« La culpabilité est double », a estimé le chef du Pentagone sur la chaîne ABC. « D’une part la culpabilité devant la justice, ce n’est pas mon domaine, d’autre part, la culpabilité sur le plan moral ».
Le premier pays de l’Otan à quitter le pays
Les Pays-Bas sont devenus le premier pays de l’OTAN à mettre fin à leur mission de combat en Afghanistan, baissant le rideau dimanche sur une opération de quatre ans très impopulaire dans la population néerlandaise.
Le départ de ce petit contingent, de près de 1.900 hommes, ne devrait pas affecter la situation sur le terrain. Mais il est important sur le plan politique parce qu’il intervient dans un contexte de recrudescence de violences meurtrières.
Le Canada a annoncé qu’il allait retirer ses 2.700 militaires en 2011, et le président polonais Bronislaw Komorowski a promis de retirer les 2.600 soldats de son pays l’année suivante.
« Et c’est là, je pense, que le verdict est +coupable+ pour WikiLeaks », a affirmé M. Gates. « Ils ont publié tout ça sans se préoccuper d’aucune conséquence », a-t-il regretté.
Le site internet d’information Wikileaks, fondé en 2006 et spécialisé dans le renseignement, a diffusé dimanche près de 92.000 archives secrètes jetant une lumière crue sur la guerre en Afghanistan, avec des révélations notamment sur les victimes civiles et sur les liens supposés entre le Pakistan et les insurgés.
Ancien agent de la CIA, devenu directeur de la centrale américaine du renseignement, M. Gates a rappelé que « protéger nos sources est sacro-saint » et que les fuites pourraient mettre en danger la confiance que les informateurs ont dans les agents américains.
Publier ces documents dans lesquels le nom de certains de ces informateurs sont mentionnés est pour lui « irresponsable ».
Une enquête a été lancée par le Pentagone et le FBI, mais le fondateur de Wikileaks, l’Australien Julian Assange, estime que les documents vont permettre de recentrer le débat sur la guerre en Afghanistan et sur les possibles exactions commises par les forces armées sous commandement américain.
Le retrait des troupes américaines en 2011 sera « limité »
« Je pense qu’il faut que nous réaffirmions le message qui consiste à dire que nous ne quittons pas l’Afghanistan en juillet 2011 », a dit M. Gates dans l’émission « This Week » sur la chaîne ABC.
« Mon opinion est que, dans un premier temps, ces retraits (de soldats) vont être limités », a expliqué le chef du Pentagone.
Sur le terrain, les troupes américaines ont fort à faire contre les insurgés. Juillet 2010 a été le mois le plus meurtrier pour les troupes américaines depuis le début du conflit fin 2001, avec 66 décès pour ce seul mois.
Malgré ces difficultés, M. Gates a jugé que la coalition internationale faisait des progrès dans sa lutte contre les talibans. Par ailleurs, il a estimé que les insurgés ne seront pas en mesure d’attendre le départ des troupes américaines pour livrer une offensive de grande envergure.
A la question de savoir si les talibans pouvaient « jouer la montre » et attendre l’été 2011, M. Gates a expliqué que « nous en serions heureux, parce que nous serons là (après juillet 2011) et nous serons là avec un grand nombre de soldats ».
Les déclarations du secrétaire à la Défense font écho à celle du vice-président Joe Biden, selon lequel seuls 2.000 soldats américains seraient retirés d’Afghanistan passé juillet 2011.
Un chiffre qui, pour la présidente de la Chambre des représentants, la démocrate Nancy Pelosi, est bien trop bas. « J’espère que c’est plus que cela », a lancé Mme Pelosi sur ABC dimanche.
Sur la même chaîne, Robert Gates a reconnu que les pertes de soldats allaient en augmentant mais s’est voulu optimiste quant aux fins du conflit, assurant que des progrès avaient été accomplis en matière de sécurité, d’économie et de gouvernement local dans les provinces méridionales du Helmand et de Kandahar.
« Cela va prendre du temps. Cela va être difficile. Nous allons avoir à déplorer des victimes (…) Mais je pense qu’il existe des signes tangibles que cette approche fonctionne. Cette stratégie fonctionne », a encore lancé Robert Gates.
Obama optimiste
Le président américain Barack Obama a estimé dimanche que les objectifs qu’il a fixés pour l’Afghanistan étaient « relativement modestes » et qu’ils pouvaient être atteints.
« Ce que nous souhaitons faire est difficile, très difficile, mais c’est un objectif relativement modeste. Il consiste à empêcher les terroristes d’opérer depuis cette région, de créer de grands camps d’entraînement et de préparer des attentats contre les Etats-Unis en toute impunité », a dit le président américain dans une interview accordée à la chaîne CBS, diffusée dimanche.
« C’est faisable », a-t-il jugé. « Nous pouvons arriver à rendre l’Afghanistan stable et nous pouvons obtenir assez de coopération de la part du Pakistan pour faire en sorte de ne pas amplifier les menaces qui pèsent sur notre pays », a expliqué M. Obama.
(afp)