« Merkel et Sarkozy ne pensent qu’à leurs élections »

PASCAL MARTIN

mercredi 08 février 2012, 23:13

Lors d’une conférence organisée au parlement par Le Soir Guy Verhofstadt a déclaré que « Standard & Poor’s a fait beaucoup plus pour l’union fédérale que les chefs de gouvernement européens » Le compte rendu

Mercredi soir, Guy Verhofstadt a fait le bonheur des quelque 250 lecteurs du Soir qui avaient bravé le froid pour venir l’écouter. L’événement organisé dans l’enceinte du Caprice des dieux par notre quotidien en collaboration avec le bureau belge du Parlement européen a tenu toutes ses promesses.

L’ancien Premier ministre belge est aujourd’hui eurodéputé et président de l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ADLE), le troisième plus grand groupe politique au Parlement. Le débat était mené par Béatrice Delvaux, éditorialiste en chef au Soir, et notre confrère Maroun Labaki, spécialiste des matières européennes.

Celui que Le Soir a surnommé « l’emmerdeur magnifique » dans son édition du week-end dernier est d’abord revenu à la genèse de la crise économique et financière que connaît aujourd’hui l’Europe. A la crise grecque donc, qui devait contaminer très vite la zone euro. « Ma thèse est très simple, a lancé ce grand défenseur d’une vision fédérale de l’Europe : depuis 2009, on n’a pris que des demi-mesures, mais on n’est jamais allé au fond des choses. Il ne s’agit pas seulement d’une crise de la dette, c’est aussi une crise politique. Il ne peut y avoir d’union monétaire sans union économique, fiscale et même politique. Il est impossible d’avoir la monnaie unique sans une autorité fédérale pour la garantir ». L’Europe s’y est prise à l’envers, a-t-il dit en substance, contrairement aux Etats-Unis et à la manière dont le dollar fut autrefois créé. « On nous a dit : d’abord la monnaie et puis on verra ». « On est dans la phase spontanée, entendait-on dire alors », s’est-il esclaffé.

La Grèce a besoin d’argent, affirme Guy Verhofstadt alors qu’Athènes continue à négocier son désendettement avec ses créanciers privés. Analyse : « Il faut diminuer l’avantage des institutions financières qui détiennent une part de la dette grecque jusqu’à 70%. Mais ce ne sera pas suffisant pour sortir de la crise ». Et l’ex-Premier ministre de demander la réforme profonde d’un Etat grec aux mains de « partis gangsters », gauche et droite confondues, tout affairés à procurer des avantages à leur clientèle respective. « On devrait s’attaquer à cela. Or, que voit-on ? On préconise de la modération salariale dans le secteur privé, ce qui ne fera qu’accentuer la récession ». Guy Verhofstadt a estimé ainsi que la Grèce n’est pas en mesure pour l’instant de sortir de la crise. Au contraire de l’Italie où Mario Monti, flanqué de techniciens de haut vol, se montre autrement efficace que le Premier ministre grec Lucas Papademos. Lequel doit continuer à travailler avec les deux grands partis politiques du pays, ceux-là mêmes qui sont responsables de la crise.

Une recette pour en sortir malgré tout? « L’austérité est nécessaire, car il faut mettre de l’ordre dans les finances publiques. Mais il faut aussi une politique de croissance. L’UE doit lui accorder les moyens qui existent dans le budget européen, dans les fonds structurels, la BCE, et faire redémarrer l’économie ».

Guy Verhofstadt a également appelé de tous ses voeux la création toujours attendue d’un brevet européen qui permettrait aux entreprises des Vingt-Sept de protéger leurs innovations à moindre coût. Il a plaidé en faveur d’un « marché obligataire tellement important qu’il ferait baisser les taux d’intérêts pour tous les pays de la zone euro ». « Le Parlement, a-t-il annoncé, va essayer de créer ces obligations en euros. C’est la seule possibilité de sortir de la crise ». Le grand bleu s’est bien sûr un peu énervé, en stigmatisant le manque d’actes concrets et le plaisir malin que prennent les Etats à se disputer longuement sur des matières pourtant urgentes. « On a besoin d’une vision fédérale comme on en a eu une avec Kohl et Mitterrand. Mais Angela Merkel et Nicolas Sarkozy ne pensent qu’à leurs élections et à leur opinion publique. L’Europe connaît davantage une crise politique qu’une crise économique ».

Ladite crise peut aussi avoir du bon. « Les gens sentent qu’il est impossible de continuer avec une Europe qui fonctionnerait au niveau national. Il faut s’organiser dans une Europe fédérale. Le G8 de 2030-2035 ne comprendra aucun pays européen. La seule manière d’en faire partie, d’y peser, ce sera au niveau de l’UE ». A fortiori pour un petit Etat comme « la Belgique qui a besoin de la monnaie et du marché uniques ». Quant à l’euro, ce serait une « tragédie de le perdre. Des études ont montré que la disparition de la monnaie unique conduirait à une réduction de la croissance économique trois fois plus forte que celle provoquée par la faillite de Lehmann Brothers ».

