L’UE peine à s’accorder sur la discipline budgétaire commune
Rédaction en ligne
lundi 06 septembre 2010, 23:36
Les ministres européens des Finances, réunis lundi à Bruxelles, ont eu du mal à avancer pour décider de mesures concrètes visant à durcir leur discipline budgétaire commune, comme des sanctions contre les pays trop laxistes.
AP
Coutumier de la discrétion lorsqu’il était Premier ministre de Belgique, Herman Van Rompuy n’est pas devenu plus extraverti en accédant au poste de président du Conseil européen. Les travaux du groupe de travail (‘task force’) qu’il dirige sur la réforme des règles budgétaires européennes sont ainsi marqués du sceau du secret.
S’il a consenti, après les premières réunions de la task force, à s’adresser aux journalistes pour répondre à quelques questions, M. Van Rompuy y a rapidement renoncé pour ne publier qu’un communiqué de presse.
Le dernier communiqué du genre, publié lundi soir après la quatrième réunion du groupe de travail, a en outre été réduit à la portion congrue. En trois phrases, le président du Conseil européen rappelle que les discussions portent sur la surveillance macro-économique et d’éventuelles sanctions, et précise qu’il adressera un rapport aux chefs d’Etat et de gouvernement le 16 septembre prochain – sans fournir davantage d’information.
« Trop de voix, trop de points de vue »
La déclaration a minima témoigne en creux de difficultés dont le ministre slovaque des Finances Ivan Miklos a fait état publiquement.
Interrogé par des journalistes pour savoir si les points de vue se rapprochaient, il a indiqué qu’il « ne pensait pas » que ce soit le cas.
« Il y a trop de voix, trop de points de vue », a-t-il ajouté, en soulignant que « le principal problème portait sur les sanctions bien sûr », sur les « procédures » à mettre en place.
« Ce n’est pas que les différences soient énormes (sur le principe) et que certains disent qu’il n’est pas nécessaire de renforcer le Pacte (de stabilité) en mettant en place des règles plus strictes, mais la question est de savoir comment on le fait et comment atteindre un consensus », a-t-il encore expliqué.
Lors de leur précédente réunion en juillet, au plus fort de la crise, les ministres des Finances s’étaient mis d’accord pour sévir contre les pays trop laxistes sur le plan budgétaire en les privant à l’avenir de certaines subventions de l’UE, une sanction d’un nouveau type.
Depuis, l’enthousiasme semble avoir diminué. « Les discussions coincent, il y a blocage », confie un diplomate européen. « Il n’est pas impossible qu’avec les signes de crise économique certains gouvernements soient moins enclins que par le passé à durcir la discipline budgétaire », dit-il.
À demi-mots, le ministre allemand des Finances a laissé percer lui aussi une certaine inquiétude. Avec le temps qui passe « cela aboutit parfois à ce que l’élan pour tirer les conséquences (de la crise) s’affaiblisse quelque peu », a-t-il dit aux journalistes. « Nous devons être un peu patients », a-t-il ajouté, mais « nous devons tirer les leçons de la crise » et « le socle des sanctions doit être renforcé », a-t-il ajouté.
Des sanctions complexes à mettre en œuvre
Les sanctions envisagées jusqu’ici, comme la suppression de subventions européennes pour les régions défavorisées notamment ou la suspension des droits de vote -option favorisée par Berlin et Paris – « sont faisables mais très complexes à mettre en œuvre », met en garde un responsable européen de haut rang sous couvert d’anonymat.
« La première sanction risque de constituer une source de discrimination à l’égard des pays les plus pauvres de l’Europe car ils en sont les principaux bénéficiaires. La seconde pose des problèmes juridiques importants avec un changement de traité sans doute nécessaire », décrypte un diplomate.
Le groupe présidé par M. Van Rompuy doit présenter ses propositions finales en octobre visant à renforcer le Pacte de stabilité, qui limite en principe le niveau des déficits publics à 3 % du PIB, mais s’est révélé inopérant avec la crise. D’ici là, le président de l’UE doit faire un rapport d’étape lors du sommet européen du 16 septembre.
(Belga, AFP)