Pourquoi le CDH attend le départ de Joëlle Milquet

MARTINE DUBUISSON

samedi 14 mai 2011, 18:49

Ce samedi, le CDH organisait sa fête des familles ; mercredi, il fête ses 9 ans. Dans une ambiance de fin de règne. En partance de la présidence, la mère du parti vit sa période noire. Par Martine Dubuisson

Pourquoi le CDH attend le départ de Joëlle Milquet

© Belga

Le CDH, c’est elle. Elle qui l’a imaginé puis conçu, en 2002, alors qu’elle présidait les sociaux-chrétiens depuis trois ans déjà. Cela en fait onze et demi aujourd’hui. Pas un record, mais tout de même. Suffisamment pour retirer le mérite des succès du parti – dont le moindre n’est pas d’avoir renoué avec tous les niveaux de pouvoir depuis 2004. Mais, aussi, pour porter le poids des débâcles – comme un sondage pointant le CDH à 10 %.

« On a évité un scénario à la MR »

L’impatience et la volonté de changement de certains humanistes était-elle telle qu’un scénario à la MR, où le président a été poussé vers la sortie, était possible au CDH ? C’est ce que prétend un parlementaire de premier plan : « La fixation de la date du 31 août a désamorcé ce qui aurait pu être plus grave. Si Joëlle Milquet n’avait pas été consciente de la réelle difficulté pour le parti, on aurait pu aller plus loin… » Jusqu’à imaginer un remake de la fronde au MR ? « Par exemple. Elle s’est rendu compte de l’espèce de cassure beaucoup trop tard. Mais suffisamment tôt pour que la situation ne soit pas plus dangereuse pour le parti. »

Le ministre wallon André Antoine n’y croit pas : « On n’est pas du tout dans un style Renaissance, comme au MR. » Mais un député wallon reconnaît qu’« il y avait des foyers de tension qui commençaient à se faire jour de manière de plus en plus insistante ». Début avril, après le sondage pointant le CDH à 10 %, une réunion a d’ailleurs eu lieu avec la présidente, à la demande des parlementaires, pour analyser la situation et envisager des améliorations pour l’avenir. « Ça se voulait constructif, témoigne un présent, même si c’était sans langue de bois. On demandait une meilleure organisation et répartition des rôles, d’être mis au courant des choses avant la presse, d’avoir une identité plus claire, moins scotchée au PS, avec un respect des deux tendances du parti, gauche et droite, une écoute des Wallons et des Bruxellois… »

Une réunion franche, pas toujours facile à vivre. « Joëlle Milquet l’a pris pour des attaques contre elle. Sa tête s’allongeait au fur et à mesure. Puis elle a pris la parole pour dire : ’’Je fais tout, je travaille jour et nuit, je suis tout le temps disponible, et vous m’attaquez’’. La réunion s’est terminée sans conclusion. Mais chacun était content d’avoir pu s’exprimer. »

Début avril, Joëlle Milquet annonçait qu’elle quitterait la présidence le 31 août. Mais les derniers mois sont peut-être les plus difficiles. Voici pourquoi.

Tuer la mère

C’est un fait : le CDH vit une fin de règne. En octobre, cela aurait fait douze ans que Joëlle Milquet préside les chrétiens devenus humanistes. Mais ni les chrétiens ni les humanistes n’échappent à la nature humaine, ainsi résumée par un proche : « Son départ étant programmé, les résistants de la dernière heure se manifestent courageusement, dans l’anonymat ! C’est une présidente qui a de l’autorité ; ceux qui n’ont pas toujours apprécié, sortent maintenant. »

Joëlle Milquet perd de son pouvoir, les langues se délient. Pire, selon un ministre : « C’est le nouveau sport au CDH : certains s’amusent à régler des comptes. Ils n’auraient jamais osé si elle ne partait pas. C’est injuste et lâche. »

Ces derniers temps, on découvre donc une Joëlle Milquet toujours combative, mais amère. « Ce qui lui va loin, c’est que des gens commencent à tirer dans le dos car ils ne risquent plus rien. Les lâches se lâchent… Alors que là où ils pouvaient parler, ils se taisaient. » Et que beaucoup lui doivent leur poste : « Elle se dit : je les ai mis en place et voilà… C’est tuer le père, en l’occurrence la mère. » Conclusion assez générale : « C’est la plus mauvaise période pour elle. »

L’usure du pouvoir

Un député soupire : « Onze ans, c’est long… » Et un mandataire local résume bien un sentiment général : « On a eu de la chance de l’avoir, sinon on n’existerait plus. Mais il est grand temps qu’elle passe la main. » Le pouvoir use. Même la personnalité la plus populaire du CDH. Au bilan salué et décrite comme une femme « intelligente, volontaire, honnête intellectuellement, qui connaît ses dossiers et respecte ses partenaires ».

