Nicolas Sarkozy soutient son fils Jean à la tête de l’Epad
Rédaction en ligne
mardi 13 octobre 2009, 17:05
Le président français Nicolas Sarkozy a condamné « tout ce qui donne en pâture une personne, sans fondement, de façon excessive », interrogé sur la polémique autour de la probable élection de son fils Jean à la tête de l’Etablissement public de la Défense (Epad), un important quartier d’affaires. Une nomination vivement critiquée par la Première secrétaire du PS Martine Aubry qui la qualifie de « népotisme ».
Questionné par la presse à l’issue d’un discours à l’Elysée, le chef de l’Etat a répondu : « Hier, vous étiez passionné par quelle polémique ? Celle de Frédéric Mitterrand. Très bien, ça c’est normal, vous suivez les polémiques, parfois vous les précédez et moi je dois suivre les réformes et résoudre les problèmes ».
« Jean Sarkozy n’a pas plus de droits que d’autres, pas moins non plus (…) C’est un homme politique comme les autres, ce n’est pas parce qu’il est le fils du président de la République qu’il en a moins », a réagi le conseiller spécial du président, Henri Guaino.
Un argument repris par le porte-parole du gouvernement Luc Chatel qui s’est dit « extrêmement choqué » par cette polémique.
Même le Premier ministre, François Fillon, a commenté la probable future élection de Jean Sarkozy à la tête de l’Etablissement public de la Défense (Epad), assurant que le jeune homme était légitime, à ses yeux, pour assumer ces fonctions. « C’est une élection, c’est une compétition, et il n’y a pas lieu d’en faire une polémique », a-t-il déclaré sur la radio RTL. Et de rappeler que « Jean Sarkozy a été élu, d’abord, par les électeurs des Hauts-de-Seine (pour devenir conseiller de ce département à l’ouest de Paris, en mars 2008), ensuite par ses pairs, pour devenir le chef de la majorité (de droite) du Conseil général (assemblée) » du département.
Devant le tir de barrage que suscite cette nouvelle étape de son ascension politique, l’intéressé a lui-même réagi dans deux quotidiens populaires. « Est-ce que je suis illégitime pour me présenter à une élection au prétexte que je m’appelle Sarkozy ? », demande-t-il. « Quoi que je dise, quoi que je fasse, je serai critiqué », poursuit-il.
Mais le feu semblait difficile à éteindre. Une pétition lancée sur internet pour demander à Jean Sarkozy de terminer ses études d’abord --il est en deuxième année de droit-- et de faire quelques stages en entreprise recueillait mardi près de 43.000 signatures.
Jean Sarkozy devrait faire son entrée au conseil d’administration de l’Epad le 23 octobre, et pourrait être élu président le 4 décembre. Ce poste clef lui donnerait la haute main sur l’urbanisation du premier quartier d’affaires d’Europe qui accueille déjà 2.500 sièges sociaux, dont Total, Société Générale… et 150.000 salariés sur 3 millions de mètres carrés de bureaux.
Une fonction déjà occupée de 2005 à 2006 par Nicolas Sarkozy dont le fils cadet --né de son premier mariage-- semble suivre les traces, pas à pas.
Ressemblance physique marquée, langage direct, facilité de contact, Jean Sarkozy s’est lancé en politique dans les Hauts-de-Seine, le riche département où son père a débuté la sienne quand il n’avait lui aussi qu’une vingtaine d’années.
En février 2008, le président saluait le « courage » de son fils. « Je suis assez fier de la façon dont il se débrouille, il a l’habitude de se débrouiller tout seul, comme son père à l’époque », avait-il souligné
Aubry dénonce du « népotisme »
« C’est la poursuite de la prise en main par l’UMP de l’ensemble de la région Ile-de-France (…) donc la prise en main sur le Grand Paris, sur le Conseil général des Hauts-de-Seine et aujourd’hui sur l’EPAD », a estimé Mme Aubry, lors d’une conférence de presse à l’Assemblée nationale. « Il y a à l’évidence du népotisme dans cette volonté ».
« Alors qu’on vient d’annoncer il y a dix jours des mesures pour les jeunes, comment peut-on parler d’égalité républicaine aujourd’hui à la jeunesse française quand on voit ce type d’exemple ? », s’est-elle indignée. « Quand on parle de l’EPAD, quand on parle aussi du Grand Paris, n’oubliez pas qu’il y a des intérêts économiques et que cela aussi c’est quelque chose qui porte atteinte à la République et à la démocratie », a-t-elle jugée.
Interrogée sur sa position en tant que fille de Jacques Delors, « je prends ça dans la séquence gaguesque », a-t-elle répondu dans un éclat de rire. « Mais ça ne suffira pas pour expliquer pourquoi il (Jean Sarkozy) doit être nommé à l’EPAD ! ».
« Ca suffit », demande Manuel Valls
Le député-maire d’Evry (Essonne) Manuel Valls a dénoncé mardi la « volonté d’accaparement du pouvoir par un clan et une famille ». « On est arrivé à un paroxysme, et ça suffit », a-t-il déclaré sur France-Inter. « Dans le pays de la République, des droits de l’Homme, de la démocratie, de la promotion par le mérite, pour reprendre ce que disait le président de la République ce matin, ça suffit cette volonté d’accaparement du pouvoir par un clan et une famille ».
« Je ne doute pas que Jean Sarkozy soit un garçon tout à fait capable et qu’il fera une belle carrière professionnelle ou politique, mais attention aux symboles, attention à la manière dont on gère ces symboles », a mis en garde M. Valls. « Ce que je crains, c’est non seulement le rejet, ça c’est son problème, du président de la République, de ses pratiques et de sa politique, mais d’une manière plus générale, avec tous les débats depuis plusieurs jours, des responsables publics de ce pays », a poursuivi l’élu socialiste.
AFP, AP