Parfum de crise à Val Duchesse

MARTINE DUBUISSON

vendredi 17 août 2007, 07:39

---- Elio Di Rupo répond aux questions de Michelle Lamensch. "L'ensemble des partis francophones savent ce qui est nécessaire"
---- "L'appui du PS et d'Ecolo renforcerait-t-il le front francophone?"

68 jours sans gouvernement. Les francophones veulent reporter les réformes nécessitant les deux tiers. Les Flamands y tiennent. Qui prendra la responsabilité du clash, alors que le formateur fait rapport au Roi ce vendredi ?
Les plus: l'édito: "Sire, il n'y a pas de bonne nouvelle", le dossier spécial élections, "Les exigences flamandes" et le forum "Quel projet francophone"?.

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Belga

La phase de dramatisation est entamée. Les peaux de bananes se glissent sous les pieds de l'adversaire. Et le petit jeu « comment casser en rejetant la faute sur l'autre » a commencé. Val Duchesse est devenu, jeudi, le théâtre d'une vaste partie de Stratego.

Après la révélation, hier dans nos colonnes, de la quasi-totalité des revendications communautaires flamandes, on attendait la « contre-liste » francophone. Négociateurs et experts CDH et MR ont peaufiné leur réponse, depuis mardi midi. Jusque jeudi midi, lors d'un déjeuner à Val Duchesse. Résultat ? Les francophones ont tenté de la jouer finement. Machiavéliquement, entendra-t-on peut-être au Nord. Prenant, en quelque sorte, les partis flamands à leur propre jeu.

Sur le timing d'abord. Il se disait hier : « les partis Flamands ont mis trois semaines à nous donner leur liste complète. Pourquoi les francophones devraient-ils répondre en deux jours ? » MR et CDH ont donc décidé conjointement d'une « gradation de leur réponse ». Jeudi, à 18h30, quand Yves Leterme les recevait pour entendre leur version des réformes institutionnelles, Joëlle Milquet (CDH) et Didier Reynders (MR) ne lui ont pas révélé toutes leurs batteries. Oralement, ils lui ont énoncé une première série de revendications. Une liste francophone a donc bien été arrêtée entre MR et CDH. De même que les points jugés négociables et les « onbespreekbaar » (non négociables). Parmi ces derniers : « ce qui vise à démanteler le code civil, dépecer le pouvoir judiciaire, régionaliser l'Isoc, toucher à la Sécu,... »

Sur la méthode ensuite. Partant du constat évident que l'orange bleu ne dispose pas de majorité des deux tiers au Parlement, MR et CDH ont proposé au formateur une formule aux allures extérieures de bon sens : prévoyons un organisme ad hoc pour discuter, après la formation du gouvernement, des réformes institutionnelles réclamant une majorité des deux tiers.

Propositions aux allures de bon sens… mais qui devrait faire hurler au Nord. Puisque la longue liste d'exigences flamandes est largement émaillée de réformes nécessitant les deux tiers. Et que le CD&V-N-VA a clairement dit qu'il n'entrerait pas dans un gouvernement sans une réforme substantielle de l'Etat – nécessitant à plusieurs égards ces deux tiers. Un francophone concède : « Notre liste est costaude et sur la méthode, les partis flamands ne peuvent avoir que des aigreurs. »

Vers 21h30 hier soir, la rumeur circulait d'ailleurs : parfum de crisette à Val Duchesse… Yves Leterme aurait dit aux francophones « ne pas les comprendre » et répéter inlassablement sa volonté de réformes aux deux tiers.

Sur le contenu enfin. MR et CDH ont soumis hier soir au formateur quelques suggestions touchant aux tabous flamands. Selon nos informations, la question des limites territoriales de Bruxelles est ainsi abordée (la révision de la frontière linguistique en tant que telle ne l'est pas) : l'idée est d'organiser une consultation populaire dans l'ensemble des communes de Hal-Vilvorde ; chaque habitant pourrait ainsi dire à quelle Région il préférerait être rattaché. Idée assortie de différentes formules permettant de réviser la situation actuelle. Une proposition apparemment parfaitement démocratique, dans la droite ligne du droit des gens, qui fera bondir les aficionados du droit du sol…

Autre sujet bruxellois qui fâche : les partis francophones mettent sur la table « des questions qui peuvent toucher au statut de Bruxelles ». L'idée (chère aux libéraux) d'étendre l'autonomie constitutive consentie aux autres Régions à celle de Bruxelles est ainsi avancée. Mais aussi une révision de ce qui fait la spécificité des institutions bruxelloises, avec comme objectif la suppression ou l'atténuation des garanties concédées aux Flamands (représentation garantie, les règles de double majorité…).

Proposition moins délicate (chère au CDH) : créer une assurance dépendance fdérale. C'est-à-dire un système de Sécurité sociale adaptée aux personnes âgées qui ont besoin d'une assistance médicale. Mais les Flamands ont déjà le leur.

A 21h30, Yves Leterme recevait CD&V-N-VA et OpenVLD pour leur communiquer la liste francophone. Qui prendra la responsabilité de claquer la porte ? Nous le disions : le petit jeu de tenter de faire porter le chapeau à l'autre a débuté. D'autant que certains négociateurs se montraient désormais convaincus qu'il faudrait passer par une crisette pour pouvoir ensuite débloquer. Calcul dangereux. Car la crisette prégouvernementale pourrait se muer en crise de régime. Ce vendredi, le formateur fera rapport au Roi. L'espoir de lui apporter de bonnes nouvelles semble bien loin...

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