Verhofstadt a aussi regretté le déficit démocratique, le fait que le fossé entre le citoyen et l’UE ne cesse de grandir. « Pour créer une opinion publique européenne, il faut des listes transnationales. Pour la première fois, le Parlement est prêt à traiter avec le Conseil de la création de telles listes ».

L’ancien Premier ministre ne s’est pas privé de quelques bons mots pour le plus grand plaisir de ses auditeurs. Merkozy ? « Ils ne se tiennent pas la main comme Kohl et Mitterrand, c’est peut-être ça qui manque ». Quid du film sur la vie de Margaret Thatcher, lui qui fut surnommé Baby Thatcher ? « J’ai rencontré pour la première fois il y a 7 ou 8 ans Margaret Thatcher à Wimbledon, mais je n’ai jamais parlé avec elle. Ne me demandez pas ce qu’elle pense de la régulation des marchés, je n’en sais rien ».

Guy Verhofstadt refusera au passage de s’exprimer sur le rôle qu’il a joué dans le règlement de la crise politique belge. En revanche, on l’a senti plus fédéraliste que jamais. Le libéral prédit ainsi un recul des eurosceptiques. « Il est certain que l’Europe sera fédérale. Ou alors il est certain qu’elle n’aura aucun avenir ».

Un détour enfin par les Printemps arabes. « Je ne partage pas le pessimisme de certains. Il va naître dans ces pays des partis islamistes modérés qui collaboreront avec des réformistes libéraux. Comme en Egypte, où le vrai danger est que l’armée continue d’accentuer son pouvoir » « Le choc des civilisations » de Samuel Huntington a vécu, a conclu l’eurodéputé. Pour Guy Verhofstadt, le mariage de l’islam avec un système démocratique libéral est possible.

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[11] checkpoint Charlie dit le 09/02/2012, 16:27

Faites ce que je dis, pas ce que je fais! Sans s'en rendre compte, Verhofstadt nous donne le parfait contre-exemple de ce que lui et ses compères ont fait pour détruire le rêve européen. Son cas des brevets est révélateur. L'Office des Brevets Européens a été créé parce qu'il en coûtait aux entreprises 3 fois plus pour enregistrer un brevet en Europe par rapport aux Etats-Unis. C'était en 1973. Aujourd'hui, bien que le contribuable européen continue à financer les offices nationaux (qui n'ont lâché aucune de leurs prérogatives) en plus de l'Office Européen, le brevet européen coûte non pas 3 fois, mais CINQ fois ("The Economist") ou même SEPT fois (Le Monde) ce qu'il en coûte aux Etats-Unis. Bel exemple de l'incapacité des bureaucraties nationales de lâcher leurs fromages. Mais il en est de même dans TOUTES les initiatives de ce type: justice, diplomatie, police, etc, etc... Puisse l'Europe connaître la fin de la Tour de Babel, et pour les mêmes raisons!

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[10] fb101 dit le 09/02/2012, 08:15

Jaloux, va ! Vous connaissez un politicien qui ne pense pas à ses élections, vou ?

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[9] Benoit1 dit le 09/02/2012, 02:28

Et curieusement...les trois seuls pays qui au niveau des paramètres économiques de base vont bien ou correctement, sont précisément les trois pays restés hors de l'euro et de l'EU. Mais ça n'attendez pas sur la presse europeiste pour vous en attirer l'attention, ça se comprends...Leurs chiffres positifs réduiraient à néant toute possibilité d'argumentation, comme Guy Verhofstadt le fait si bien..Je pense qu'il est surtout un idéaliste sans réelle mauvaise volonté.

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[8] Benoit1 dit le 09/02/2012, 02:15

J'ai des indicateurs indépendants des plus sérieux concernant le niveau de vie depuis l'euro. Quasi tout s'est dégradé sans exception : dette publique, chômage, pauvreté, inflation, délocalisation, croissance, logement, sécurité-sociale; la seule chose qui est devenu plus abordable est le matériel audio-visuel pour le quidam, même les sdf ont un portable.

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[7] soleil2 dit le 09/02/2012, 02:14

Il y a qq semaines je disais que l'Europe-27 est vouée à disparaître. J'espère encore et tjrs me tromper, mais... Nous étions si bien à 6... Pourquoi la petite grenouille veut-elle se faire aussi grosse que... Pour montrer son (im)puissance chronique? Elle (Europe-27) se fait berner par les US, la Chine, etc. Réagir ? Il est bien trop tard... cela aurait du être fait en 1973 : une des guerres du pétrole durant laquelle l'Europe est restée bouche bée... comme tjrs !!

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