Plus d’un Flamand sur quatre voterait N-VA le 13 juin. Ce n’est qu’un sondage mais il met la Flandre politique sens dessus dessous. C’est que les sondeurs (TNS/Dimarso) pointent le parti de Bart De Wever en première position au Nord du pays ! Inédit : les nationalistes flamands, crédités de 26 %, dépasseraient (et de loin) le CD&V (19,5 %).
Alors bien sûr, les bémols sont de rigueur. D’abord, ce sondage a été réalisé au début du mois de mai, alors que les citoyens comprenaient à peine pourquoi ils étaient redevenus électeurs…
Le ras-le-bol à l’égard des partis traditionnels jugés responsables de la crise politique, ne devait pas être négligeable. Ensuite, il ne s’agit que d’une prise d’opinion ; or, l’histoire électorale récente a montré certaines failles de l’exercice. Faut-il rappeler que nul n’avait sondé la présence de Jean-Marie Le Pen au deuxième tour de la présidentielle française en 2002 ? Ou, bien plus proche de nous, qu’en 2009, l’on prédisait, au Sud du pays, une éclatante victoire à Ecolo et une cuisante défaite au PS ? Enfin (et surtout), la campagne n’est pas finie. Il reste dix-sept jours pour convaincre l’électeur. L’exercice n’est pas vain : les socialistes francophones, Elio Di Rupo en tête, l’ont démontré, voici exactement un an.
Le PS tout entier, en perdition (disaient les sondages), s’est mobilisé. Sur les plateaux télés, dans les soirées organisées par tout ce que la société civile compte d’organisations mais surtout sur le terrain. Les candidat(e)s ont écouté le désarroi, les inquiétudes, la rancœur ; ils ont expliqué, tenté de convaincre. Non sans succès puisqu’ils ont inversé la tendance des chiffres.
Le succès de Bart De Wever n’est donc pas inéluctable… Certes, à moins d’erreurs monumentales, il semble acquis que les nationalistes flamands réaliseront un bon score le 13 juin – la tendance à la hausse est constante, depuis 2009, au fil des sondages. Mais l’ampleur de sa victoire reste l’inconnue de l’équation électorale. C’est aussi l’inconnue… de l’avenir du pays.
Si Bart De Wever progresse mais reste sous la barre des 20 %, dans un mouchoir de poche avec les autres partis démocratiques, il sera certes un acteur clé des négociations institutionnelles mais il devra composer avec plus fort que lui. En revanche, si la N-VA devient la première formation politique de Flandre, voire du Royaume, il sera difficile et même impossible de mener une réforme institutionnelle à l’objectif acceptable pour les francophones.
Le scénario du pire ? Il fait trembler les partis traditionnels du Nord. Lesquels seraient bien inspirés d’utiliser les dix-sept prochains jours pour expliquer aux électeurs que voter N-VA, c’est précipiter la mort du pays. Ce que, selon… un autre sondage, plus de huit Flamands sur dix ne souhaitent pas…