Vendredi, tout était par terre. Aujourd’hui, le duo des présidents d’assemblée joue les « go between »… Votre sentiment ?
Après le refus de deux partis sur sept, la N-VA et le CD&V, de souscrire au compromis du préformateur, on était, en effet, face à un vide, ou presque. Terrible. Et là… Je me réjouis de la décision du Roi. Le Palais a « joué » vite et bien. Et obtenu l’acceptation de la N-VA de hisser sur la scène l’un des siens, Danny Pieters, président du Sénat, ce qui peut être vu comme un signal.
« Signal » ?
Le signal qu’il y a peut-être une possibilité, même ténue, de relancer la négociation, et de trouver des solutions sur ce qui a coincé. Vous voyez, je suis prudente. Car, dans le même temps, je suis consciente que les enjeux restent énormes, que les divergences sont là, et que le nœud autour de la loi de financement reste entier.
Notez ceci : depuis l’échec de vendredi, personne n’a dit de mot définitif, qui aurait signifié la rupture irrémédiablement. On sent bien que le climat reste très maîtrisé.
Vous n’imaginez pas de modifier la configuration politique des négociations, et d’ouvrir le jeu au MR…
Moi, je constate simplement que l’initiative royale va dans un sens. Je fais le constat, rien d’autre : nous sommes en continuité par rapport au travail effectué jusqu’à présent. Les choses auraient pu se déliter durant le week-end, par les déclarations des uns ou des autres, notamment dans les débats télévisés, mais non.
On suppose alors qu’à ce stade, l’espoir revenant, vous n’accablerez pas Bart De Wever et la N-VA…
Là encore, je constate : jusqu’à présent, aucune offre de compromis global n’a jamais été acceptée par eux. Mais ce constat n’est pas définitif. L’avenir nous dira s’il y a, malgré tout, à la N-VA, une volonté et/ou une capacité de faire un compromis.
L’idée qu’il faille se préparer, au moins « mentalement et culturellement », comme le dit Laurette Onkelinx, à la séparation ?
Peut-être pouvait-on dire ce genre de choses vendredi, mais aujourd’hui, il faut surtout se préparer à la négociation, pour un nouvel Etat fédéral, mais qui soit significatif. Cela étant, je suis lucide. Je ne suis pas aveugle, ni myope.
Il faut aboutir absolument avant le 12 octobre et la rentrée parlementaire ?
Pas de date butoir. S’il faut prendre trois semaines de plus pour peaufiner un accord complet et équilibré… Mais c’est vrai qu’il ne faut pas traîner, sachant notamment que les partis flamands n’accepteront jamais de négocier un programme socio-économique sans que l’on soit passé d’abord par la case institutionnelle. Tout cela demande du temps, et le temps passe.
Hypothèse optimiste : après les négociations à sept sur la réforme de l’Etat, un gouvernement à sept ? Les mêmes partenaires ?
Chaque chose en son temps, et ce n’est pas le CDH qui décidera des coalitions, alors…
Vous étiez en colère vendredi, dépitée, pessimiste. Vous avez changé.
Je me suis gardée de toute expression émotionnelle. Mais c’était extrêmement frustrant de voir certains, comme ça, balayer une offre comme celle qui avait été soumise par Elio Di Rupo, forte et équilibrée. Après tous nos efforts… On prend tous sur nos vies politiques, privées, familiales…