Entretien : Jean-Pierre Coenen : « Il fallait intervenir »

PIERRE BOUILLON

mercredi 22 février 2012, 13:59

Jean-Pierre Coenen préside la Ligue des droits de l'enfant.

Le décret inscriptions est-il une bonne chose, pour vous ?

Oui ! Jusque-là, l'école avait fixé elle-même ses règles – avec des passe-droits, réservés à ses meilleurs clients. Cela a créé ce système avec les écoles d'élite d'un côté, les « écoles poubelles » de l'autre. Il fallait réguler cela. Il fallait que la société intervienne. Dans un système qui fonctionne bien, qui fonctionne normalement, un tel décret n'est pas nécessaire. Là, il était une nécessité.

Plusieurs formules ont été tentées – les files, le « décret Lotto », le décret Simonet. Laquelle préférez-vous ?

L'actuelle est la plus équitable. Mais il faut aller plus loin. Il faut éliminer définitivement les concurrences entre réseaux, entre écoles. Les enfants doivent pouvoir se rendre dans l'école de leur quartier, il faut que cette école soit de qualité et il faut que l'on puisse y aller les yeux fermés. Il faut donc un travail global, visant à changer le système, visant à supprimer le redoublement, l'échec. Former des citoyens, tel devrait être l'objectif des écoles. Et pas se fabriquer une réputation.

Le décret Simonet est complexe, tout de même. C'est carrément l'usine à gaz, même…

Personne n'est pleinement satisfait. Certaines critiques sont justifiées. Il y a eu une pression des associations pour que le politique fixe des règles. Et le politique a fixé des règles, mais sans débat démocratique. Il ne s'est pas assez expliqué. Dans la presse écrite, oui, mais c'est tout. Donc la démocratie est un peu perdante parce que le décret n'est pas lisible, parce que le politique n'a pas été assez pédagogue. Ce décret me semble le plus juste des systèmes qu'on a imaginés jusqu'ici. Mais il devrait être lisible par tous. Dire aux gens : « Voilà le décret, débrouillez-vous », ça ne va pas. Et il faut permettre à ce décret d'évoluer.

Le décret n'a pas vraiment empêché des écoles de tricher.

Cela triche aux entournures. Des écoles ne déclarent pas toutes leurs places disponibles. Et puis il y a l'influence ; on fait payer des droits d'inscription, on demande à voir le bulletin de primaire. Faire venir les parents dans le bureau du directeur, c'est déjà un début de tentative d'influence. On dissuade. On décourage. On parle des frais de l'année qui vaudront ceci. Du voyage scolaire qui va coûter cela.

Le décret produit-il des résultats en termes de mixité sociale ?

Il n'y a pas encore d'évaluation. Le décret a fixé une limite – l'école doit accueillir 20 % d'élèves d'indice socio-économique inférieur. Il faudrait aller plus loin, à 50 %, pourquoi pas davantage. Mais l'essentiel n'est pas là.

Le décret inscriptions organise l'entrée à l'école. Mais après ? On entend que des écoles voient leur taux d'échec augmenter. Nous soupçonnons un acte de sélection : les élèves qu'elles ont été obligées d'accueillir en vertu du décret inscriptions, ils échouent et ne passent pas au 2e degré.

Faut-il, comme certains le suggèrent, réguler les inscriptions au primaire, aussi ?

La Ligue a toujours été favorable à ça. Parce que nous préconisons un tronc commun jusqu'à 15 ans et qu'il serait plus logique de réguler les inscriptions au primaire. Et puis, il y a là les agissements comparables à ceux qui ont justifié la fixation de règles au secondaire – listes d'attente occultes, passe-droits, etc. Je ne dis pas que toutes les écoles le font. Mais beaucoup. C'est la même bagarre.

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