Mais après toutes ces années, certains retiennent surtout ses défauts, pointés par un autre député : « Elle veut tout gérer, rien déléguer. Le parti, ses dossiers, les négociations : elle a trop de travail et a déconnecté de la base. Elle impose son point de vue. Ces derniers mois, elle s’isole, ne concerte pas. » Quatre ans de crise ont aussi eu raison de sa résistance : « Elle est au bout du rouleau, épuisée ».

Un dernier combat

Mais Joëlle Milquet ne serait pas Joëlle Milquet si elle ne s’était lancé un ultime défi. Pas question de laisser en héritage un CDH à 10 %, comme prédit en mars par le sondage La Libre-RTL. Un score historiquement bas. Même si le parti relativise : un autre sondage, à usage interne, le pointe à quasi 14 %.

Il n’empêche : « Cela nous a confortés dans l’analyse qu’il faut autre chose », explique un député. Un autre ajoute : « Il faut entendre ce signal, qui appelle une remise en question, collective. »

Les humanistes voient trois raisons à ce revers : un manque de visibilité (tant dans les négociations fédérales que dans les tripartites régionales) ; « une posture trop longtemps apparue comme suiveuse du PS », qui masque la spécificité CDH ; une communication non performante et pas assez diversifiée (« le CDH doit être porté par Joëlle Milquet, mais n’est pas le parti de Joëlle Milquet », résume un député wallon).

Un proche de la présidente confirme qu’« elle regrette d’avoir été fort silencieuse pendant des semaines. » Elle n’a donc pas l’intention d’attendre le 31 août : « Elle est revenue à une période d’hyperactivité, voulant remettre le CDH à la Une. » Ambitions : plus de communication, de mobilisation, de propositions, recentrage sur l’identité CDH (école, famille…). C’est ainsi qu’il faut comprendre ses dernières sorties (sur Bruxelles, Robin des Bois…), voire la tournée des provinces sur la crise. Mais cela vaut pour tous : chaque mandataire, chaque parlementaire est prié de bouger, d’élaborer un plan d’action pour le trimestre.

La transition traîne

Reste que le besoin de changement demeure. Et qu’il semble être inversement proportionnel à sa vitesse de concrétisation… En décembre 2009, les humanistes avaient élu un ticket (sur proposition de Benoît Lutgen) : Milquet, jusqu’à formation du gouvernement issu des élections ; puis Lutgen, jusqu’en 2014. Les négociations s’éternisant, la présidente est toujours là…

Mais comme beaucoup le rappellent, on a demandé à Milquet d’assumer les élections de 2009 et 2010, puis de négocier, d’autres ne voulant pas se lancer. « L’agenda politique fait que la présidence donne l’impression de se perpétuer, reconnaît le ministre wallon André Antoine. Plus d’une fois, Benoît n’a pas souhaité prendre la main. Elle a eu la lucidité de dire qu’elle se retirait en août. » Lucidité… sous la pression (lire ci-contre).

Lutgen, l’espoir

« Il est grand temps que ça change ! » est l’une des phrases que l’on entend le plus dans les coulisses du CDH. L’attente est forte. Et l’espoir placé en Benoît Lutgen important. Pourtant, il se plaît tant dans ses habits de ministre wallon qu’il a longtemps hésité à accepter la présidence. Jusqu’à donner l’impression d’y aller à reculons. Et à inquiéter…

Mais depuis que la date du 31 août est fixée, les humanistes se rassurent : ils pensent que Lutgen a envie du job. Et attendent ce changement : un homme après une femme ; un Wallon après une Bruxelloise ; un centre-droit après une centre-gauche ; un rural après une urbaine. Ils se réjouissent, aussi, que le parti retrouve un président « à temps plein et militant ». Et qui connaît bien le CDH et son fonctionnement, en tant qu’ex-secrétaire général. Ils espèrent donc « une autre approche, une autre relation, une meilleure écoute de ce qui n’est pas Bruxelles… ». Et une bonne préparation des communales, scrutin primordial pour le CDH. Vaste programme. Reste à celui qui fut nommé ministre par Milquet – contre l’avis de ceux qui pointaient alors sa jeunesse, son absence de diplôme ou d’expérience parlementaire – à faire à nouveau ses preuves.

