Van Rompuy quitte la Belgique pour l’Europe
JUREK KUCZKIEWICZ
vendredi 20 novembre 2009, 00:27
Au 1er janvier 2010, Herman Van Rompuy entrera en fonction en tant que premier président de l’Union européenne. La Britannique Catherine Ashton, elle, a été nommée Haut représentant de l’UE aux Affaires étrangères. Ceci dit, qui Obama pourrait-il appeler en cas de besoin pour joindre l’UE ? Les dirigeants européens ne savent pas très bien… La Maison Blanche, elle, a déclaré que le partenariat avec les Etats-Unis sera renforcé par ces deux nominations. Par Jurek Kuczkiewicz
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epa. Herman Van Rompuy et Catherine Ashton
Qui Obama doit-il appeler ?
Interrogés pour savoir qui Barack Obama pourrait appeler en cas de besoin, le président en exercice de l’UE Fredrick Reinfeldt, le président de la Commission européenne José Manuel Barroso, le nouveau président stable de l’UE Herman Van Rompuy et la nouvelle chef de la diplomatie de l’UE, Catherine Ashton, ont répondu… par un silence embarrassé de plusieurs secondes. « J’attends avec impatience le premier coup de fil », a fini par lancer le Premier ministre belge en souriant.
M. Barroso a tenté quant à lui de se montrer pédagogue en rappelant que c’était Henry Kissinger qui avait demandé un jour : « Qui appeler quand je veux parler à l’Europe ? ». Or, a poursuivi M. Barroso, « Kissinger était secrétaire d’Etat. Donc cela veut dire que si Hillary Clinton veut appeler quelqu’un en Europe aujourd’hui, elle appellera Cathy (Ashton) ».
La nouvelle Haut représentant de l’UE pour les Affaires étrangères est restée muette. Et si c’était Obama qui voulait appeler ? La question d’un journaliste est restée pendante.
La chancelière allemande Angela Merkel à qui la même question a été posée en conférence de presse n’a guère été plus précise. Obama « appellera celui qui est censé parler pour l’UE, c’est-à-dire Herman Van Rompuy ou Catherine Ashton », a-t-elle répondu. « J’ai toute confiance qu’ils ne diront pas de bêtises », a ajouté la chancelière.
Sarkozy : « Pas du tout un choix par défaut »
« J’ai toujours pensé qu’il fallait un président fort », a souligné M. Sarkozy à l’issue du sommet européen où les 27 se sont entendus sur le chef du gouvernement belge. « Il y avait d’autres solutions, notamment celle de Tony Blair », a-t-il reconnu. Mais Herman Van Rompuy n’est « pas du tout un choix par défaut, ce n’est pas du tout ça », a-t-il souligné. Au contraire, M. Van Rompuy est « profondément européen », c’est « un homme extrêmement décidé qui sait où il va, un parfait connaisseur de la politique européenne », et « un homme de très grande qualité dont j’ai toujours apprécié les prises de position volontaristes à la table du Conseil », a-t-il ajouté. Selon lui, M. Van Rompuy « a su faire preuve de beaucoup d’habileté s’agissant de la Belgique. Et c’est un problème d’ailleurs puisqu’il devra quitter ses fonctions de Premier ministre belge ». Van Rompuy est « habitué au compromis, au bon sens du terme, qui est la base du
fonctionnement des institutions européennes. Je suis persuadé qu’il portera fièrement le drapeau européen », a-t-il également soutenu.
Barroso : un « hommage à la Belgique »
La nomination d’Herman Van Rompuy constitue un « hommage à la Belgique », a estimé le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso. Selon lui, « il aurait été impossible d’avoir un meilleur choix » que celui de M. Van Rompuy et de Catherine Ashton. La nomination du premier est un « hommage » et « un signe de gratitude » envers la Belgique, un pays fondateur dont il a souligné « le soutien constant au travail de l’Europe ». « J’y vois une marque de reconnaissance à l’égard de la Belgique qui, en tant qu’état fondateur, s’est investie sans relâche dans la construction de l’Europe », a-t-il dit.
Herman Van Rompuy, inconnu sur la scène européenne il y a un an encore, a été choisi à l’unanimité par les 27 chefs d’Etats ou de gouvernement pour devenir le premier président permanent du Conseil européen, une des deux nouvelles fonctions créées par le Traité de Lisbonne qui entrera en vigueur le 1er décembre prochain.
Il assumera ses nouvelles fonctions à partir du 1er janvier 2010, ouvrant ainsi l’épineuse question de sa succession au Seize rue de la Loi (voir article ci-contre). Avec une présidence stable pour un mandat de deux ans et demi renouvelable une fois, le système actuel de présidence tournante tous les six mois est remplacé. Le Premier ministre quitte le 16 rue de la Loi pour le nº 175, au Juste Lipse, siège du Conseil de l’UE.
« L’Europe est une union de valeurs et elle a la responsabilité de jouer un rôle important dans le monde », a déclaré le nouveau président de l’Union. Il a toutefois dit vouloir se contenter, dans sa fonction de président du Conseil, d’un rôle de facilitateur de compromis entre les pays de l’UE. Il a affirmé vouloir rester « discret » et ne pas se répandre en interviews dans les médias.
M. Van Rompuy s’est dit par ailleurs favorable à ce que « l’Union européenne continue à s’élargir pour inclure d’autre pays » dans les années à venir, « à condition qu’ils remplissent les critères » demandés. Une manière de répondre à ceux qui l’accusent d’être un opposant à l’entrée de la Turquie dans l’UE.
Une femme vice-présidente de la Commission
La Britannique Catherine Ashton a été désignée Haut représentant de l’UE aux Affaires étrangères. Elle va prendre la succession de l’Espagnol Javier Solana, mais avec un portefeuille aux pouvoirs nettement élargis. Elle sera en même temps vice-présidente de la Commission européenne.
En la désignant en début de soirée chef de la diplomatie, les huit chefs de gouvernement socialistes ont levé le dernier obstacle majeur : l’obstination de Gordon Brown à maintenir sur la table la candidature de Tony Blair à la présidence du Conseil européen. L’adhésion du Premier ministre britannique a ouvert la voie royale à Herman Van Rompuy pour le poste de Conseil européen, soutenu par le duo Merkel-Sarkozy.
La baronne Catherine Ashton de Upholland, actuelle commissaire européenne au Commerce – elle y a remplacé il y a un an son compatriote Peter Mandelson –, est tout sauf un grand format diplomatique. Cette spécialiste des questions d’éducation de 53 ans n’a d’expérience ni diplomatique ni à un quelconque haut poste politique, en dehors des 12 derniers mois où elle n’a pas beaucoup fait parler d’elle.
Mais elle a été nommée par la grâce de qualités de circonstance : le poste devait revenir à un socialiste, puisque celui de président doit échoir à un dirigeant de centre-droit ; elle répond au souhait, largement médiatisé ces deniers jours, qu’une femme figure dans le top des fonctions européennes ; et enfin, elle est britannique, ce qui permettra à Gordon Brown de revenir à Londres en ayant arraché une victoire pour son pays.
C’est donc un trio Barroso – Van Rompuy – Ashton qui représentera l’Union européenne pendant les deux années et demi à venir. La Belgique aura de quoi pavoiser. Mais il faut bien constater que l’UE a adjoint au premier, deux parfaits inconnus dans le monde, sans aucun passé diplomatique, pour incarner l’Europe sur la scène internationale.