« La Commission Adriaenssens a été foudroyée dans son élan »
YVES DE PARTZ
mercredi 30 juin 2010, 15:34
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L’Eglise est-elle intouchable, y compris sur un sujet aussi délicat que la pédophilie qui sévit parmi les prêtres ? C’était le thème d’un chat ce midi avec Eric De Beukelaer.
© Belga
Répondant aux internautes du « Soir », le porte-parole des évêques a estimé que la Commission Adriaenssens avait été « foudroyée dans son élan ». Une des conséquences pratiques des perquisitions opérées la semaine dernière à l’archevêché de Malines-Bruxelles a été la démission annoncée de la Commission Adriaenssens, privée de ses fichiers et de ses outils de travail. Une commission dont la raison d’être, parallèlement au fonctionnement normal de la justice, a été mise en doute dans ces colonnes. Selon Eric De Beukelaer, qui dit ne pas être toujours d’accord avec les journalistes du « Soir » mais « sans avoir jamais mis en doute leur honnêteté journalistique », la Commission n’a jamais été un substitut au droit pénal ! L’appel a toujours été de d’abord s’adresser au juge. Mais quand la cause est prescrite, est-ce mauvais, demande-t-il, de mettre en place une commission interne qui permet de trouver un peu de reconnaissance pour la souffrance des victimes ? « Nous avons regretté surtout la façon avec laquelle la commission Adriaenssens fut perquisitionnée. Ceci a rendu son excellent travail inopérant. La commission existait depuis l’an 2000 et a traité une trentaine de causes. Avec la démission de l’évêque de Bruges, les plaintes ont explosé et, suite à l’appel fait par Mgr Léonard aux
victimes, la Commission était en train de réussir un réel challenge et vient d’être foudroyée dans son élan. »
Autre interrogation : l’Eglise n’a-t-elle pas privilégié le silence sur les agissements des prêtres plutôt que la nécessaire transparence ? « Autrefois, répond le porte-parole des évêques, même quand la victime en parlait à ses parents, ceux-ci imposaient le silence. Toute la société a changé de ce point de vue là et est heureusement devenue bien plus transparente. C’est une bonne nouvelle pour toutes les victimes, même si les progrès sont toujours à réaliser et que la vigilance doit demeurer. Ceci étant dit, il est dommage que l’Eglise n’ait pas été plus prophétique sur ce point si important. »
La pédophilie dans l’Eglise a-t-elle un rapport avec le célibat des prêtres ? « Nous sommes tous des êtres sexués, mais toute sexualité s’épanouit aussi en se canalisant. Celui qui est marié doit faire des efforts pour vivre une fidélité épanouie. Dans le cadre du célibat consacré, il n’y a pas de sexualité active, mais de saines amitiés permettent une vie équilibrée et heureuse Et les cas de pédophilies se trouvent dans toutes les religions. Surtout, là où il y a contact avec des enfants. Mais le premier lieu à risque est la famille. Cela signifie que c’est surtout par des relations humaines saines et équilibrées que l’on peut combattre ce fléau. »
Pourquoi enfin avoir voulu résoudre ces problèmes en interne ? « Il existe une tradition jacobine qui ne voit que la République et les citoyens. Notre tradition à nous a toujours permis à des corps sociaux d’avoir leurs règlements internes, à condition que cela ne fasse pas ombrage à la justice. Je pense que même les Loges ont des commissions de discipline interne… ce n’est donc pas réservé aux calotins ». « Dans l’immédiat, l’Eglise reconnaît ses erreurs, estime Eric De Beukelaer, et n’est pas défensive : la justice a le droit de perquisitionner. Ce qui pose question, c’est le pourquoi et certaines modalités. Comme tous justiciables, les évêques ont le droit de poser des questions sur les modalités d’une perquisition. D’ailleurs, les inspecteurs de police ne nous dénient pas ce droit et comprennent cela. Nous attendons les infos de la justice. »