Discrétion tout l’été

Sera-t-il à la hauteur ? Réponse à partir du 1er septembre, date à laquelle Benoît Lutgen sera « président à 100 % ». Avant, discrétion, discrétion… Trop ?

Non, répondent ceux qui parlent de « loyauté ». Comme ce sénateur : « Il ne se pousse pas, il joue le jeu de façon très élégante ». Ou ce proche de la présidente : « Il ne veut pas apparaître comme le futur président quand Joëlle est en fonction. Et s’il ne s’exprime pas, c’est aussi parce que, sur le socio-économique, entre Joëlle et lui, il y a des nuances… »

Mais d’autres jugent qu’il devrait davantage s’impliquer. Voici quelques semaines, un ministre nous disait : « Benoît jouit d’un capital sympathie et image et il ne veut pas prendre de risques. Il ne s’expose pas. Joëlle est bouc émissaire : elle incarne la perte du CDH, pourtant elle bosse et personne ne veut faire ce qu’elle fait. » Depuis un mois, les choses auraient toutefois évolué : « Benoît s’implique plus ; il participe à des réunions institutionnelles, sur le financement, il a des contacts avec des partenaires… » André Antoine confirme : « Il a envie de la présidence, il l’attend, il s’y prépare. »

Deal Milquet-Lutgen ?

Et si le gouvernement n’était pas formé au changement de présidence, qui négociera au nom du CDH ? « Il y a un deal entre eux, nous confient plusieurs sources : Joëlle restera dans la négociation, particulièrement sur l’institutionnel, il n’y a pas moyen de faire autrement. Mais Benoît sera président full-time. C’est lui qui sera invité au Palais. »

Officiellement toutefois : pas de deal. Mais une évidence : pourquoi Lutgen se passerait-il de Milquet, qui « a une connaissance du dossier que personne ne possède au CDH ? », rappelle un parlementaire. Un ministre ajoute : « Si elle se retirait, il serait emmerdé. J’espère que les questions d’ego et de personnes ne prendront pas le dessus… »

Mais André Antoine assure : « Joëlle restera la chef de file. Benoît ne peut se passer de son acquis. »

L’autre successeur

Dernier « détail » : qui remplacera Benoît Lutgen au gouvernement wallon ? Le député wallon Maxime Prévot et la députée fédérale Catherine Fonck sont les plus cités. Mais qui choisira ? L’ancien ou le nouveau ? Il nous revient que le futur président concertera, mais n’a pas l’intention de délaisser ses prérogatives. On l’a dit : dès septembre, « président à 100 % »…

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[45] 333FFFFKKK dit le 26/05/2011, 03:52

eeeeee ddddddd

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[44] chev dit le 15/05/2011, 21:16

Lutgen c'est l'archétype du népotisme. Il ne doit son parcours qu'à son nom et à son image du beau-fils idéal propre sur lui (du moins pour ceux qui ignorent son absence de diplome). Cela lui pètera un jour à la gueule. Etre président, c'est beaucoup +exposé que ministre de la pêche.

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[43] JNS513 dit le 15/05/2011, 17:11

Bonne chance avec Benoit ! Avec son égo bien plus développé que son QI et que sa force de travail, ça risque de péter des flammes. Une seule bonne chose : on n'en sera débarrassé comme ministre de la pêche. Quelle nullité, ce type.

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[42] bourgogne dit le 15/05/2011, 15:09

Milquet aurait sauvé le PSC par sa présidence (depuis fin 1999) et la transformation en CDH ? En juin 1999 le PSC obtenait 10 sièges à la Chambre, soit son plus mauvais score de tous les temps. Sous la présidence Milquet, le CDH en a obtenu 8 en 2003, 10 en 2007 et 9 et 2010. Ca ressemble à un perpétuel rase-motte ... sous le résultat jugé (à l'époque) catastrophique de 1999. Comme miracle, c'est pas fameux. Je dirais plutôt qu'après 12 ans, le bilan est plutôt mitigé (version gentille).

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[41] serde dit le 15/05/2011, 14:36

Le CDH a tout simplement un problème d'identité. Ce parti ne représente en fait plus rien ni personne parce que Milquet en a fait une succursale du PS. Or ces derniers ont d'énorme problèmes: un idéologie du 19ème siècle qui fut ancrée par le syndicalisme au 20ème mais qui n'intéresse plus personne - si cen n'est les subventionnés - au 21ème

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