Le scénario du pire
MARTINE DUBUISSON
vendredi 03 septembre 2010, 16:54
Des deux scénarios envisagés par « Le Soir » ce vendredi matin (l’enfer ou la galère), le pire est advenu. L’ultime tentative d’Elio Di Rupo a échoué. Que peut-il se passer ? Décodage par Martine Dubuisson
Belga
Et si – l’autre scénario – l’ultime tentative d’Elio Di Rupo échoue ? Il n’y a pas de plan B, ont martelé jusqu’ici les négociateurs. Et ce n’était pas qu’un argument pour forcer un accord.
Que peut-il se passer ?
De toute façon, le Roi reprendrait la main, un jour ou deux. Quelques consultations avant de lancer en piste un autre chargé de mission. Qui ? D’emblée les difficultés commencent…
Car le président du PS a tout essayé, et on n’imagine aucun autre socialiste prendre le relais. Le CD&V – toujours traumatisé par son résultat électoral – assure, dans toutes les langues, qu’il ne reprendra pas la main. La N-VA ? Bart De Wever n’est pas preneur – c’est pour ça qu’il s’est contenté de la mission d’information, après les élections.
Ne restent alors que les « petits » partis, pas forcément vainqueurs du scrutin : CDH, SP.A, Ecolo, Groen. Peu crédible, donc, même si le nom du socialiste flamand Johan Vande Lanotte continue de circuler.
Et les libéraux, dans la perspective d’un changement de coalition ? Au Nord, ils avaient choisi l’opposition, puis refont offre de services institutionnels ; pas très fiables, donc. Au Sud, c’est peu dire que ni le PS ni le CDH ne souhaitent le retour du MR à la table. Même si, jeudi, le nom de Louis Michel était cité – une rumeur venue de la N-VA, ajoutait-on…
On le voit : même la simple nomination d’un, disons, « débroussailleur » pose problème.
Faut-il changer de partenaires ? Voilà qui ne résoudrait pas forcément les problèmes – outre qu’il faudrait recommencer les négociations depuis le début… Car négocier Bruxelles et BHV avec le MR, et donc le FDF, ne s’annonce pas forcément plus aisé qu’avec le CDH.
Et côté flamand, le problème principal demeurerait puisque, comme nous le dit un CD&V, « je ne vois pas les partis flamands entrer au gouvernement sans la N-VA, car avec le Vlaams Belang dans l’opposition, cela ferait 39 sièges ». Un autre confirme : « Sans la N-VA ? Inimaginable politiquement. Avec notre résultat électoral, cela ne passerait jamais chez nous ! »
Retourner aux urnes, dès lors ? Personne ne semble l’envisager à cette heure. Le risque d’une nouvelle augmentation du score de la N-VA est trop important. Outre qu’un nouveau scrutin pourrait signifier la reconstitution du cartel CD&V/N-VA, sous peine de sanction électorale encore plus sévère pour les chrétiens démocrates flamands.
La situation serait donc tellement inextricable que certains redoutent qu’une seule chose puisse alors sauver la Belgique : des spéculations contre notre pays, qui provoqueraient un sursaut face à l’urgence de former un gouvernement…
Voilà qui en dit long sur les difficultés de l’heure. Et sur le temps que prendra encore le processus de formation gouvernementale. D’autant qu’en Flandre, Bart De Wever détiendrait un tel capital sympathie qu’il ne devrait nullement se précipiter. Ses électeurs patienteront pour qu’il obtienne plus pour sa Flandre…
A ce rythme, la rentrée parlementaire aura lieu, le 12 octobre, sans gouvernement. Même la présidence belge de l’Union européenne toucherait doucement à sa fin sans nouvelle coalition.
Au point que certains se préparent mentalement à négocier, non plus un gouvernement belge, mais la séparation du pays.
On n’en est pas là. Mais il n’y a pas à dire : ici, c’est l’enfer…