La pierre wallonne n'a pas à rougir de ses qualités
PAOLO LEONARDI
jeudi 24 juin 2010, 15:02
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Pour ses 20 ans, l'ASBL « Pierres et Marbres de Wallonie » veut mettre ses membres à la fête. Les différentes carrières qui la composent proposent toutes un produit de qualité qui doit sans cesse faire face à la concurrence asiatique. Visite de l'une d'entre elles.
Au milieu de la carrière, le trieur refend manuellement les pierres à laide dune masse à rompre Un travail de titan © carrières nelles
La pluie qui tombe à verse en cet après-midi pourri de juin n'incite pas à la visite, mais la carrière Nelles Frères, située sur l'entité de Xhoffraix à un jet de pierres de Malmedy, impose malgré tout sa taille majestueuse. Le soleil aurait sans doute mieux mis en valeur les pans de falaises éventrées qui s'offrent au regard du visiteur, lequel se sent, forcément, minuscule face à ces monstres de pierres.
Plateforme de promotion des pierres naturelles de Belgique, l'ASBL Pierres et marbres de Wallonie fêtera bientôt ses vingt ans et elle a voulu le faire savoir en organisant la visite de ce lieu à la croisée de la Belgique, du Luxembourg, de l'Allemagne et des Pays-Bas.
A l'heure où des pays comme la Chine, l'Inde ou le Vietnam parviennent toujours plus à imposer leurs produits à des prix défiant, il est vrai, toute concurrence, la pierre wallonne a décidé de brandir le porte-voix pour rappeler son existence et tenter de convaincre tout un chacun de penser « proximité et qualité » plutôt qu'« exotisme ».
La carrière de grès schisteux dans laquelle nous pataugeons est l'une des 37 qui font partie de l'ASBL créée en 1990 pour sortir le secteur du marasme dans lequel il était alors plongé.
Trente-sept lieux disséminés aux quatre coins de la Wallonie qui extraient chaque jour plus d'une quinzaine de variétés de roches ornementales. Pierre bleue, petit granit du Bocq, calcaire de Meuse, pierre de Tournai, marbre noir, rouge et gris, marbre grand antique de Meuse, calcaire gréseux, grès, arkose, quartzite, grès schisteux, schiste : autant « d'appellations contrôlées » qui finissent aussi bien dans nos dehors (façades, escaliers, murs, gabions, plans d'eau ) que nos dedans (plans de travail pour cuisines et salles de bains ).
Elles s'adressent à tous, architectes, entrepreneurs, mandataires publics, mais également aux particuliers. Chacun trouvera dans la pierre un matériau noble qui peut s'adapter à tous les styles, et dont la durabilité est évidente. « Il est révolu le temps où la pierre ne servait qu'à faire de vieilles maisons, dit à ce sujet François Thunus, responsable commercial chez Nelles Frères. Elle peut se marier à la perfection avec d'autres matériaux aussi nobles qu'elle tels que le bois, la pierre bleue, l'acier ou encore le cuivre, et s'adapter à tous les styles architecturaux parmi lesquels le style contemporain. »
Un travail de titan
Administrateur de la carrière Nelles Frères, Charles Nelles se souvient de la période où, gamin, il déambulait au milieu des falaises et voyait son père et ses oncles soulever, tailler et transporter les pierres à la brouette. Sous la chemise bleu ciel, on devine une silhouette sculptée dans le roc. « Petit, on transportait les pierres à la main. Aujourd'hui, on laisse faire les grandes machines ! », sourit-il.
Une affirmation qui a ses limites puisque lors de la visite, il est impossible de ne pas remarquer ce trieur arc-bouté sur un tas de pierres qu'il refend manuellement à l'aide d'une masse à rompre à la force du poignet (et du dos). Jour après jour, mois après mois. Un travail de titan dont on n'ose imaginer la lourdeur. « Cela fait douze ans qu'il est chez nous, expose Charles Nelles. Mais n'essayez pas de lui confier un travail moins lourd. C'est celui-là qu'il aime et aucun autre. Et c'est pareil pour ses trois autres collègues ! Ici, ils se sentent libres. Ce sont des gens qui aiment être seuls et en pleine nature. »
Une valeur ajoutée aux produits
Payés 1.600 euros net par mois (pour 4 jours de boulot), ces ouvriers nous rappellent de manière éclatante tout le labeur qui se cache derrière les carrelages que nous foulons ou les plans de travail sur lesquels nous cuisinons. L'extraction faite à raison de deux à trois tirs d'explosifs par année, les transports jusqu'à l'atelier, le tri manuel pour sélectionner les plus belles pièces, le concassage, le sciage, sans oublier la pose en habitation qu'il est conseillé de confier à des experts
« Les gens seraient étonnés de voir la gamme que propose la pierre wallonne, insiste Charles Nelles. Travaillant en symbiose avec des architectes, j'ai été surpris de constater qu'il y avait une très grande diversité de la demande, notamment en termes de couleurs qui répondent à des phénomènes de mode. Finalement, la pierre, c'est comme les vêtements : elle nous oblige à être inventifs et à s'adapter. La seule manière de résister à la concurrence asiatique est de redonner de la valeur ajoutée à nos produits. Il n'y a que comme ça qu'on s'en sortira. »
Avec un chiffre d'affaires qui grimpe jusqu'à 4 milliards d'euros ainsi qu'une production annuelle estimée à 12 millions de tonnes (dont 1 million pour les pierres ornementales), la pierre wallonne a encore de beaux jours devant elle. Le temps des vaches maigres a été vaincu ou plutôt concassé à la pelleteuse. Reste à s'assurer qu'il en restera bien ainsi.
