Wikileaks met la Maison Blanche sur la défensive
Rédaction en ligne
lundi 26 juillet 2010, 20:56
La publication, par le site web Wikileaks, de milliers de documents secrets brossant un tableau sombre de la situation en Afghanistan, a placé ce lundi la Maison Blanche sur la défensive, huit mois après la remise à plat de la stratégie américaine dans ce pays par Barack Obama.
AFP
L'administration Obama a réagi avec célérité à la publication d'extraits de quelque 92.000 documents internes du Pentagone, consacrés à la situation en Afghanistan depuis 2004, pour la condamner « fermement ».
Le conseiller à la Sécurité nationale du président, le général James Jones, a souligné dimanche que « les documents publiés par (le site internet) Wikileaks couvrent une période allant de janvier 2004 à décembre 2009 », soit avant l'annonce par M. Obama de sa nouvelle stratégie.
En décembre, M. Obama avait annoncé l'envoi de 30.000 soldats supplémentaires pour briser l'insurrection des talibans et davantage d'efforts dans la lutte contre les extrémistes au Pakistan, « précisément à cause de la grave situation qui s'est développée pendant plusieurs années », a rappelé le général Jones.
Lundi, le porte-parole de la Maison Blanche Robert Gibbs a affirmé que cette publication, qui est en « infraction avec la loi » et « alarmante », « représente un danger très réel » pour les soldats sur le terrain, vu les détails révélés.
Interrogé sur la substance de ces documents, notamment une collusion entre certains éléments du renseignement pakistanais et les talibans, M. Gibbs a préféré évoquer les progrès selon lui enregistrés avec Islamabad sur le dossier de la lutte contre l'extrémisme.
Les pressions américaines ont « amélioré cette relation », même si « personne ne va dire que la mission est accomplie », a ajouté M. Gibbs, qui s'en est aussi pris aux « motivations » du fondateur de Wikileaks Julian Assange.
Le porte-parole a toutefois assuré que ces documents ne révélaient rien qui n'avait déjà été écrit par la presse sur la guerre.
« Déformer le message »
« Aucun gouvernement n'aime voir publier ses secrets », explique l'expert en stratégie Anthony Cordesman, du Centre pour les études internationales et stratégiques (CSIS) de Washington. Selon lui, ces révélations sont surtout explosives dans le sens qu'elles contredisent l'optimisme jusqu'ici affiché par l'administration.
« Il est dommageable qu'en essayant de contrôler le message, le résultat ait été de déformer le message, pour constamment essayer de créer un climat d'optimisme et de succès », dit M. Cordesman, remarquant qu'aucun gouvernement ayant envoyé des forces en Afghanistan « n'a fourni d'informations claires sur ce qui se passe vraiment dans cette guerre ».
Ces documents révèlent des victimes civiles jusqu'ici non rapportées et des liens supposés entre les services secrets pakistanais et les insurgés, autant d'informations qui ne vont pas rendre plus populaire auprès des Américains une expédition coûteuse en vies entrant bientôt dans sa 10e année.
M. Obama évoque depuis sa campagne électorale une « guerre juste » dans laquelle les Etats-Unis ont été entraînés à la suite du 11-Septembre, et qu'il est nécessaire de gagner pour empêcher Al-Qaïda de mener à nouveau de telles attaques.
Mais pour Julian Zelizer, professeur d'histoire à l'université de Princeton, ces révélations mettent en évidence le fait que M. Obama « a fait un pari sur une guerre où il n'y a pas de progrès ». A défaut, il aurait été vulnérable aux attaques des républicains sur une « mollesse en terme de sécurité nationale », note-t-il.
Après ces révélations, « les gens vont désormais avoir des doutes sur ce qui est en train de se produire », remarque M. Zelizer.
(afp)