Notre sondage BHV : « Le doute existentiel des francophones »
ALAIN GERARD
lundi 26 avril 2010, 16:21
Benoît Rihoux, politologue à l'UCL, décortique notre sondage « soir.be » sur BHV. Son enseignement majeur ? Une prise de conscience graduelle, du côté francophone, sur le fait qu'une évolution du système institutionnel belge est désormais nécessaire.
© FD (St) - Le Soir
Soir.be : Vous avez pris connaissance de notre sondage BHV qui, de vendredi à dimanche, a permis à 18.201 internautes de répondre à une série d'interrogations sur le sujet. Qu'en retirez-vous de prime abord ?
Benoît Rihoux : J'aimerais faire une remarque méthodologique, qui ne dévalorise en rien les résultats : ce sondage a été réalisé par internet et n'a donc pas de prétention à représenter l'ensemble de la population ou de l'électorat ; c'est confirmé par le fait qu'ici, on a une forte proportion de votants potentiels écolos et MR, public qui a accès à davantage d'informations. Une fois cette remarque faite, je dirais que ce qui m'a le plus frappé, c'est les nuances dans le chef des francophones qui ont probablement répondu majoritairement. On a souvent dit, jusqu'à maintenant, que les Belges francophones restaient attachés à une Belgique « à l'ancienne ». Ici, il semble y avoir des nuances, une plus grande ouverture à des formes de réforme institutionnelle. Il y a une prise de conscience graduelle, à la suite des différentes crises successives, qu'une évolution du système est nécessaire.
Pour une majorité des sondés (44,5 %), BHV vaut une crise, la scission menaçant les droits des francophones.
D'où répondent les gens ? Selon qu'ils soient à Bruxelles, en Flandre ou en Wallonie, la réponse est sans doute différente. Néanmoins, on voit nettement une prise de conscience de l'importance des enjeux. C'est surprenant dans le sens où le discours plus général et des politiques et des économiques, c'est de dire : « Non, ça ne vaut pas une crise ». Il y a donc ici un décalage entre une partie de l'opinion et les décideurs.
Selon 32,81 %, ce pays a encore un sens mais il faut une réforme de ses institutions.
Le fait que 22 % des répondants, que l'on suppose donc francophones, se posent la question, c'est interpellant. Cela veut dire qu'il y a à présent un doute existentiel là où il y a peu encore, il y avait une certitude de l'ordre « La Belgique existe, point à la ligne ! ». Pour eux, le danger, jusqu'à présent distant, se fait plus présent. Et là, il y a un changement de perception.
La principale crainte (38,35 %), c'est un blocage qui empêche de résoudre les problèmes socio-économiques.
C'est un jugement de gens plus informés que la moyenne, capables de prendre du recul, de mettre en perspectives les questions communautaires par rapport à d'autres questions qui leur apparaissent plus essentielles. Mais il n'est pas sûr que le lecteur lambda, avec moins d'informations et de recul, ait ce genre d'analyse.
Pour 55,22 %, le Roi doit refuser la démission de Leterme II.
Cela ne m'étonne pas mais sans doute que les répondants méconnaissent le rôle réel du Roi et le fait que celui-ci a une marge de manuvre relativement limitée. Le Roi pourrait avoir une préférence. Mais il adopte une attitude prudente. Ceci dit, il est possible qu'à un moment donné, il soit contraint de refuser la démission. Il ne pourra pas, lui, prendre nécessairement la décision qu'il aimerait prendre en toute conscience. Cela démontre en tout cas le fait que le citoyen a toujours une image trop forte de la fonction royale et de l'influence que celui peut avoir au sein de notre système.
En conclusion ?
On en revient à mon analyse de départ. À savoir que les répondants au sondage, que l'on peut supposer majoritairement francophones, sont à présent ouverts à une évolution du système institutionnel belge davantage que par le passé. Alors qu'en Flandre, depuis 20-30 ans, c'est évident qu'il y a une volonté politique de faire évoluer le système soit, pour une partie des dirigeants nationalistes, vers l'indépendance ou l'autonomie, soit vers un modèle plus décentralisé ou plus confédéral pour d'autres décideurs flamands.