Les quatre casse-tête des négociateurs
BERNARD DEMONTY
vendredi 18 novembre 2011, 08:52
Le budget 2012 est l’un des plus difficiles à boucler. Les négociateurs se sont quittés jeudi soir sans accord. Sur quoi butent-ils ? Par Bernard Demonty
Alexander De Croo, © Belga
L’indexation des salaires
Appelons-la : bombe atomique. Ou monstre du Loch Ness. C’est énorme. L’indexation des salaires, c’est ce système belge qui fait croître les salaires au même rythme qu’un panier de produits de consommation courante. Mais le patronat lui voit des faiblesses : il pousserait les salaires anormalement à la hausse. Aussi les libéraux, surtout flamands, veulent-ils une réforme dans ce dossier symbolique. Ils savent à quel point c’est difficile pour Elio Di Rupo. À ce jour, les syndicats se sont montrés conciliants, mais si on touche à un cheveu de l’indexation des salaires, c’est le déclenchement assuré de grèves, manifestations, voire débordements. Jeudi, le bruit a couru que les négociateurs envisageaient un « saut d’index », une suspension provisoire de l’indexation. Il n’a pas fallu dix minutes pour que le responsable du syndicat socialiste des employés, Erwin De Deyn, envoie un message sur Twitter : « Saut d’index = la guerre ». Mais le VLD y tient. « Ils reviennent avec cela fréquemment dans les débats », nous dit un négociateur. Le PS refuse. Ce tabou-là ne sautera pas.
Les réformes de l’emploi et des pensions
La Belgique ne doit pas seulement économiser 11,3 milliards d’euros. Elle doit aussi réformer son marché du travail. C’est la Commission européenne qui le lui enjoint. Le problème est le suivant : il y a, en Belgique, trop peu d’actifs. Or, ce sont ces personnes qui financent la Sécurité sociale. Comment augmenter le nombre d’actifs ? En luttant contre le chômage et en forçant les Belges à travailler plus longtemps. Deux sujets très sensibles pour les socialistes. Il y a deux tabous qui ne sauteront pas : l’âge de la pension restera fixé à 65 ans et on ne limitera pas les allocations dans le temps. En revanche, on va reporter de deux ans l’âge de la prépension : de 60 à 62 ans. Et on va augmenter la dégressivité des allocations de chômage : plus la durée de chômage augmente, moins les allocations seront élevées. Mais dans ces deux dossiers, il y a une question sur laquelle libéraux et socialistes ne s’entendent pas : le rythme. Le PS veut imposer ces mesures lentement. Les libéraux veulent aller vite. Et ça coinçait encore, aux dernières nouvelles.
Nouveaux impôts ou économies dans les dépenses ?
Ce débat n’a pas quitté une seconde la table des négociations depuis le début des travaux. Depuis la première note du formateur, déposée vendredi dernier, jusqu’à la dernière, qui date de mercredi soir, les libéraux ont estimé qu’Elio Di Rupo concentrait l’assainissement des finances publiques sur les taxes nouvelles. De son côté, le formateur dit avoir entendu les critiques. Dans un premier temps, l’effort sur les recettes constituait 34 % de l’assainissement.
Cette proportion est passée à 29 % mercredi. Évolution inverse sur les réductions de dépenses publiques : leur poids dans la rigueur passe de 34 à 37 %. Mais dans la nuit de mercredi à jeudi, les libéraux ont fait savoir au formateur que ce glissement n’était pas suffisant. Ils contestent aussi des postes que le formateur place dans une catégorie « autres », comme les économies sur les intérêts notionnels. Pour les libéraux, le formateur entend ainsi assainir les finances en jouant à 64 % sur les augmentations de recettes. Jeudi, cette question a encore empoisonné la discussion
La taxation des classes moyennes
Augmenter les taxes pour trouver 11,3 milliards ? Tout le monde est accord, à gauche, au centre et à droite. Immuniser les plus démunis de toute pression fiscale supplémentaire ? Même unanimité. Mais tout le problème se situe entre les deux. Le MR et le VLD veulent que la classe moyenne soit épargnée par les nouvelles hausses de taxes. « Le MR en fait une obsession. », dit un négociateur. C’est notamment pour cette raison que les libéraux veulent davantage de réductions de dépenses publiques : cela limitera les hausses de taxes pour la classe moyenne. Les difficultés se concentrent sur deux dossiers symboliques pour cette classe moyenne : la taxation des voitures de société et celle des intérêts et dividendes de placements. Ces deux dossiers ont empoisonné les négociations depuis le début. Mercredi, Elio Di Rupo a tenté un geste : il a revu ces deux mesures fiscales à la baisse. Mais les deux partis libéraux estiment que c’est encore impossible à accepter pour leurs électorats respectifs.
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@tuladit Si vous preniez la peine de réfléchir (ou d'avoir un comptable compétent), vous profiteriez aussi des intérêts notionnels. A moins que vous n'investissiez jamais dans votre affaire ? Dans ce cas, inquiètez-vous de la perrenité de votre sprl... Les intérêts notionnels sont bien un moyen de baisser l'impôts des sociétés. Ils ont été créés dans ce but. A condition d'y investir...
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Classe Moyenne ?? Je suis assez d'accord avec ce qui se dit sur le MR & VLD à propos des classes moyennes: c'est du vent !! Tout d'abord, ils feraient mieux de parler en chiffre (patrimoine, revenus, etc...), et secundo, ils s'accrochent tous les deux (par ex.) aux intérêts notionnels, ce qui est pour moi un signe qu'ils n'en ont rien à faire de la "classe moyenne", je suis indépendant (en sprl), et ces intérêts n'ont aucun impact pour moi (comme pour la plupart des PME d'ailleurs). Pourquoi ne s'intéresse-t'on pas aux société du Bel20 (et du Dax, et du CAC40, etc...), leur taux d'imposition moyen est sous la barre des 5% !! C'est du foutage de gueule quand on voit les efforts qui seront demandés à la population (toutes couches confondues) !!! Du pognon, il y en a, il faut juste avoir le courage de ne pas se tromper de cible !
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C'est rigolo. J'arrive à faire un commentaire dans un article qui n'est plus en ligne sur le site du SOIR... retiré il y a quelques minutes (accessible uniquement aux abonnés).
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@[2] tuladit (10h17). Vous avez raison. En fait, nous allons tout simplement vers une harmonisation mondiale des salaires. Les nôtres vont donc baisser, notre niveau de vie aussi.
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Que ceux qui pensent comme Bigzyeux que taxer les comptes épargnes est une bonne idée (déjà qu'ils rapportent que l'index aujourd'hui...) regardent la video ci-dessous jusqu'au bout : http://www.youtube.com/watch?v=U3qgBRr8rqE Éclairant comme info, ça montre bien où il y a de l'abus, en Wallonie comme en Flandre pour une fois. À voir absolument...