Van Rompuy : « Des mesures impopulaires doivent être prises »

Rédaction en ligne

vendredi 09 avril 2010, 17:28

La survie du modèle européen passe par des mesures impopulaires, estime Herman Van Rompuy. Mais, selon le président du Conseil européen, le « populisme régnant » rend difficile leur adoption.

Van Rompuy : « Des mesures impopulaires doivent être prises »

© AFP

Pour fêter ses cent jours d’entrée en fonction, c’est une véritable entorse à son naturel réservé qu’a fait Herman Van Rompuy : rassembler quatre grands quotidiens, Le Monde, El Pais, De Standaard et le Frankfurter Allgemeine Zeitung, pour une longue interview menée sous le signe ombrageux de la situation économique en Grèce. L’Union européenne est désormais « prête à intervenir », annonce l’ancien premier ministre belge, « si les Grecs le demandent ».

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« Le modèle européen ne peut survivre sans une croissance économique plus forte et l’Europe ne peut jouer un rôle dans le monde sans plus de robustesse économique », déclare M. Van Rompuy, selon ses propos traduits de l’espagnol. Or « le grand danger c’est le populisme régnant et par conséquence le manque d’engagement européen. Le populisme rend difficile de prendre les mesures qu’il faudra adopter pour le futur de l’Europe. Quand je vois l’agenda économique, les défis budgétaires… je vois que nous serons obligés de prendre des mesures impopulaires dans les prochaines années », ajoute-t-il. « On ne pourra pas échapper à des réformes impopulaires dans les prochaines années », poursuit M. Van Rompuy, sans préciser lesquelles.

(belga)

Le sommet européen de fin mars avait adopté un plan d’aide financière élaboré avec le Fonds monétaire international : c’est précisément ce mécanisme qui serait mis en œuvre, en dernier recours, dans le cas extrême où la Grèce ne parviendrait plus à emprunter à des taux raisonnables sur les marchés. Les ministres des finances de la zone euro se réuniront « mi-avril », précise Herman Van Rompuy, pour « trouver des solutions sur les problèmes restants » du plan d’aide, « s’il en reste ».

Le président du conseil européen admire un gouvernement grec « courageux » et condamne l’« impatience folle » qui a provoqué la récente vague de rumeurs, déstabilisante pour les marchés financiers. Et si la gestion de la crise grecque peut paraître laborieuse, les compromis ne sont « pas faciles du tout ».

L’impopularité des mesures, c’est un risque inévitable que court l’Union européenne dans ses 27 Etats-membres. Mais le plus grand danger auquel elle est confrontée, déclare Herman Van Rompuy, c’est le populisme. L’Europe lui semble en équilibre délicat entre des mesures impopulaires mais nécessaires, et la montée d’un populisme ambiant. « En tant que Belge, je suis bien placé pour en parler », glisse-t-il, se remémorant les années 1990 et les mesures draconiennes qu’il avait dû prendre en tant que ministre du Budget. Pour lui, c’est clair : l’impopularité et le contre-courant émaillent l’avenir proche de l’Union. « Quand je vois l’agenda, les réformes nécessaires, les défis budgétaires, on sera contraint de prendre des mesures impopulaires. »

« Je ne me considère pas comme le président de l’Europe »

Herman Van Rompuy semble avoir pris de l’aise dans ses fonctions. Il se rendra lundi à Washington, où il rencontrera le président américain Barack Obama, à l’occasion du sommet nucléaire des 12 et 13 avril. Cette toute première visite à l’étranger pour le président du Conseil européen devrait remédier à sa discrétion sur le plan international. Ce sera sans doute également l’occasion de mieux cerner son rôle diplomatique, en comparaison avec les fonctions de Catherine Ashton, Haute-représentante aux affaires étrangères de l’UE, qui elle aussi, a débuté son mandat le 1er janvier 2010.

Cerner son rôle, c’est l’exercice auquel a été confronté l’ancien premier ministre belge depuis cent jours. Aujourd’hui, confesse-t-il, il ne se considère pas « comme le président de l’Europe mais comme quelqu’un qui préside les réunions des chefs de gouvernement et d’Etat, un facilitateur à la recherche de consensus ». Lucide sur ses fonctions malgré les lacunes du Traité de Lisbonne à cet égard, Herman Van Rompuy se voit en réalité « déconnecté » d’un Conseil européen qui demeure « entre les mains de la présidence tournante », avec laquelle il faut créer « un lien informel, relationnel, de travail (…), alors que le traité ne prévoit rien de cela »… Des relations qui seront redéfinies à partir du 1er juillet 2010, date du lancement de la présidence belge de l’Union européenne.

Louis Darms (st.)

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