Quand le Roi invite au Palais, tout va...

OLIVIER MOUTON ET BEATRICE DELVAUX

mardi 31 janvier 2012, 09:50

ALBERT II renoue ce mardi avec la tradition : il reçoit les autorités du pays. Après une crise interminable, le Palais de Bruxelles retrouve des couleurs. Les invités s'y multiplient. Attention aux règles d'usage !

Quand le Roi invite au Palais, tout va...

1983 Baudouin en conversation avec Gaston et Mark Eyskens Cela fait deux ans que la réception des Corps constitués existe © belga

Le Roi respire. Il a repris le ronronnement hyperactif de ses occupations. Un gouvernement gouverne, les instances européennes et les diplomates de tous bords ont retrouvé des interlocuteurs belges. Lui, il revêt à nouveau son costume de symbole de la nation. Son Palais du centre de Bruxelles revit et vibre des réceptions pour l'année nouvelle. Mardi, en guise de feu d'artifices, Albert II reçoit les autorités du pays. L'année passée, englué dans les soucis et les consultations tous azimuts, il avait dû annuler ce rendez-vous.

Une tradition depuis 1981. C'est le roi Baudouin qui a initié une rencontre annuelle avec les forces vives du pays. « En 1955, il a tenu pour la première fois un discours aux autorités du pays, rappelle Pierre-Emmanuel De Bauw, porte-parole du Palais. Par la suite, ces discours ont eu lieu à l'occasion des réceptions organisées pour le corps diplomatique. » Avec une interruption entre 1961 et 1968, quand le pays fut englué dans des crises successives, de la décolonisation du Congo au Walen Buiten en passant par les grèves de la Loi unique.

« C'est en 1981 que cette réception est devenue une tradition annuelle, prolonge le porte-parole du Palais. Depuis, elle a eu lieu chaque année à la fin du mois de janvier... A l'exception de l'an dernier, en raison de la crise politique et institutionnelle. »

Les invités : les acteurs de la nation. Pendant longtemps, ils furent appelés les « Corps constitués ». Depuis peu, ce sont tout simplement les « autorités du pays ». Quelques centaines de privilégiés sont reçus par la famille royale au grand complet. « Cette année, seule la reine Fabiola sera absente parce que ce type de réception est fatigante », précise Pierre-Emmanuel De Bauw. Les invités ? Le Premier ministre, les ministres, le pouvoir exécutif belge au grand complet, bien sûr. Les pouvoirs législatif et judiciaire, incarnés par ses représentants (chefs de groupe, membres du bureau, bâtonniers...). Les gouverneurs de province, encore. Les représentants des cultes et de la laïcité, aussi. Sans oublier certains membres de la société civile et des médias, triés sur le volet. Tout est soupesé. « C'est une liste qui évolue peu, ajoute-t-on au Palais. Depuis peu, les élus belges du Parlement européen sont également présents. C'est une manière d'exprimer l'importance de l'intégration européenne et de Bruxelles en tant que capitale de l'Union. »

La règle d'or ? Lorsque l'on a le privilège d'être invité, on répond et on s'efforce d'être présent. Ou l'on s'excuse. Il y a deux ans, le président du parlement flamand, Jan Peumans, avait créé un mini-scandale en refusant l'invitation. Un geste de défi de la part de ce N-VA, nationaliste et indépendantiste.

Oui, on peut parler au Roi. Tenue de ville exigée. Cela va sans dire, il convient d'être « bien habillé » pour se rendre au Palais royal. « Chacun est assez grand pour voir ce que cela signifie », sourit le responsable du Palais. La réception elle-même a lieu au premier étage du Palais, là où se trouve les grands salons. Trois pièces monumentales sont concernées : la Salle du Trône, la Grande Galerie et la Salle des Glaces revisitée en 2002 par l'artiste contemporain Jan Fabre.

« La légende veut que l'on ne s'adresse pas au Roi, ajoute Pierre-Emmanuel De Bauw. Mais une fois que le Roi s'adresse à vous, cela devient une conversation. L'intérêt de ce moment privilégié, c'est précisément qu'il y ait un échange, qui doit bien entendu rester marqué par un peu de politesse. » De façon plus particulière, certaines personnes sont appelées pour une discussion un peu plus profonde, un peu en retrait. En fonction de l'actualité du moment, ou avec le souhait d'une première prise de contact. « Lors d'une réception préalable, par exemple, le Roi a exprimé le souhait de passer un moment avec Martin Schultz, nouveau président du parlement européen. »

Une année 2012 bien chargée. Cette réception des autorités du pays est en quelque sorte le clou du mois de janvier. « Avant cela, il y a les traditionnelles réceptions du corps diplomatique accrédité auprès de la Belgique, de l'Union européenne et de l'Otan », rappelle le porte-parole du Palais. Mais cette année, Albert II a en outre entamé une série d'audiences particulières des ministres de l'équipe Di Rupo. « Ce sont des moments privilégiés où il peut évoquer durant une heure, une heure et demie le programme gouvernemental, être informé complètement. » Mardi dernier, il a encore convié les membres du gouvernement et leurs conjoints à un repas au Palais. C'était une première depuis 2003 et, également, une tradition renouée de l'époque des gouvernements Dehaene et Verhofstadt. « Ce sont autant de moments importants, des contacts informels qui faciliteront ensuite les rencontres plus officielles », souligne Pierre-Emmanuel De Bauw. Qui ajoute : « Le Roi ira aussi à l'extérieur. Il se rendra par exemple ce week-end au championnat du monde de cyclo-cross. »

C'est dire combien le Roi revit ? « On peut le dire... »

Une fonction d'influence. Cette hyperactivité post-crise témoigne de l'attachement d'un Roi pour son fragile pays. « A travers tout cela, on voit combien la représentation de la Belgique est une partie importante de la fonction royale, constate Vincent Dujardin, historien de l'UCL et spécialiste de la royauté. Mais il peut profiter aussi de ces moments pour faire passer des messages. » En 2006, il avait notamment dénoncé dans son discours le « séparatisme explicite ou feutré ». « Dans le contexte, cela avait été pris comme une attaque frontale du CD&V, commente Vincent Dujardin. Même si c'est une phrase qu'il avait déjà énoncée auparavant. La réception des autorités est traditionnellement le moment au cours duquel il s'exprime de façon plus politique, davantage que lors de ses deux autres discours annuels, le 21 juillet et à Noël. Même si dernièrement, le ton des autres discours a changé. »

Albert II avait dénoncé sans ménagement le blocage politique. Aujourd'hui, il savoure une vie institutionnelle apaisée. Pour combien de temps ?

Vos réactions

Je me connecte Je m'inscris

Nouveau : changement dans la procédure de connexion. En savoir plus

Quelques règles de bonne conduite avant de réagir