Commentaire : What’s in a carton ?

BEATRICE DELVAUX

mardi 31 janvier 2012, 09:57

Commentaire

« D’après les ordres de leurs Majestés le Roi et la Reine, le Chef du Protocole de la Cour a l’honneur d’inviter… à une réception de Nouvel An au Palais royal de Bruxelles, le… janvier… à 11 heures. Tenue de ville, militaires : tenue de cérémonie. Prière de vous munir de cette invitation strictement personnelle. »

« Strictement personnelle », c’est bien là tout le côté précieux de la chose. Car si ce carton d’invitation aboutit dans votre boîte aux lettres, c’est que vous êtes monté en grade dans l’échelle sociopolitique belge ou dans ce qu’on pense à tort ou à raison de votre influence ou de votre capacité à peser sur le cours des choses belges.

La présence de la presse est une évidence car cette réception de Nouvel An au Palais est l’un des temps de communication politique du Souverain.

Le rendez-vous est sociologiquement incontournable, aussi, car il permet une mise à jour de votre carnet d’adresses, de vos contacts.

Ceux qui pensaient être blasés, se sont rendu compte de leur erreur lorsque l’an dernier, ils ont été soudain privés de ce précieux carton d’invitation – la réception avait été annulée –, sans savoir si c’était pour un an ou pour toujours. Ouf, cette année, c’est reparti. Et Jacques van Ypersele de Strihou attendra ses invités comme chaque année, en haut du double escalier d’honneur, les saluant personnellement un par un, par leur nom, avant de les diriger vers les salons.

C’est l’endroit où l’on rencontre tous ceux qu’on a ratés durant les mois précédents, l’occasion aussi d’échanger des propos confidentiels. Une aubaine, tant il est rare de trouver une telle concentration et une telle diversité au même moment au même endroit, de personnalités qui font l’actualité. On fait le point, on fixe un déjeuner, on renoue.

L’occasion aussi d’échanger quelques mots avec la famille royale, chose en général impossible. Ce sont eux qui choisissent : la Reine et sa dame d’honneur, Philippe et Mathilde vous arrêtent soudain, au détour d’une double porte. Le discours du Roi reste crucial car l’on sait que le Souverain, et le Premier ministre à travers lui, en profite pour lancer des messages codés, morigénant en sous-main les uns, mettant en garde ou soulignant l’importance de ce qui met le pays en danger ou en valeur.

Le rendez-vous se déroulera ce mardi après une pacification communautaire dont on sait qu’elle est fragile et après une grève générale qui en dit long sur la désespérance sociale. Mais les présents auront cette fois de la gratitude pour le rôle du Roi. Souvent questionné, il a gagné en légitimité, voire même en affection au terme de ces 540 jours au bord de l’abîme. Ça, le Roi ne le dira pas. Mais beaucoup, même ceux qui n’aiment pas l’idée, le penseront très fort.

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