L'ULB accusée de pétrir la haine du Juif
RICARDO GUTIERREZ
jeudi 23 septembre 2010, 10:35
UN DÉBAT sur Dieudonné, à l'ULB, vire au pugilat entre anti et pro-israéliens. Les organisations juives accusent l'Université de complaisance antisémite.
L'Université libre de Bruxelles a-t-elle dérapé en offrant une tribune aux partisans et aux adversaires du polémiste français Dieudonné ? Le débat organisé, lundi soir, par le Cercle étudiant du libre examen (Librex) a viré au pugilat entre militants pro et anti-israéliens, malgré les précautions prises par le vice-recteur Marc Van Damme, qui modérait les échanges.
Les premiers accusent les seconds d'avoir tenu des propos antisémites, mais ils ne portent pas plainte. Les seconds accusent les premiers d'avoir nourri la tension. A l'issue du débat, le journaliste Mehmet Koksal, de l'agence Parlemento.com, a été contraint, sous la menace de sept militants pro-israéliens, d'effacer des séquences filmées sur la voie publique. Une agression que « dénonce fermement » l'Association des journalistes professionnels (AJP).
C'est face à une audience clairsemée (315 personnes) que le Librex a tenu, lundi soir, sa conférence de rentrée, à l'ULB, sur le thème de la liberté d'expression. Le débat était introduit par la projection du film d'Olivier Mukuna, Est-il permis de débattre avec Dieudonné ?
Les autorités académiques avaient refusé d'autoriser sa diffusion, en avril, les organisateurs n'ayant pas garanti le caractère contradictoire des débats. Cette fois, la controverse était assurée, tant dans l'assistance qu'à la tribune, où siégeaient l'historien Joël Kotek, membre du Centre communautaire laïc juif (CCLJ), le chercheur en économie de la discrimination Souhail Chichah, le journaliste Olivier Mukuna, et l'avocat Jacques Englebert, qui dénonce autant le tabou qui empêche la critique de la politique de l'Etat d'Israël que la remise en cause du droit au blasphème par les trois religions monothéistes.
Un débat « orienté, haineux », commente Maurice Sosnowski, président du Comité de coordination des organisations juives, qui réclame des sanctions au Conseil d'administration de l'ULB. Même indignation, chez la députée bruxelloise MR Viviane Teitelbaum qui a « honte », dit-elle de son université où s'exprime « la haine du sioniste, du Juif sioniste, du Juif ». L'un et l'autre accusent M. Chichah d'avoir déclaré que les Juifs de l'Est, fuyant les nazis, étaient « sales »
Le chercheur, en fait, a comparé la représentation sociale actuelle des Roms au stéréotype des « Juifs de l'époque », « pauvres et pas très propres ».
Mis en cause par M. Sosnowski et Mme Teitelbaum, le vice-recteur ne regrette pas d'avoir autorisé le débat, même s'il déplore sa tournure hystérique : « Il n'y avait aucune raison de censurer cette controverse. C'est le principe même du libre examen ! Ceci dit, j'ai imposé le caractère contradictoire du débat et j'ai tenu à prendre personnellement en charge le rôle de modérateur, sans prendre position. Personne n'a été avantagé
J'ai même été amené à arracher plusieurs fois le micro des mains de M. Chichah, que l'on me reproche d'avoir trop laissé parler. »
Souhail Chichah compte saisir à la fois la Justice et les autorités disciplinaires de l'ULB : « Je ne suis pas négationniste, contrairement à ce qu'avance cette campagne diffamante et calomnieuse. Je n'ai même pas évoqué le génocide des Juifs. Où sont les propos vomitifs sur la Shoah que l'on me prête ? Tout a été filmé. Qu'on m'attaque en justice si j'ai versé dans l'antisémitisme ! J'ai dit, en revanche, qu'Israël est un Etat raciste sa législation l'est et colonial. La vraie question est de savoir si un chercheur peut affirmer, à l'aune du droit international, et dans l'enceinte de l'université du libre examen, sans être traité d'antisémite, qu'Israël est ségrégationniste et colonial ? La justice et le conseil de discipline trancheront. »
Pour le professeur Jean Bricmont (UCL), qui a assisté aux échanges, « ceci prouve bien que le débat sur la colonisation de la Palestine et les réseaux d'influence de l'Etat d'Israël en Europe est totalement impossible. Celui qui ose poser ces questions est systématiquement taxé d'antisémitisme. C'est ça qui est réellement inquiétant ».