Un outil pour optimiser les économies d'énergie

PAOLO LEONARDI

jeudi 19 janvier 2012, 11:32

Si l'on veut rendre l'habitat de demain plus économe sur le plan énergétique, il ne faut pas limiter la maison à sa consommation de chauffage et d'électricité. Les énergies grise et de transport entrent également en ligne de compte. Une étude de l'ULB les a analysées.

Un outil pour optimiser les économies d'énergie

Pour André Stephan de l’ULB, le chauffage n’est pas la seule énergie qui doit être prise en compte quand on parle de maison ou d’appartement © thomas blairon

A l'Université libre de Bruxelles, dans un département appelé « Construction, architecture et planification urbaine », on ne compte plus les heures passées à analyser des données, étudier des graphiques, éplucher les études belges mais aussi internationales.

Parcours.

Né au Liban mais bruxellois d'adoption, André Stephan a effectué des études d'ingénieur civil architecte à l'ULB et à l'université de Lund, en Suède (2e année Masters). Après avoir consacré son mémoire sur les maisons passives, il effectue sous la supervision de Kristel de Myttenaere, la responsable du département Construction, architecture et planification urbaine de l'ULB, une thèse intitulée “Vers une utilisation de l'énergie plus holistique dans les bâtiments résidentiels”. Après avoir mis au point son outil d'analyse informatique à Bruxelles, il le testera pendant 14 mois à Melbourne. A son retour, il espère le voir utilisé dans les futures réglementations. André Stephan est également aspirant du FNRS et source d'excellence de Wallonie-Bruxelles International.

Ici, l'habitat est décortiqué dans les moindres détails, jusqu'à sa substantifique moelle. On tente de comprendre quels sont les différents éléments dont il faut tenir compte lorsqu'on parle d'habitat pour réduire les consommations d'énergies qu'elles soient « d'opération » (chauffage, taque de cuisson…), « grise » (celle qui sert à fabriquer les matériaux) ou « de transport » (celle produite lors de nos déplacements en voiture).

Sous la supervision de Kristel de Myttenaere, la responsable du département, André Stephan s'y colle depuis six mois. Jeune ingénieur civil en architecture, il est parti du constat de base suivant : en termes d'habitations, on ne tient (trop souvent) compte que du paramètre de l'énergie opérationnelle pour développer des maisons consommatrices de moins d'énergie (passives ou basse énergie par exemple). Pas des deux autres types d'énergie. Il a donc mis au point un outil d'analyse informatique capable de combiner les trois facteurs et qui permet donc une analyse plus affinée. Elle est reprise dans l'infographie ci-dessous qui ne tient compte que des logements neufs.

André Stephan, quel est votre avis sur le standard passif qui deviendra, rappelons-le, obligatoire pour toute construction neuve à Bruxelles en 2015, et en Wallonie en 2017 ?

Il faut tout d'abord dire que le passif est une prouesse technologique qui présente beaucoup d'aspects positifs. Mais c'est une prouesse qui a besoin d'être nuancée et analysée de manière holistique. Les gens doivent savoir, par exemple, qu'une maison passive en banlieue peut consommer davantage qu'une maison normale à Bruxelles.

Si l'on vous comprend bien, le passif aurait ses limites, notamment l'énergie grise qui sert à produire ses matériaux. Vous craignez qu'elle ne soit pas suffisamment prise en compte…

Exactement. Aujourd'hui, on injecte beaucoup d'argent dans la PEB (la performance énergétique des bâtiments) mais il ne faut pas oublier les énergies indirectes qui peuvent fausser bien des indices.

Un exemple ?

Parlons de la technicité déployée en termes d'isolation, un concept fondamental lorsque l'on parle de maisons passive ou basse énergie, déjà plus énergivores à la base puisqu'elles utilisent davantage de matériaux qu'une maison normale. Dans une maison normale, la norme tourne autour de 8 centimètres d'isolation avec une valeur K (NDLR : qui concerne l'enveloppe du bâtiment) de 45. Pour une maison passive, on utilise le double d'isolants pour arriver à un facteur K de 15.

Où est le risque ?

Les perfectionnements ne doivent pas devenir trop poussés, sinon, on pourrait se retrouver un jour avec des matériaux qui consommeront plus d'énergie grise pour être fabriqués que les économies qu'ils permettront de réaliser. Ce serait absurde.

Autre facteur délaissé en termes d'habitat : l'énergie due au transport, celui que l'on effectue en voiture pour se rendre sur les lieux de son travail par exemple…

C'est pourtant un facteur dont il faut tenir compte. L'emplacement d'une maison est très important. Si elle est située, par exemple, dans une ville très dense comme Bruxelles, elle utilisera moins de chauffage et moins d'énergie de transport puisque la voiture y est moins nécessaire. Mais si le prix du bâti continue de grimper dans la capitale, beaucoup de gens iront s'installer en banlieue. Mieux vaut savoir où ils doivent aller, comment ils doivent construire et quelle taille doit avoir leur logement.

Quelle part occupe l'habitat dans la consommation globale d'énergie ?

L'Agence internationale de l'énergie a déterminé que 83 % des émissions de gaz à effet de serre sont liés à la production et à la consommation des énergies. Quarante pour cent de ce chiffre servent au chauffage et à l'électricité des bâtiments. Il est grand temps d'arrêter de croire qu'une maison se réduit à l'énergie utilisée pour chauffer son espace intérieur. Il faut également analyser les matériaux qui servent à la construire et son emplacement.

« Mon toit idéal ? Un appartement en ville »

S'il pouvait choisir l'habitat de ses rêves (et s'il avait les moyens financiers…), André Stephan se ferait construire un appartement très performant sur le plan énergétique, construit avec des matériaux respectueux de l'environnement et où, il tient à le préciser, il pourrait ouvrir les fenêtres comme bon lui semble.

L'appartement serait situé en ville, à proximité des transports en commun et présenterait une surface habitable guère supérieure à 35 m2, la surface idéale sur le plan énergétique pour quelqu'un vivant seul comme lui.

Il ne serait pas construit en ossature bois, un matériau qui présente une trop faible inertie selon l'ingénieur, qui lui préférerait le béton (lequel stocke davantage la fraîcheur l'été et la chaleur en hiver).

Sur le toit, André Stephan ferait installer des panneaux solaires pour la production d'eau chaude sanitaire, mais pas des panneaux photovoltaïques (production d'électricité) car le matériel qui les compose est encore trop énergivore. « Il faut en effet 20 ans pour qu'ils génèrent l'énergie qu'il a fallu pour les construire, dit-il. J'attendrais encore avant de me décider car de nouvelles technologies vont apparaître. Savez-vous ainsi que les Japonais sont en train de développer une peinture solaire, utilisée en façade, qui génère de l'électricité ? »

Parfaitement isolé, l'appartement serait doté d'éclairages au LED et de circuits électriques séquencés (domotique).

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[1] LeGauss1 dit le 19/01/2012, 12:16

j'adore... "Il faut en effet 20 ans pour qu'ils génèrent l'énergie qu'il a fallu pour les construire": et dire que les régions subventionnent cette chose... et que cette subvention est payées via les taxes levées chez tout le monde par les distributeurs d'énergie... mais que fait Ecolo ??? que fait la police ???

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