Enseignement : la Communauté française n’est pas un pouvoir aveugle

PIERRE BOUILLON

lundi 30 janvier 2012, 08:49

Selon certains, la Communauté française ne tiendrait pas assez compte des spécificités du terrain. Le propos ne tient guère. Un exemple : Bruxelles, qui ne capte que 22 % de la population scolaire, boulotte plus de 50 % de certains budgets dédiés aux écoles en difficulté.

La Communauté française tient-elle assez compte des spécificités locales en matière scolaire ? Adapte-t-elle suffisamment ses politiques aux besoins du terrain, forcément variables d’un lieu à l’autre ?

La question a été posée la semaine dernière, lors du débat lancé par Jean-Claude Marcourt (PS) sur le redressement wallon.

Le ministre de l’Enseignement supérieur propose de régionaliser l’école (il en fait un « élément fondamental » de son plan W). Le Liégeois estime cela nécessaire pour « la réponse aux besoins locaux ». « Il y a des différences entre ce que la Wallonie souhaite et ce que Bruxelles souhaite », dit-il.

Sous-entendu : la Communauté, rigide, serait sourde aux besoins spécifiques du terrain.

Vrai ? Nous avons mis la main sur une analyse des moyens que la Communauté engage pour épauler les écoles en difficulté (anciennement, on parlait de discriminations positives ; dites désormais : écoles en encadrement différencié.)

Ces écoles reçoivent plusieurs types d’aides. Elles bénéficient d’un encadrement supplémentaire et de subventions plus élevées. Notre tableau évoque aussi les agents ALE qui prennent en charge les enfants du fondamental qui ne maîtrisent pas le français. Il évoque aussi les classes-passerelles qui accueillent les primo-arrivants (enfants débarquant chez nous sans bagage scolaire et/ou sans maîtrise du français).

Dans la population totale du fondamental (486.808 élèves), Bruxelles représente 22,48 % (chiffres de janvier 2011). Or, sur l’encadrement dévolu aux écoles en difficulté, la capitale prend 51,57 % (chiffres du budget 2011). En aides financières, elle prend 48,85 %. Pour l’adaptation à la langue, elle prend 57,76 %. Pour les classes-passerelles, elle prend 42,42 %.

Pour le secondaire, les taux sont comparables.

Bruxelles « boulotte » donc l’essentiel du budget consacré à l’encadrement différencié, en bénéficiant d’une part (très) supérieure à son poids démographique.

C’est vrai aussi pour les bâtiments scolaires. Motif : la pénurie de places (on estime qu’il faudrait en créer 18.000 d’ici 2020 pour absorber le boom démographique bruxellois).

Ainsi, sur les 560 millions affectés sur 30 ans à la rénovation des bâtiments, 26,8 % seront dirigés vers Bruxelles ; et sur les 140 millions affectés sur 30 ans à la construction de nouveaux bâtiments, là… 58 % serviront la capitale.

Au cabinet de Marie-Dominique Simonet (CDH), la ministre de l’Education, on voit dans tout cela le signe que les politiques de la Communauté épousent naturellement les réalités du terrain – Bruxelles concentre les difficultés sociales et bénéficie logiquement de soutiens plus appuyés.

Message-ricochet : régionaliser l’école romprait la solidarité et abandonnerait la capitale à ses (énormes) difficultés.

Pas de traitement de faveur

Au cabinet, on souligne que Bruxelles ne jouit pas d’un traitement de faveur. Les écoles en difficulté sont généralement situées en milieu urbain et l’encadrement différencié sert les cités francophones (Bruxelles, Liège, Charleroi, Mons…) au prorata exact de leurs difficultés et de leurs populations d’élèves.

On souligne encore : par rapport à Bruxelles, la Wallonie a la ruralité pour spécificité, ce dont la Communauté tient compte en accordant aux écoles rurales des régimes adaptés (normes de maintien d’écoles plus basses, encadrement adapté aux petites classes).

Message-conclusion : on peut reprocher bien des choses à la Communauté. Mais elle ne serait pas ce pouvoir aveugle et rigide, dont on parle en certains cénacles régionalistes.

