Les grues et les rêves dessinent le Knokke du futur

BENOIT MATHIEU

jeudi 15 juillet 2010, 10:44

Les grues et les rêves dessinent le Knokke du futur

Trois facettes caractéristiques de Knokke-Heist : le shopping (ici, l’avenue Lippens), la détente sur un terrain de golf et l’architecture léchée du Zoute© SYLVAIN PIRAUX et TOURISME KNOKKE-HEIST

La route de la mer peut être longue, surtout si l’on se rend à Knokke, la station la plus orientale du littoral belge, prise en tenaille entre le port de Zeebrugge et la frontière hollandaise. Comme pour soulager le voyageur impatient, son clocher s’aperçoit de loin. Juste après se dessine une impressionnante forêt métallique. Des grues. Beaucoup de grues. Bien sûr, elles sont à l’arrêt durant ce mois de juillet, mais ne chôment pas le reste de l’année. Knokke est le théâtre d’une importante activité immobilière. Le nombre de terrains du Royal Zoute Tennis Club est un bon indicateur : 29, à l’heure actuelle. « Il y en avait beaucoup plus avant », se rappelle Paul Moeyaert, coordinateur auprès de l’office du tourisme de Knokke-Heist. La promotion immobilière est passée par là.

Il faut dire que le bourgmestre du cru, Léopold Lippens, n’est jamais à court d’idées, parfois pharaoniques, pour assurer le développement de son fief. On vous cite, en vrac, un second golf, pas moins de 2.000 chambres d’hôtels, une clinique flambant neuve, une gare et des appartements signés Zaha Hadid, ou encore un casino dessiné par Steven Holl. Rien que ça. Plus modestement, les géants de métal s’attellent également à combler les dernières dents creuses de la cité. Sur l’avenue Lippens, la principale artère commerçante au cœur de Knokke, les balcons de bois et les façades claires des nouvelles constructions essaient manifestement de faire oublier le style de leurs consœurs plus anciennes, cédant par trop au béton et à la grisaille. Les immeubles récents ont un certain style. « Oui ils sont beaux, tranche ce Knokkois. Je regrette toutefois leur côté Euro Disney, qui devient la norme à Knokke. » De fait : les nouveaux venus témoignent d’un souci de cohérence architecturale.

« Un côté Euro Disney »

La cohérence, c’est justement ce qui frappe le visiteur qui déambule dans les rues du Zoute, le quartier le plus huppé de Knokke, qui s’étend jusqu’à la réserve naturelle du Zwin. Les voiries sont espacées et arborées ; les trottoirs offrent des bancs et déroulent des bandes de gazon ; les vastes villas et petits complexes d’appartements sont bâtis en léger recul et recouverts de tuiles rouges ou, plus rarement, de chaume ; plus d’une rue sur deux porte le nom d’un prince ou d’une princesse. Beau, calme, avec un petit côté monde merveilleux des Bisounours.

On est loin de la pagaille urbanistique qui prévaut souvent à la côte belge ou du front de mer bétonné comme une muraille. « Ce front de mer si critiqué, il convient de replacer son développement dans son époque, intervient Philippe Muylle, directeur général de la Compagnie Le Zoute. À la fin du XIXe et au début du XXe siècle, les urbanistes ont préconisé de hautes constructions le long de la digue afin de protéger du vent du large l’arrière-pays. Or le développement immobilier a pris de l’ampleur dans l’après-guerre, influencé par l’architecture des années 60 et 70 qui était, disons, très, très austère. Ce n’est pas une particularité belge, on retrouve la même situation en France ou aux Pays-Bas. »

Le développement du Zoute, c’est à la Compagnie, propriété de la famille Lippens, qu’on le doit. Un raccourci historique veut que toute la partie à l’ouest de l’avenue Lippens ait été construite par la famille Nellens, la partie à l’est étant l’œuvre des Lippens. « Au début du XXe siècle, les communes n’étaient pas outillées pour régir leur urbanisation, poursuit Philippe Muylle. Les investisseurs s’en chargeaient. Dès le départ, la Compagnie Le Zoute a édicté un cahier des charges décrivant des prescriptions urbanistiques : inclinaison des toits, nombre d’étages, façades blanches avec tuiles rouges, recul de cinq mètres, etc. Cela a mené au Zoute tel qu’on le connaît : cohérent, tout en permettant une certaine créativité. En 1964, ces prescriptions ont été coulées dans la législation. » La commune a repris la main, préservant le côté typique du Zoute, de la même manière que Le Coq a su conserver son caractère familial.

Bien sûr, tout cela a un prix. « Plus on s’approche du Zwin, plus l’on trouve les mètres carrés les plus chers de Belgique », résume Paul Moeyaert. « Pourtant, le but n’a jamais été d’être élitiste, se défend Philippe Muylle. Même s’il est vrai que le souci de la qualité et son maintien ont permis d’attirer des gens qui disposaient de moyens. »

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