Le 11h02 : « À Linkebeek, j’ai senti la N-VA gênée »

Rédaction en ligne

lundi 19 septembre 2011, 12:56

Les états-majors du Belang et de la N-VA – excepté De Wever – qui manifestent ensemble : on n’avait pas vu cela depuis longtemps. C’était le cas ce dimanche à Linkebeek. Bernard Demonty a répondu à vos questions.

Quelle était l’ambiance sur place ? Les manifestants étaient nombreux…

Bernard Demonty : Trois mille nationalistes, c’est quand même beaucoup. Pour un journaliste francophone, c’est assez stressant. Dans les premières minutes, je parlais avec un confrère de la Libre, et des manifestants nous ont tout de suite agressés verbalement. Ils ont dit que seuls la terre et l’argent des Flamands intéressaient les Wallons… Après, on parle avec eux et on se rend compte que ce sont des gens comme les autres, même si certains ont des idées qu’on réprouve profondément. Mais à ce moment-là, sous les balcons des francophones qui restaient prostrés, on ressent un certain malaise. La ferveur de ces Flamands criant sur la place « België barst ! », c’est quelque chose d’impressionnant et d’effrayant.

Comment analyser la présence de la N-VA ?

À la surprise générale, la N-VA a demandé à ses militants de participer à cette manifestation organisée par des mouvements d’extrême droite. La N-VA a toujours dit qu’elle n’était pas d’extrême droite. En parlant avec les membres de la N-VA sur place, je les ai sentis gênés. La N-VA flirte toujours avec ces idées-là, mais elle ne dépasse jamais la frontière. Ici, il y avait une certaine réserve de leur part : ils ne se sont pas affichés ensemble même s’ils étaient à la même manifestation. Je pense qu’il s’agissait d’un événement unique pour marquer le coup sur l’accord BHV. Mais cela ne signifie pas un réel rapprochement entre les deux partis qui ne profiterait pas à la N-VA. Ce qui a fait son succès, c’est aussi le fait de s’être éloignée des thèses racistes. Maintenant, je crois qu’aux élections communales, certaines alliances pourraient avoir lieu de façon ponctuelle.

Et que dire de l’absence de Bart De Wever ?

Cela fait partie de la stratégie de la N-VA de flirter avec la limite. Si le patron ne vient pas, cela atténue la présence du parti. Bart De Wever a prétendu que c’était parce qu’il était à une kermesse à Anvers. Cette explication me paraît louche, étant donné l’importance de la manifestation. Je pense que c’est donc très fin de sa part de ne pas s’y être rendu.

Certains slogans étaient tout de même très rudes…

C’est vrai que ce sont des slogans difficiles à entendre, notamment ceux qui taxent les francophones de racisme. Les francophones qui étaient chez eux ont sans doute ressenti un sentiment d’insécurité. En même temps, on n’a pas affaire à des Flamands modérés. C’était tout ce qu’il y a de plus militant et extrémiste en matière nationaliste. Certains de leurs raisonnements sont très simplistes et c’est très déconcertant qu’ils les développent de cette façon-là, comme s’ils parlaient de la pluie et du beau temps…

Faut-il en avoir peur ?

Verbalement, c’est évidemment affreux mais physiquement, je n’ai vu aucune agressivité. Je ne pense pas qu’il faille avoir peur. Ils manifestaient de manière pacifique. Et puis, j’ai entendu des horreurs mais il y a certains sentiments que l’on peut malgré tout comprendre, notamment chez ceux qui ont connu leur commune tout à fait néerlandophone. Mais je ne cautionne en rien la façon dont ils réagissent avec des slogans complètement stupides.

Chat résumé par Antoine Jacquet (St.)