Depuis le scrutin, on sentait qu'il y avait du jeu dans la direction. Mais là, désormais, de direction, il n'y en a plus guère. En l'espace de deux jours, l'autorité de Didier Reynders a volé en éclats. Ses opposants internes (rassemblés depuis l'hiver sous la bannière du groupe dit « Renaissance ») lui ont fait perdre la face à l'occasion de la désignation des sénateurs de Communauté ces élus régionaux à qui l'on offre d'aussi siéger au Sénat. Certains crient au « putsch », « au coup de force. » Les noms d'oiseaux volent. La confusion est totale. Bref, c'est la crise. Elle semble aussi vive que celle de l'hiver qui, précisément, amena la création du groupe Renaissance par Michel père & fils, Gérard Deprez, Willy Borsus, Christine Defraigne, Jean-Pol Wahl, etc.
L'affaire, on la développe depuis deux jours dans ces pages. Le bureau du parti, lundi, devait désigner les trois sénateurs de Communauté du MR. Cinq libéraux ont déposé leur candidature : Alain Destexhe, Christine Defraigne, Jacques Brotchi, Richard Miller et la FDF Caroline Persoons. Au bureau, Reynders propose de reconduire les sénateurs de Communauté qui occupaient cette fonction sous la législature précédente, soit Destexhe, Defraigne et Persoons.
Et là, ça bloque. Michel Jr, Deprez, Borsus & Cie estiment que la proposition de Reynders fait la part trop belle à la capitale (Persoons et Destexhe sont Bruxellois) et au FDF. Ils proposent, eux, un ticket formé de Jacques Brotchi, de Richard Miller et Defraigne. Le débat s'enlise. Après
quatre heures, on se sépare sans accord. Président et vice-présidents du MR se revoient mardi matin pour tenter de s'accorder. Mais l'affaire ne se décoince pas. Il est alors décidé que le choix des trois sénateurs reviendra au groupe MR du Parlement de la Communauté française (PCF).
Mardi, en fin d'après-midi, Françoise Bertieaux, la cheffe du groupe libéral au PCF, signale à la presse que l'acte de présentation du ticket Brotchi-Defraigne-Miller porte la signature de 16 des 25 députés du groupe. C'est donc plié, en faveur du scénario préconisé par les rebelles du groupe Renaissance.
Plié ? Dès hier matin, Olivier Maingain, fidèle de Reynders, ouvre le feu. Renaissance (le « groupe de putschistes », préfère dire le président du FDF) a donc fait perdre un siège sénatorial à son parti (désormais absent de la haute assemblée). A l'agence Belga, il rappelle que lors de la création de la Fédération MR-FDF, en 1992, un siège au Sénat avait été garanti au second. Maingain juge en prime que le choix de sénateurs de Communauté s'est déroulé sans concertation au sein du groupe MR du PCF. « Ça ne restera pas sans réaction de la part du FDF », avertit-il.
A quel genre de réaction songe-t-il ? Interrogé l'après-midi, il ne nous répondra pas. « Un peu de patience
Ce que je peux vous dire c'est que ceux qui pensent atteindre le FDF affaiblissent en fait le MR. Didier Reynders a joué le jeu des instances. On l'a pris en traître tout ça était préparé depuis la semaine dernière. » Qui ça, « on ? » Maingain avance : « Le vrai tireur de ficelles, c'est Gérard Deprez, qui n'a jamais accepté que le FDF soit plus fort que le MCC. Et le rôle destructeur qu'il a joué au PSC, il le joue désormais au MR. »
Au groupe MR du PCF, la température est évidemment élevée. Le groupe devait se réunir hier midi. Une réunion de routine. Mais où les deux factions n'ont pas échangé que des amabilités. Comme Maingain et Destexhe, Jean-Luc Crucke pense que « tout était arrangé la semaine dernière, dans notre dos ». Il accuse Bertieaux de « jouer la division » et l'accuse d'avoir facilité sa récolte de signatures pour le trio Brotchi-Miller-Defraigne en faisant croire que Destexhe n'était plus candidat au Sénat. « Faux, coupe Bertieaux. Tout le monde sait l'intérêt d'Alain pour le Sénat. Je n'aurais pas été crédible en disant un truc pareil. » Et l'accusation selon laquelle l'acte de présentation du trio Brotchi-MillerDefraigne circulait dès la semaine dernière, comme l'avancent notamment Crucke et Destexhe ?
« Faux. J'ai sondé les gens lundi et les signatures ont été récoltées mardi. » (Pas convaincu, Crucke, décidé à marquer le coup, a démissionné de sa présidence de la Commission enseignement du PCF.)
Et maintenant ? La suite ? Allez savoir. Les forces se comptent, en tout cas. Certains ont déjà établi que Renaissance, vu le « coup » joué lundi et mardi, a désormais la majorité au Sénat, au parlement wallon et au PCF ; dans les groupes MR de la Chambre et du Parlement bruxellois, le rapport des forces reste favorable à Reynders.
Depuis les tensions de l'hiver, Renaissance a donc pris du gras. « Normal, dit ce vieux MR. Le patron quitte bientôt la présidence (dès la formation du nouveau gouvernement, NDLR). Ceux qui, jusqu'ici, hésitaient et se taisaient, eh bien, ils n'hésitent plus et ils parlent
Normal. »