MARC METDEPENNINGEN
dimanche 30 septembre 2007, 13:39
Belga
PARCOURS
La cour d'assises d'Anvers se donne deux semaines, à partir de lundi, pour tenter de comprendre comment Hans Van Themsche (19 ans aujourd'hui), jeune homme sans histoire, issu d'une « famille flamande ordinaire » s'est transformé, le 11 mai 2006 en tueur froid et sanguinaire, lancé dans les rues de la Métropole à la recherche de « macaques » à abattre.
Ce jour-là, Songul Koc, d'origine turque, 47 ans, lit un livre sur un banc. Elle échappe à la mort que lui promettait Hans Van Themsche : la silicone de sa prothèse mammaire ralentit la balle tirée par la carabine Marlin du tueur fou. Oulematou Niangadou (24 ans), la nounou malienne de la petite Luna Drowart (2 ans) est, elle, abattue dans le dos alors qu'elle tente de fuir l'homme au crâne rasé, porteur d'un long manteau noir. Hans met cinq secondes avant d'abattre la petite Luna, en pleurs près du corps de sa nounou. Il expliquera plus tard s'être rappelé de la détresse des éléphanteaux qui se laissent mourir auprès de leur mère abattue par des braconniers pour justifier l'exécution du bambin !
Un monstre froid imprégné de haine raciste ? Un jeune désespéré cherchant dans la commission du pire, comme il le revendique, le droit d'être abattu par la police, devenue l'auxiliaire d'un suicide qu'il se refusait de commettre seul ? Les débats qui s'ouvrent à Anvers devront faire le tri entre ce que Hans Van Themsche était et ce qu'il a commis.
Ses amis, des enseignants, sa famille, le décrivent généralement comme un « bon zigue », un peu solitaire, en recherche de repères comme tout adolescent.
Hans naît le 7 février 1988 au sein d'une famille flamande ordinaire. Le père, Peter, menuisier à Wilrijk, est certes un adhérent de la première heure du Vlaams Belang (ex « Vlaams Blok »), comme un tiers des électeurs de la région anversoise. Il dit en récuser certaines lignes de programme, ne pas cautionner toutes les prises de positions racistes du parti mais être un propagandiste du slogan « Eigen volk eerst » (« Notre peuple d'abord »). La mère, Lieve, sage-femme de formation, a renoncé à sa carrière pour s'occuper de ses quatre garçons, Hans, l'aîné, et ses jeunes frères Koen, Jef et Wim. Lieve interdit à ses enfants tout jeu violent. Elle tient sa nichée sous cloche, en vrai mère-poule, soucieuse de l'intérêt de ses petits, les poussant à décrocher le meilleur. Elle s'implique dans les activités sociales de son quartier, tout comme son mari. Quelques jours avant la tuerie d'Anvers, ils avaient encore monté les tentes de la fête de leur quartier du Neerland.
Mais ce tableau idyllique est aussi troublé par un lourd passé familial. Le grand-père de Hans et son frère jumeau se sont tous deux engagés pour le front de l'Est en 1943, au cours de la Seconde Guerre mondiale. « Contre le communisme et pour la Flandre », comme le véhiculent les conversations familiales qui font de ces deux traîtres à la Belgique des héros d'une Flandre en quête d'indépendance, comme le répète, devant Hans et ses frères, Frieda, la tante devenue députée du Vlaams Belang. Son action au sein du parti néofasciste se déplacera vers les questions de sécurité routière après la perte tragique d'un de ses enfants, mort sous les roues d'un chauffard.
Hans, l'aîné des trois garçons donc, semble être considéré comme le dépositaire de « l'héritage familial ». Quelques mois avant son équipée sanglante dans les rues d'Anvers, il se voit remettre un poignard gravé de la devise SS « Blut und Ehre » (« Sang et honneur »), celui de son grand-père. Il reçoit aussi, dans le lot de souvenirs du défunt, un exemplaire du pamphlet de Hitler Mein Kampf (« Mon combat ») et deux médailles commémorant la participation de l'ancêtre aux combats sur le front de l'Est.
L'un de ses amis, un Indien rencontré sur l'internet, témoignera qu'Hans Van Themsche attachait une forte valeur sentimentale à ces nauséeuses reliques.
Le parcours scolaire de Hans ne révèle que des banalités. Inscrit à l'école Steiner de Wilrijk, puis à celle de Neerland et enfin à l'institut Sint-Ursula, il est décrit par ses condisciples et ses professeurs comme un « ermite », aux centres d'intérêt bien éloignés de ceux de ses camarades de classe : il n'aime pas le football, mais aime parler des animaux, sa passion. Il plaît aux filles, qui le trouvent gentil. Il suscite, parfois, les quolibets des garçons, qui le traitent de benêt. Et il se souvient de quelques immigrés qui le martyrisaient, justifiera-t-il après les meurtres, en l'enfermant dans les toilettes de l'école, lui qui souffrait de claustrophobie.
En 2003, il est inscrit à l'institut Vabi, à Roulers (Roeselaere), un internat qui forme des techniciens en bio-agriculture. Il rêve d'élevage, il veut côtoyer professionnellement ces animaux qu'il affectionne tant. A cette époque, déjà, il passe ses vacances à travailler au zoo d'Anvers ou dans des élevages. Cet adolescent s'entiche, comme tant d'autres, de musique « metal ». Il affectionne le style gothique, s'habillant de noir. Il se tatoue une tête de mort sur le haut du bras droit. Et il découvre les communautés de l'internet. Son jeu favori est Warhammer, où, sur une plateforme s'affrontent des tribus de races ennemies. Personne, au Vabi, ne détecte en lui un raciste, pas plus qu'un violent. Comme beaucoup de « gothiques », il s'affirme « cool », il est réservé et ne cherche pas les ennuis autre part que dans Warhammer, où sa férocité sans doute retenue dans le monde réel peut se déployer.
Ses condisciples le décrivent comme une « bonne pâte » (« een goedzak »). Rien ne laissait donc présager l'équipée sauvage du 11 mai. Et pourtant, à l'issue de celle-ci, les enquêteurs découvrent dans sa chambre des armes démilitarisées, des chargeurs et des balles, des téléchargements d'images montrant des dissections de chiens, des armes, de la pornographie, des écrits racistes Sa sonnerie de GSM était dédicacée à White Man Marches de Johnny Rebell qu'il avait découverte dans American History X, le film de Tony Kaye qui entendait pour sa part démonter l'absurdité du racisme ordinaire déclencheur de meurtres.
A la veille du 11 mai 2006 (lire page 2), Hans se rase les cheveux. Le « gothique » veut se transformer en « punk » pour mener son équipée mortelle. Le monde virtuel qu'il affectionne, fait de souvenirs familiaux glorifiés et de jeux en ligne, va se transformer en monde réel
| Heure de la dépêche | Titre de la dépêche |
|---|---|
| 21:37 | Foot : Reja remplace Ballardini à la Lazio Rome |
| 21:36 | Présidence belge de l’UE : 16 millions pour la police |
| 21:34 | Snowboard : Smits et Schildermans n’iront pas à Vancouver |
| 21:33 | Californie : plus de 500 maisons évacuées |
| 21:31 | Assises du Hainaut : Philippe Beuze reconnu coupable d’assassinat |