Flottille : l’ONU réclame une enquête

Rédaction en ligne

mardi 01 juin 2010, 10:43

L’ONU demande une enquête sur l’assaut militaire israélien contre la flottille chargée d’aide humanitaire pour Gaza, ainsi que la libération immédiate des navires et des civils détenus. Les cinq Belges qui étaient à bord sont sains et saufs. L’un d’eux, un caméraman, partira ce matin, les quatre autres sont toujours détenus.

Flottille : l’ONU réclame une enquête

Griet Deknopper et Inge Neefs (Belga)

A l’issue d’une séance marathon de 12 heures, le Conseil de sécurité de l’ONU « appelle à lancer sans retard une enquête impartiale, crédible et transparente conforme aux critères internationaux », dans une déclaration lue en son nom mardi matin par son président en juin, l’ambassadeur du Mexique Claude Heller.

Le Conseil « réclame la libération immédiate des navires ainsi que des civils détenus par Israël », poursuit la déclaration, qui est non contraignante mais a nécessité l’unanimité des 15 membres du Conseil pour être adoptée.

Il « exhorte Israël à permettre aux pays concernés un accès consulaire afin de récupérer les corps des victimes et les blessés ».

Le Conseil « regrette profondément les pertes en vies humaines et les blessures ayant résulté de l’usage de la force durant l’opération militaire israélienne dans les eaux internationales contre le convoi se dirigeant vers Gaza », ajoute le texte. « Dans ce contexte, il condamne les actes qui ont résulté en la perte d’au moins dix vies humaines et fait de nombreux blessés ».

« La situation à Gaza n’est pas tenable »

Le Conseil « souligne que la situation à Gaza n’est pas tenable », ajoute la déclaration. Il réitère l’importance d’une pleine mise en oeuvre de ses résolutions 1850 et 1860. La 1860, du 8 janvier 2009, demandait que l’aide humanitaire « soit fournie et distribuée sans entrave dans tout Gaza ».

« Il souligne la nécessité d’un flux soutenu et régulier de biens et de personnes vers Gaza, et de la fourniture et distribution sans entrave d’aide humanitaire dans tout le territoire ».

« Le Conseil souligne que la seule solution viable du conflit israélo-palestinien réside dans un accord négocié entre les parties et réitère que seule une solution à deux Etats, avec un Etat palestinien indépendant et viable vivant en paix et en sécurité à côté d’Israël et des autres voisins, peut apporter la paix à la région ».

Enfin, « le Conseil exprime son soutien aux discussions de proximité (les négociations indirectes entre Israël et les Palestiniens sous l’égide des Etats-Unis, ndlr) et exprime sa préoccupation du fait que cet incident survient alors que ces discussions sont en cours ».

« Il exhorte les parties à faire preuve de retenue et à éviter tout acte unilatéral et de provocation ».

Un désaccord entre Etats-Unis et Turquie a fait s’éterniser la séance marathon

La déclaration a été adoptée à l’issue d’une séance du Conseil qui a duré plus de 12 heures.

Selon des diplomates, les Etats-Unis, traditionnels protecteurs d’Israël à l’ONU, ont bataillé ferme avec la Turquie, rédactrice du texte, pendant des discussions qui ont duré plus de 12 heures, pour éviter une déclaration plus dure à l’égard de l’Etat hébreu. Ils ont ainsi obtenu que l’appel ne porte pas sur une enquête « indépendante », jugeant qu’Israël était parfaitement à même de mener lui-même cette enquête.

« Nous soutenons une enquête israélienne », a déclaré à la presse l’ambassadeur américain adjoint, Alejandro Wolff. « Nous sommes convaincus qu’Israël peut mener rapidement en interne une enquête crédible, impartiale et transparente ».

Mais M. Heller a semblé interpréter le texte comme signifiant que ce serait au secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, de nommer un enquêteur indépendant pour mener l’investigation. « Nous pensons que le secrétaire général et le système onusien ont une responsabilité à assumer là-dessus », a-t-il dit.

Les cinq Belges indemnes, 4 d’entre eux toujours détenus

Les cinq Belges qui se trouvaient à bord de la flottille de militants pro-palestiniens en route pour Gaza et attaquée par la marine israélienne sont sains et saufs, a annoncé mardi matin un porte-parole du ministère des Affaires étrangères. « Un d’entre eux doit quitter Israël ce matin », a-t-il précisé. Isaam Zaatar, un cameraman pour la chaîne al-Jazeera, doit partir dès ce matin pour la Belgique.

Les quatre autres Belges sont à la prison de Beer Sheva où il seront interrogés aujourd’hui. Il s’agit de Fatima el Mourabiti, Kenza Isnasni, Inge Neefs et Griet Deknopper. « Le consul va essayer encore aujourd’hui (mardi) de prendre contact » à leur sujet, a indiqué le porte-parole des Affaires étrangères.

Les passagers détenus vont être interrogés dans la journée et les autorités décideront au cas par cas ceux qui seront libérés et ceux contre lesquels des poursuites judiciaires vont être engagées.

45 passagers en voie d’expulsion sur 686 passagers débarqués

D’après notre correspondant en Israël Serge Dumont, 15 passagers du Marmara ont été expulsés ce mardi matin vers l’Allemagne et 33 autres devaient l’être dans la matinée vers la Turquie.

« Un total de 686 passagers étaient à bord des bateaux interceptés et, sur cet effectif, 45 étaient en voie d’expulsion », a affirmé à la radio militaire Yossi Edelstein, un haut fonctionnaire du ministère de l’Intérieur.

« Une partie de ces détenus ont refusé de décliner leur identité. Ils ont protesté en s’allongeant par terre, continuant ainsi à se conduire de façon provocatrice », a déploré ce responsable.

« Ceux qui ont accepté d’être expulsés sans problème ont été conduits vers l’aéroport Ben Gourion » de Tel-Aviv, a poursuivi M. Edelstein. Selon ce dernier, parmi les passagers figurent des ressortissants « de Malaisie, d’Indonésie, du Maroc, d’Algérie, du Pakistan, du Kosovo, du Yémen et de nombreux Turcs ». Soit la plupart des pays cités n’entretiennent pas de relations diplomatique avec Israël, à l’exception de la Turquie.

Ce haut fonctionnaire n’a en revanche pas été en mesure de préciser la nationalité et l’identité des neufs passagers tués durant l’abordage.

La radio militaire a pour sa part précisé que les passagers étaient originaires de 38 pays. Ils devraient être expulsés dans les 72 heures après avoir été présentés devant un juge.

La radio a également indiqué que 480 d’entre eux étaient détenus dans une prison du sud d’Israël et que le reste étaient en cours de transfert du port d’Ashdod (sud), où ont été conduit les six bateaux de la flottille, vers la prison.

La police était en état d’alerte devant la prison, à Beersheva, pour prévenir toute manifestation.

Par ailleurs, 45 autres passagers, pour la plupart d’origine turque, sont hospitalisés dans différents établissements. Six soldats israéliens blessés au cours de l’opération sont également hospitalisés, a ajouté la radio.

(Belga, AFP)

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