La démission d’Yves Leterme constitue le symbole de l’impuissance de la politique belge, écrit Peter Vandermeersch dans De Standaard. L’impossibilité de trouver un compromis débouche sur une crise de régime inadmissible, élections inconstitutionnelles comprises, fait-il remarquer. Et de rappeler que M. Leterme s’est rendu à cinq reprises -deux fois comme formateur et trois fois comme Premier ministre- en moins de trois ans au Palais royal pour démissionner. Il n’y a pas de signal plus clair de l’impuissance de la politique belge, a-t-il souligné.
Pour Yves Desmedt, dans De Morgen, la crise démontre la faillite d’une génération politique : « Le salut pour le lendemain est plus important qu’une solution pour les années qui viennent, et tout devient accessoire. Une parole n’est plus une parole, un engagement n’est plus un engagement, se couper mutuellement l’herbe sous le pied, tourmenter, manipuler, faire du chantage, c’est devenu la norme (…) », a-t-il écrit. Au-delà de la question de savoir qui va gagner des voix grâce à BHV et qui en perdra, il faut constater, selon lui, que seul l’« antipolitique » sortira grandi.
Dans Het Laatste Nieuws, Luc Van der Kelen remarque que le respect des accords conclus est devenu un phénomène rare en politique. Est-ce parce qu’Alexander De Croo vient d’un autre milieu professionnel qu’il n’est pas encore atteint par les moeurs et habitudes politiques, se demande-t-il. L’éditorialiste s’en prend aux francophones – « irrespectueuses et arrogantes, les Milquets et Onkelinx(es) ont couru derrière un extrémiste dont le seul but est de rendre impossible une solution au problème »- et au roi. La crise est inopportune à ses yeux mais il estime que ce n’est pas au souverain qu’il revient de porter un jugement moral sur la décision politique.
Dans « Het Belang van Limburg », Eric Donckier revient aussi sur le rôle du roi qu’il voit comme une petite main d’Yves Leterme. Selon lui, la nouvelle du jour vient du communiqué envoyé par le Palais. « Le roi ne veut pas de nouvelles élections. Et Yves Leterme non plus mais ça, on s’en serait douté. Ou le roi comme la petite main du premier ministre Yves Leterme ».
M. Donckier entrevoit trois pistes pour éviter des élections : un gouvernement avec le sp.a et Groen ! à la place de l’Open Vld, un gouvernement avec le seul CD&V du côté flamand -deux hypothèses improbables- ou le redémarrage du gouvernement sortant, ce qui implique un accord sur BHV.
Dans « Het Nieuwsblad », Liesbeth Van Impe évoque également la faillite collective de la politique. « Il dépendra des hommes politiques de savoir si l’on descendra encore plus bas. L’on aboutit pas comme ça dans une crise de régime. Ce n’est pas quelque chose qui s’attrape, c’est quelque chose que l’on annonce. Ce n’est pas comme un toboggan : on ne s’arrête pas une fois qu’on est parti ». « Alexander De Croo a au moins montré une chose, qu’il pouvait mettre à l’arrêt la rue de la Loi. Pour continuer, il faudra que quelque chose se passe », a-t-elle ajouté.
« Heureusement, une économie ne chute pas quand tombe un gouvernement », a fait remarquer Wim Van de Veldein dans le Tijd. « Le monde politique est maintenant confronté à cette responsabilité écrasante : ne pas transformer cette crise politique en crise de régime, parce qu’alors, nous en paierons tous le prix », a-t-il averti.
(belga)