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PAUL GERARD
lundi 29 septembre 2008, 11:43
La crème de la finance du Benelux avait rendez-vous à Bruxelles ce dimanche, pour convenir d’un plan de sauvetage en urgence autour de Fortis et tenter de couper de briser la spirale infernale dans laquelle le bancassureur belgo-néerlandais-luxembourgeois est emporté depuis des mois. Après un conseil des ministres restreint samedi soir, qui a entendu les autorités financières du pays (Banque nationale et Commission bancaire, financière et des assurances), les choses se sont nettement accélérées dimanche, où le ballet des limousines a été incessant dans le centre de Bruxelles avec à leur bord, gouverneurs et ministres bénéluxiens, sans oublier Jean-Claude Trichet en personne, le président de la Banque centrale européenne, autorité financière suprême en Europe, préoccupée du sort de Fortis mais aussi, et au-delà, de son impact sur le secteur.
Entre le cabinet des Finances, celui du Premier ministre et le siège de la CBFA, les réunions et les coups de fil au sommet se sont succédé jusqu’à déboucher sur un scénario d’une portée inédite.
Selon nos informations en effet, l’Etat belge a décidé d’injecter, via la Société fédérale de participations et d’investissement (SFPI), quelque 4,8 milliards d’euros au capital de l’entité bancaire belge (Fortis Banque SA), dont il acquiert ainsi 49 %, les Etats néerlandais et luxembourgeois intervenant eux aussi au capital des branches néerlandaise et luxembourgeoise du groupe. Au total, l’argent public injecté atteint la somme de 7 milliards.
En parallèle, les activités d’ABN Amro rachetées l’an dernier à prix d’or (24 milliards d’euros) devaient être revendues au géant néerlandais ING. Le principe semblait en être acquis au moment de finaliser cette édition, le montant restant à fixer, quelque part entre… 8 à 10 milliards. Prendre le contrôle des activités néerlandaises d’ABN Amro, à un prix bradé : si cela venait à être confirmé, la déconfiture de Fortis aurait au moins un gagnant : le groupe dirigé par Michel Tilmant.
Un autre scénario, longtemps débattu dimanche, tournait autour d’une prise de contrôle de Fortis par le groupe français BNP Paribas, dont les vues sur Fortis ne datent pas d’hier. Le prix proposé par le français aurait jugé trop bas.
Pour Maurice Lippens, président du conseil d’administration et père de Fortis, le désastre est total. Le rachat d’ABN Amro devait être le couronnement de sa carrière, il en aura au contraire été le moment le plus amer. Impossible d’encore présider aux destinées de « son » groupe après un tel désaveu. La démission était inévitable pour le papa de Fortis. On en attendait toujours la confirmation au moment de finaliser cette édition.
Dans le stress et la précipitation du moment, l’essentiel de ce plan d’urgence avait été de façon incroyable capté par l’objectif de photographes aux aguets devant le 16 rue de la Loi, au cabinet du Premier ministre, où les dernières négociations se sont tenues dimanche. Un document résumant les grandes lignes de l’accord a en effet été flashé sous le bras de Filip Dierckx, le nouveau patron de Fortis nommé vendredi en remplacement d’Herman Verwilst, à son arrivée rue de la Loi. En zoomant le cliché numérique, la presse a pu lire ce qui allait être débattu au conseil des ministres…
Le nœud du problème, l’étincelle qui a provoqué ce véritable psychodrame, c’est la confiance que Fortis a perdue au fil des derniers mois. Touché comme tout son secteur par la crise financière mondiale, affecté directement par la crise du « subprime » qui lui a déjà amputé son bénéfice de 2,49 milliards d’euros net sur les trois derniers trimestres, le bancassureur devait en plus composer avec le financement du rachat d’un tiers d’ABN Amro (24 milliards en cash), financement qu’il aurait dû bétonner au départ mais qu’il ne sera jamais parvenu à ficeler.
Par ce rachat extrêmement ambitieux, le groupe de la rue Royale voulait entrer dans la cour des grands et grossir de manière suffisamment pour ne plus être « opéable », lui dont le capital ne compte aucun gros actionnaire susceptible de le protéger des prédateurs boursiers. Sauf qu’avec la crise financière, ABN Amro n’était plus l’opportunité unique vantée par les dirigeants de Fortis, mais le risque de trop.
Le marché s’est mis a douté de capacité de Fortis d’assumer tout de front et, petit à petit, n’a plus consenti au bancassureur les moyens de ses ambitions, ou alors à un prix de plus en plus prohibitif : le cours de bourse n’a cessé de s’enfoncer, les crédits interbancaires se sont réduit à presque rien, les activités non stratégiques proposées à la vente n’obtenaient plus que de vils prix. Sans compter qu’avec la guerre sur les comptes d’épargne déclenchée cet été, la collecte de fonds via les particuliers était devenue moins facile et plus chère.
Bref, les robinets habituels de financement se sont coupés et le groupe risquait, à brève échéance, de manquer des liquidités indispensables pour honorer ses engagements. Il fallait absolument éviter que la machine Fortis, créancier et débiteur de très nombreux ménages et entreprises du Benelux, ne s’enraie. C’est ce raisonnement qui a poussé les autorités politiques et financières des trois pays à sortir les grands moyens et à convenir d’une nationalisation à trois.
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