Des milliers d’euro-manifestants à Bruxelles
BELGA;AFP
vendredi 15 mai 2009, 16:04
Au moins 40.000 personnes, majoritairement des Belges mais aussi des Français ou des Néerlandais, défilaient vendredi après-midi à Bruxelles pour défendre l’emploi et le pouvoir d’achat en Europe. Le coup d’envoi d’une série de quatre « euro-manifestations » avait été donné hier à Madrid.
Bus, tram et métro perturbés
La grève d’une partie des chauffeurs de la STIB perturbe la circulation sur un certain nombre de lignes de trams, métros et bus de la société bruxelloise de transports en commun, a indiqué vendredi matin le porte-parole de la STIB.
Les lignes de bus connaîtront principalement des retards. Pour certaines lignes ce sera la fréquence du samedi qui sera d’application.
Les trams 24 et 97 ne circuleront pas vendredi. Selon le porte-parole, tout est concentré sur les lignes de tram 3, 4, 25 et 94, qui garderont une fréquence normale. La ligne 2 du métro est supprimée. La ligne 6 peut dès lors servir d’alternative. Pour les métros sur la petite ceinture, on note une fréquence d’une rame toutes les six minutes. Pour la partie commune aux lignes 1 et 5 on note une fréquence de 5 minutes. En fin de lignes, la fréquence de passage peut atteindre jusqu’à dix minutes.
Le trafic des bus est fortement perturbé en Wallonie. Environ 55 % des bus des TEC wallons sont sortis des dépôts, a annoncé Stéphane Thiery, porte-parole de la SRWT.
Le mouvement est suivi de manière diverse dans les 5 TEC wallons. Dans le Hainaut, 63 % des services sont assurés. Dans le Brabant wallon et à Namur-Luxembourg, ce sont 60 % des bus qui sont sortis des dépôts ; tandis qu’à Liège-Verviers et à Charleroi, ce sont environ 50 % des bus qui roulent. Certaines lignes, comme par exemple celles partant des dépôts de Warzée, Oreye et Eupen, en province de Liège, sont assurées à 100 %.
« Ces chiffres sont des moyennes. Ca ne veut donc pas dire qu’un bus sur deux roule. Il se peut que plusieurs chauffeurs devant se succéder soient tous partis à la manifestation et qu’un bus sur cinq passe. Il y a de grosses perturbations dans les bus wallons et le message que nous faisons passer est de conseiller aux usagers d’utiliser un autre moyen de transport ce vendredi s’ils ont des horaires à respecter », a expliqué M. Thiery.
Tout a été mis en œuvre au niveau de la SRWT pour limiter les conséquences du mouvement. « Jeudi, nous avons interrogé de nombreux chauffeurs pour connaître leurs intentions. Nous avons donc pu anticiper certaines absences et réduire le taux d’absence », a remarqué Stéphane Thiery.
Les trains circulent normalement
Les trains de la SNCB devraient, eux, rouler normalement, assure-t-on à la CGSP et à la CSC-Transcom. Le personnel roulant assurera son service. « Les personnes qui se rendront à la manifestation n’ont pas de lien direct avec les voyageurs et travaillent par exemple dans les ateliers », a expliqué Dominique Dalne, de la CSC-Transcom. Des trains supplémentaires seront même mis en service à l’occasion de la manifestation.
La RTBF sera, elle, en grève et diffusera, entre 10 et 17h00, un programme musical. Seules les émissions d’information ne seront pas modifiées et il y aura une « annonce grève » diffusée avant chaque journal. Cette grève est organisée pour libérer les gens qui veulent participer à la manifestation, indiquent la CSC et la CGSP.
Les services postaux ne devraient, eux, pas être perturbés. « Il n’y aura normalement pas de problème au niveau de la distribution du courrier et du tri postal », selon M. Lambert, de la CGSP.
« Nous voulons une Europe qui nous protège des dérèglements financiers qui menacent l’emploi », a déclaré vendredi John Monks, le dirigeant de la Confédération européenne des syndicats (CES). Les organisateurs ont estimé le nombre de manifestants à 50.000, la police en a dénombré 40.000.
Les manifestants, belges pour la plupart, ont pacifiquement mais bruyamment défilé entre la gare du Nord et celle du Midi, dans le centre de Bruxelles coupé en grande partie à la circulation automobile. Venus aussi bien du nord que du sud du pays, les manifestants arboraient pour la plupart les couleurs d’un des trois grands syndicats du pays.
Dans le cortège, les ouvriers de la métallurgie, l’un des secteurs les plus touchés par la crise économique, étaient omniprésents. Parmi eux Mahmoud Khayati, qui travaille dans une usine belge de fabrication de fûts d’acier pour l’industrie chimique, a fait beaucoup moins d’heures de travail depuis septembre, perdant 20 % de son salaire. Mais il reste optimiste : « depuis deux mois c’est bien, les commandes ont repris ». Une petite délégation de l’usine Opel d’Anvers, a également fait le déplacement. « Nous sommes venus à 50, pas plus, ce n’est pas le moment de paralyser l’usine », commente Werner Dillen, un délégué syndical, qui craint que son site ne soit sacrifié par la direction de la maison mère américaine, General Motors.
« Yes we can ! »
A côté des traditionnels pétards et coups de sifflet, plusieurs manifestants brandissaient des pancartes proclamant : « A social Europe ?, yes we can ! », en écho au slogan de campagne du président américain Barack Obama. Certains, déguisés en poulets, portaient des panneaux demandant à l’Europe de « ne pas les plumer ».
Des manifestants du nord de la France, aux couleurs des grands syndicats français, ouvraient le cortège. « La sécurité de l’emploi n’est plus comme avant », jugeait l’un d’eux, Raymond Chopin, un employé de la ville de Lens, ardent défenseur de la semaine hebdomadaire française de 35 heures.
Organisée à trois semaines des élections régionales et européennes, cette manifestation intervient alors que la crise fait de plus en plus sentir ses effets en Europe, notamment par une lente progression du chômage.
« Les travailleurs n’ont plus d’enthousiasme pour l’Europe », reconnaissait vendredi Luc Cortebeek, président de la CSC, peu avant le début de la manifestation. Pour Anne Demelenne, secrétaire générale de la FGTB, cette manifestation vise aussi à réclamer plus de justice dans les salaires. » Un PDG gagne en trois semaines ce que les travaillent touchent en un an ! «, a-t-elle dénoncé vendredi, appelant également à plus d’efforts en Europe pour lutter contre la fraude fiscale, évaluée à 200 milliards d’euros en Europe, dont 10 milliards rien qu’en Belgique.
Le coup d’envoi d’une série de quatre « euro-manifestations » avait été donné la veille à Madrid, où des dizaines de milliers de manifestants s’étaient déjà déplacés (20.000 selon la police, 150.000 selon les organisateurs). Deux autres manifestations sont programmées samedi, respectivement à Prague et Berlin.
(afp, belga)