Les juifs de Belgique réclament la démission de Karel De Gucht
BAUDOUIN LOOS
mercredi 08 septembre 2010, 10:35
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Le président du Comité de coordination des organisations juives de Belgique réclame le « licenciement » du commissaire européen Karel De Gucht après ses propos sur les juifs, leur lobby à Washington et leur caractère à ses yeux borné sur le Proche-Orient. Un entretien de Baudouin Loos
© Belga
Maurice Sosnowski, pouvez-vous résumer les critiques du CCOJB condamnant l’interview du commissaire belge…
Quand l’on parle de lobby juif aux Etats-Unis, où la pratique du regroupement des citoyens pour défendre leurs intérêts est reconnue par la Constitution, cela n’a pas le même caractère péjoratif qu’ici. Pourtant, cela évolue : il y a même des lobbies propalestiniens au Parlement européen, que je sache. Ce qui est inadmissible, ce sont les propos que je qualifie d’antisémites de M. De Gucht sur « les juifs », en général, qui pensent qu’ils ont toujours raison, etc. : il stigmatise totalement de cette manière un groupe, les juifs, cela au lieu d’avoir des propos rassembleurs et humanistes qu’on attendrait d’un commissaire européen.
J’ai demandé une réunion urgente de la cellule de crise du Centre pour l’égalité des chances, car je considère qu’on verse là dans l’incitation à la haine.
J’estime que M. Barroso, s’il avait le sens des responsabilités par rapport aux valeurs morales qu’il incarne comme président de la Commission européenne, devrait licencier M. De Gucht sur-le-champ ! Ce dernier ignore-t-il qu’au sein des communautés juives de la diaspora et en Israël même, des débats très vifs ont lieu sur le Proche-Orient ?
Il a donc tort sur le fond et sur la forme quand il affirme qu’on ne peut discuter de ce sujet avec les juifs. J’insiste sur le fait que la communauté juive est outrée, elle se sent abandonnée, et je ne cache pas que je n’ai reçu aucun appui des partis politiques malgré mon appel en ce sens.
L’article du « Soir » vous inspire le même réflexe de défiance ?
J’ai été tout de suite surpris par le titre plutôt « sympa » : « De Gucht brave les tabous ». Et par la question posée de savoir s’il avait dit ce que tout le monde pensait tout bas. Cela m’inquiète.
Quand on voit les débordements sur certains blogs, où l’on lit que De Gucht a raison, cela m’inquiète aussi. Tout comme quand on apprend que le Cercle du Libre Examen à l’ULB va bientôt diffuser un film pestilentiel à la gloire de l’« humoriste » Dieudonné, un personnage maintes fois condamné pour ses dérives antisémites.
Cela me rappelle cette manifestation anti-israélienne devant la banque Dexia où des gens s’étaient affublés en juifs au nez crochus et buveurs de sang d’enfants palestiniens. Cette année et en Belgique !
Comment voulez-vous que les juifs se sentent encore à l’aise et intégrés dans notre pays ?
A l’inverse, certains milieux stigmatisent toute critique contre Israël, qualifiant leurs auteurs d’antisémites…
Il existe une claire tendance à la dérive de l’antisionisme vers l’antisémitisme, cela même dans des pays épargnés jusqu’ici comme en Scandinavie. Nous nous en inquiétons. En revanche, je n’ai aucun problème à parler de J Street (un jeune lobby juif pro-paix à Washington, NDLR), de J Call (un appel de juifs européens critiquant la colonisation juive des territoires occupés, NDLR) ou de toute critique constructive d’Israël. Ce qui n’est pas admissible, par contre, c’est la remise en cause de l’existence même de l’Etat d’Israël comme on peut le lire dans certains blogs, lesquels reprennent finalement l’antienne du Hamas, qui nie le droit à l’existence d’un Etat juif et par là même ne laisse pas d’autre alternative que la guerre.
