L'avenir de Bruxelles vaut bien un dossier dans « Le Soir »
Rédaction en ligne
mardi 17 août 2010, 06:34
Peter De Lobel a accusé, dans les colonnes du Standaard, « Le Soir » de se comporter comme un parti politique et non comme un journal. Béatrice Delvaux lui répond.
Nous étions extrêmement convaincus de l'intérêt du dossier que « Le Soir » a publié vendredi dernier sur l'avenir de Bruxelles et la stratégie de la Flandre N-VA et CD&V visant « au mieux la cogestion, au pire, l'annexion » de la capitale.
Oorlogstaal
Peter de Lobel s'en prend au Soir et à l'édito de Béatrice Delvaux sur Bruxelles paru dans l'édition de vendred, intitulé « Bruxelles n'est pas à vendre » Pour le journaliste politique, il n'est pas du rôle d'un journal de défendre une telle position, en dehors du cadre de son éditorial, dans un dossier complet, ce qui s'apparente pour lui à de la propagande politique utilisant un « langage guerrier ».
Retrouvez l'intégralité de sa carte blanche sur le site du Standaard.
http://www.standaard.be/artikel/detail.aspx?artikelid=8D2U1J7R
L'édito de Béatrice Delvaux
http://www.lesoir.be/debats/editos/2010-08-13/bruxelles-n-est-pas-a-vendre-786870.php
Nous en sommes encore plus satisfaits aujourd'hui. Parce que la publication d'un dossier très détaillé, très systématique, très documenté a brisé
un tabou ?, une omerta ?, au minimum en tout cas une extrême frilosité à évoquer ce dossier comme tel, ces derniers temps, notamment au Nord du pays.
L'avenir de Bruxelles ? Que veulent vraiment les Flamands pour la capitale du pays ? Quel est le projet, la place qu'ils souhaitent lui accorder? Aujourd'hui et demain? On sait qu'ils la trouvent mal gérée, oui. Mais ensuite quel regard, quel intérêt, quel attachement, quels projets?
La position du nord du pays n'a jamais été très claire. Celle de la N-VA est longtemps resté inconnue. Tout comme, au fond, l'idée même de l'existence de Bruxelles comme entité propre. Exemple : les sondages politiques. Les quotidiens du Nord du pays sondent la Flandre, rarement les francophones, mais jamais les Bruxellois (où par ailleurs vivent des Flamands assez atypiques). Lorsque nous avions réalisé notre première enquête « Nord Sud » avec le Standaard, la première réunion de travail commune avait buté sur un écueil; l'institut de sondage avait prévu deux échantillons : un sur la Flandre, l'autre sur les francophones. Pour nous, il fallait en ajouter un troisième, les Bruxellois, si nous voulions vraiment sentir la réalité du pays. Après un court débat, ce fut acté.
Le futur de Bruxelles vaut des dossiers, des débats, des échanges d'idées, des éditoriaux. Il vaut en tout cas mieux que la chronique de Peter De Lobel parue hier dans ces colonnes.
Le Soir se risque rarement à faire à d'autres des leçons de journalisme. Parce que personne n'est à l'abri de la critique, parce que personne n'est parfait. Le Soir a déjà eu plus d'une controverse avec le Standaard ; je dois avouer qu'elles volaient nettement plus haut, elles apportaient une vraie valeur ajoutée, une vraie prise de conscience aux deux journaux et à leurs lecteurs. Sachez. Monsieur De Lobel, que notre dossier était étayé, recoupé au nord et au sud du pays. Evidemment. Il appelait des contre arguments, des compléments, des réponses. Mais votre propos lui, n'est qu'insultant.
Le Soir serait donc militant, s'exprimant dans une langue guerrière et n'ayant qu'à se présenter aux élections? C'est une critique que j'ai peu lue au nord du pays quand le Soir a été le premier organe francophone en 2007 à plaider pour une grande et inéluctable réforme de l'Etat. C'est une critique que j'ai peu lue lorsque Le Soir a appelé Di Rupo et De Wever aux termes des élections à sceller un accord ambitieux, audacieux, historique
copernicien. Une position qui aujourd'hui permet entre autres, aux hommes politiques francophones, d'oser tenter un compromis risqué. Je l'ai peu lue lorsque Le Soir a proposé une solution courageuse sur BHV. Je l'ai peu lue lorsque le Soir a cosigné avec Le Morgen un éditorial très critique sur la gestion emploi, sécurité- de Bruxelles. Il est vrai que ces articles-là servaient votre cause. Pardon, votre sujet. Nous ne faisions pourtant alors, comme cette fois sur Bruxelles, que donner une opinion forgée au terme d'une analyse scrupuleuse et journalistique des faits.
PS : Monsieur De Lobel, nous attendons avec beaucoup d'impatience votre dossier factuel qui établirait, si j'en crois votre chronique, qu'il n'y a pas de stratégie au mieux de cogestion au pire d'annexion de Bruxelles par les Flamands N-VA et CD&V-. Sur le plan de l'information, nous le lirons avec grand intérêt. Sur le plan éditorial, nous serions soulagés.
Dans d'autres circonstances, j'aurais proposé que nous le fassions ensemble, en confrontant nos points de vue. De quoi informer vraiment nos lecteurs. Et se révélerait bien plus riche qu'un procès en sorcellerie qui personnellement ne m'intéresse pas.
Béatrice Delvaux