voie des règlements d’ordre intérieur.
« Choisir un ordre juridique supérieur n’est pas neutre sur le plan symbolique », a fait remarquer M. Michel qui a mis en garde contre la portée symbolique du débat vu le caractère de plus en plus identitaire du voile. Et d’ajouter : « En tant qu’enseignement catholique, nous ne voulons pas prendre le risque de participer à une stigmatisation de la communauté musulmane ».
Le Segec a aussi insisté sur la difficulté de définir l’expression d’une conviction. « Elle cherchera d’autres chemins pour s’exprimer et elle les trouvera », a averti M. Michel.
Parmi les autres fédérations de pouvoirs organisateurs, seule la FELSI, qui regroupe les écoles libres subventionnées non confessionnelles (90 établissements, supérieur compris) est venue s’exprimer.
Elle est favorable à l’interdiction du port de signes convictionnels dans le primaire et le secondaire.
Du côté syndical, la CGSP wallonne a répété son credo laïc, tant dans l’enseignement que dans les services publics. Pour ces derniers, elle estime toutefois qu’une législation particulière n’est pas nécessaire, le dispositif juridique étant déjà en place. Le SLFP, se prononçant sur l’enseignement, a abondé dans le même sens. Il a d’ailleurs dit son inquiétude face à l’évolution de la neutralité dans les écoles publiques. La CSC n’a quant à elle pas pris part aux auditions.
Prudente, la Fédération des associations de parents de l’officiel (FAPEO) est elle aussi favorable à l’interdiction des signes convictionnels dans le réseau officiel. « Une législation touchant tous les établissements serait indiquée et mettrait à l’aise tous les acteurs », a souligné la vice-présidente, Marie-Christine Pilnard.
Quant à l’administration de la Communauté française, elle ne connaît pas de problème lié au port de signes convictionnels. Sa situation ne réclame donc pas l’adoption d’une norme particulière. « C’est mon opinion : on crée parfois des problèmes là où il n’y en a pas en voulant tout régler », a précisé le secrétaire général Frédéric Delcor.
Il estime néanmoins que les textes actuels ne donnent pas une définition assez précise de la neutralité pour imposer une contrainte.
La Commission conjointe a terminé jeudi ses auditions. Le débat se poursuivra dans les parlements respectifs et au sein des gouvernements. A la Communauté, la ministre de l’Enseignement, Marie-Dominique Simonet, n’a pas caché sa volonté de régler la question des signes convictionnels pour les élèves et les enseignants d’ici la prochaine rentrée scolaire.
(belga)
