Et si les politiques d'austérité menaient l'Europe au désastre ?
DIDIER ZACHARIE
mardi 17 janvier 2012, 22:40
Un article du New York Review of Books met en garde l'Europe contre les politiques d'austérité qui risquent de la mener au désastre en ne faisant que « ralentir la croissance pour un bon moment ».
©AFP
« Les responsables européens doivent en finir avec leur obsession d'éliminer les déficits » écrit Jeff Madrick dans un article du New York Review of Books intitulé « How Austerity is Killing Europe ».
Selon ce journaliste et consultant économique américain, la situation européenne rappellerait celle qui a précédé la crise de 1929 et les coupes budgétaires ne feraient que « creuser et non pas régler la crise financière et des millions de personnes vont souffrir inutilement ».
Il prône au contraire de revenir à la politique économique de Keynes qui conseillait aux gouvernements en récession d'accepter « pour un temps les déficits » et de pousser « à la dépense et réduire les impôts » afin de faire « redémarrer la croissance ».
Des politiques similaires à celles du FMI en Afrique et en Amérique latine
Jeff Madrick n'est pas le premier économiste, américain de surcroît, à déconseiller les politiques d'austérité à l'Europe en crise. Joseph Stiglitz, ancien co-président de la Banque mondiale et prix Nobel d'Economie avait déjà mis en garde contre de telles politiques.
D'ailleurs, si on y regarde de plus près, le tout à l'austérité qui frappe aujourd'hui l'Europe, et particulièrement l'Europe méditérranéenne, n'est pas sans rappeler les politiques d'ajustement structurel qu'imposaient le FMI et la Banque mondiale en Afrique et en Amérique latine durant les années 80 et 90. Or, le résultat fut loin d'être convaincant, c'est le moins que l'on puisse dire.
A trop vouloir réduire les déficits en coupant dans les budgets sociaux et culturels, c'est toute la structure de l'Etat qui est mise à mal, et à la crise économique risque de s'ajouter une crise politique qu'on entend déjà frapper aux portes de l'Europe.
A l'heure actuelle, des files interminables se forment dans les villes de Grèce pour des distributions de repas. La Grèce, dont le déficit dépasse les 10 milliards d'euros, est dans une situation où elle emprunte toujours plus pour payer ses dettes, ce qui ne fait au final que creuser le déficit de l'Etat. Le FMI lui-même a sérieusement mis en doute la capacité de la Grèce à rembourser ses dettes. Un cercle vicieux dont on se demande si la politique actuelle, qui touche des personnes déjà fortement démunies, peut trouver la sortie.
Et si ces politiques, comme l'affirme Jeff Madrick, ne faisaient au contraire qu'agrandir l'ampleur de la crise ?
Vos réactions
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Mais à quoi sert donc la Banque Centrale Européenne ? Ne pourrait-elle pas prêter aux états à 0 ou 0,5 % comme pratiqué aux USA ?
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Tout à fait juste ! L'économie fonctionne comme une roue. Il faut payer les gens pour qu'ils aient de quoi acheter et faire tourner les entreprises dans lesquelles les gens travaillent. Si il y a trop de prélèvement sur un côté de la roue, elle devient décentrée et tourne beaucoup moins bien.
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Le libéralisme débridé a conduit à la crise bancaire actuelle. Et les "solutions" libérales de l'Europe vont achever le malade.
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Emprunter plus pour payer plus, elle est pas belle la vie ? En plus les bienfaiteurs de l'humanité ne vous demandent même pas votre avis. Il me semble que pour réduire certains déficits, le bon sens serait d'arrêter d'emprunter l'argent que nous n'avons pas, puis d'abord réduire les dépenses inutiles. Au lieu de ça, nous rembourserons les intérêts des intérêts, et si nous commencions par payer nos intérêts, dans ce contexte, il s'agit d'un cercle sans fin, dont l'issue certaine est de toute façon l'austérité absolue. Je ne pense pas que dans de telles circonstances, avec les décisions actuelles il est possible d'envisager sereinement un avenir pour l'ensemble des populations vivant en Europe, même si on se limitait à la Belgique... Je dis oui aux politiques d'opérettes, aux rages taxatoires, aux Audi A6 plutôt qu'A8, aux scindements des pouvoirs en place, à la division, à l'exclusion sociale, oui ! Des mesures exemplaires, que dis-je formidables, exceptionnelles !
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Nous aurions 2 problèmes : la Grèce & l'Allemagne? L'article mentionné dans le NY review of books ("How Austerity Is Killing Europe") est à la fois une démonstration d'incompétence de nos "dirigeants", des manières dont les financiers détournent à leur profit les mesures prises par les politiques, mais il pointe aussi l'Allemagne du doigt. L'affirmation ( aujourd'hui) par le ministre allemand de l'Intérieur,que la Grèce devrait quitter l'Eurozone contribue aussi à une lente montée du ressentiment à l'égard de l'Allemagne - ce que les créateurs de l'Europe voulaient prévenir, il y a 60 ans -. L'Allemagne joue avec le feu et devrait prendre conscience que ses manoeuvres de politique intérieure risquent de se retourner progressivement contre elle.