Vos réactions

Voir toutes les réactions
Je me connecte Je m'inscris

Nouveau : changement dans la procédure de connexion. En savoir plus

Quelques règles de bonne conduite avant de réagir
[15] whogarden dit le 31/01/2012, 15:04

Bonjour Katleen. En tant que Flamande, c'est, je pense, facile de comprendre que, tout comme vous avez lutté pour vous affranchir de la domination francophone (bruxelloise en réalité), la Wallonie, elle aussi, lutte pour s'affranchir de cette domination et, par la même occasion, pour avoir davantage de moyens pour se redresser.

Signaler un abus

Message constructif ?

  OUI 0 0 NON

 

[14] indecis dit le 30/01/2012, 18:57

Bonjour Katleen, La reponse est assez simple. Quand les bassins industriels des le début du dixhuitième siecle se sont installés en Wallonie, la sueur c'est concontré en Wallonië mais les cerveaux et les finances se sont installées à Bruxelles. Ainsi Bruxelles est devenue liberale et la Walloniê socialiste. Pour conquerir Bruxelles et pour briser la majorité flamande en Belqique on à procedé à une politique voluntariste d'immigration. Ainsi le déficit demograpique de la wallonie serai neutralisé et la base électorale pour les socialistes à Bruxelles serait agrandie. Maintenant les socialistes maitres à Bruxelles ont besoin de beaucoup d'argent pour garder cette population à Bruxelles et pour garder sa loyauté. Les flux financiers ne vont plus de la Flandre et Bruxelles vers la Wallonie. Mais la Wallonie pauvre doit maintenant envoyer de l'argent à Bruxelles qui est percue comme riche, ( la perception wallonne) .

Signaler un abus

Message constructif ?

  OUI 2 1 NON

 

[13] katleen dit le 30/01/2012, 17:40

Je ne comprends pas du tout l'idée que Marcourt a ventilé la semaine passé; couper les liens entre bxl et la wallonie et le plan W est quand même pas du tout vivable pour la région wallonne ? Mais bon je ne suis qu'une petite flamande ;) donc si qqun peut m'expliquer pourquoi certaines régionalistes pensent que sans bxl tout sera mieux...

Signaler un abus

Message constructif ?

  OUI 1 0 NON

 

[12] whogarden dit le 30/01/2012, 13:52

Si la CF est étranglée financièrement, c'est parce qu'elle n'a pas de pouvoir fiscal. Pour info, le seul qui a essayé de lui en donner réellement un, c'est Bernard Anselme en 1992. Cela a capoté car il est impossible de savoir qui, à Bruxelles, dépend de quelle communauté, si bien que les impôts communautaires francophones seraient payés par les seuls wallons (wallo-taxes). Etant historien, je ne comprends pas ce mythe de "régions jumelles" ou de "destins liés". L'histoire serait-elle écrite par avance? A-t'on déjà vu des jumaux traités de manière si inégalitaire?

Signaler un abus

Message constructif ?

  OUI 3 1 NON

 

[11] fc1639 dit le 30/01/2012, 13:31

Olivier Maingain (FDF) : Olivier Maingain : "Il (Marcourt) croit qu'il faut larguer Bruxelles, ça c'est évidemment du côté d'un certain nombre de régionalistes wallons, la vieille obsession. Et il faut affaiblir dès lors la fédération Wallonie-Bruxelles. Mais quand donc comprendra-t-on, et c'est pour cela que nous sommes aussi présents en Wallonie, que c'est seule, l'unité de la Wallonie et de Bruxelles qui va permettre de faire le contrepoids au nationalisme flamand et tenir en échec la montée du nationalisme flamand ?" déplore Olivier Maingain. http://www.rtl.be/info/belgique/politique/850261/maingain-marcourt-veut-la-separation-du-pays-avec-une-wallonie-sans-bruxelles http://www.telebruxelles.net/portail/info/info-regionale/17507-gosuin-qla-division-cest-un-appauvrissementq

Signaler un abus

Message constructif ?

  OUI 2 2 NON

 

Voir toutes les réactions