Entretien : Michel Parys : « Ce sont les soldes. C'est l'entonnoir »
PIERRE BOUILLON
mercredi 22 février 2012, 13:57
Michel Parys, est vice-président de l'aile bruxelloise de l'Ufapec (les parents du réseau libre catholique).
Fallait-il réguler les inscriptions ?
Je suis allé revoir l'historique du projet. Au départ, il s'agissait de lutter contre l'échec et de faire respecter le décret-mission qui empêche des refus d'inscription pour des motifs non avouables. A l'époque, en 2006, le Mrax avait enquêté et signalé une centaine de plaintes relatives à des problèmes d'inscription en fait, 15 cas contenaient des éléments suspects. Ce qu'il fallait faire, c'était contrôler les écoles où ces faits étaient rapportés. Et laisser les autres en paix. Pour le reste, non seulement une baisse du taux d'échec n'est pas constatée. Mais on a lancé un train fou ; qui a déjà changé de voie trois fois.
Que pensez-vous du décret Simonet en tant que tel ?
Points positifs : l'évaluation prévue, et attendue ; le formulaire unique pour empêcher les inscriptions multiples ; et le cadastre des places disponibles. Je préfère l'approche en Flandre où les écoles n'inscrivent pas en même temps ; cela met moins de pression. Ici, ce sont les soldes. C'est l'entonnoir. Tout le monde doit foncer au même moment, sans trop avoir d'informations concrètes les parents ignorent par exemple le nombre de places disponibles dans les écoles.
Les autres points négatifs ?
Le décret est vécu comme une violence par les familles. Des élèves sont déchirés car séparés de leurs amis. Tout devient extrêmement juridique et déshumanise l'enseignement en plaçant une boîte noire entre les familles et l'école.
Peu d'élèves n'obtiennent pas l'école de leur 1er choix.
Globalement. Mais à Bruxelles, c'est 20 % qui n'ont pas leur école de 1er choix. Encore faut-il dire que beaucoup de parents, à cause du décret, ne visent plus l'école à laquelle ils aspirent réellement mais celle où ils ont une chance d'être reçus et qui serait la moins éloignée de leurs choix pédagogiques.
La mixité sociale, c'était l'un des objectifs du décret.
Non. C'était la lutte contre l'échec, notamment par la mixité. Un raisonnement erroné. Ce qui conditionne la réussite, et des études l'ont démontré, c'est d'abord l'enseignant bien formé, une équipe bien soudée, un environnement propice au travail et discipliné. Et s'il y a mixité, alors, le résultat est meilleur. La mixité n'est pas source de réussite, c'est une nécessité sociale.
Vous seriez ministre : que faites-vous ?
Notamment ceci : pour vraiment aider les familles défavorisées, il faut une évaluation des politiques d'enseignement différencié. Et de la clarté. Aujourd'hui, c'est « bisounours ». L'évaluation fait dans le qualitatif, pas dans le quantitatif. Le dernier rapport de l'inspection dit qu'il y a des « avancées significatives ». Qu'est-ce que ça veut dire ? Rien. On ne quantifie rien. On refuse de dire : telle école arrive à tel résultat. La Communauté et les syndicats disent que c'est pour ne pas exacerber le marché scolaire. En fait, occulter les choses le renforce d'une manière cynique en condamnant ceux qui n'ont pas accès à l'information. Car vous vous dirigez vers l'école qui a bonne réputation en négligeant peut-être une école qui a mauvaise réputation mais qui a en fait d'excellents résultats, ce que l'on vous empêche de savoir.















