Il y a 25 ans, l'apocalypse à Tchernobyl

BENJAMIN QUENELLE

mardi 26 avril 2011, 07:16

Le 26 AVRIL 1986, le réacteur nº4 de la centrale de Tchernobyl, en Ukraine soviétique, explose au cours d'un test de sécurité. La plus grave catastrophe de l'histoire du nucléaire civil n'a pas encore révélé toutes ses conséquences.

Il y a 25 ans, l'apocalypse à Tchernobyl

De notre envoyé spécial à Kiev

Au début, entre nous, nous plaisantions ! Nous n'avions jamais vu les dosimètres afficher de telles mesures… » Mykola Issaiev se souvient très bien de ce 26 avril 1986. Comme tous les ouvriers de Tchernobyl, il habitait à Pripyat, la ville soviétique modèle construite pour servir la centrale nucléaire réputée la plus sûre d'URSS au nord de l'Ukraine. Ce jour-là, Mykola Issaiev se rappelle avoir ensuite désespérément passé « cinq heures sous la douche, tentant de nettoyer au détergent l'irradiation de ma peau. » Car il avait été envoyé « au fourneau » : l'incendie du réacteur numéro 4 de Tchernobyl.

En pleine nuit, l'accident de la centrale a été provoqué par de graves fautes humaines : des systèmes de sécurité ont été débranchés pour mener des tests. Il était 01h. 23. Une minute fatale : montée incontrôlable de la puissance, deux explosions, la plus grande catastrophe du nucléaire civil à ce jour. Par comparaison, les rejets au Japon après l'accident de Fukushima représenteraient 10 % de ceux de Tchernobyl, selon l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire français.

C'est la Suède qui déclenche l'alerte

Dans la centrale, un employé est mort sur le coup. Son corps n'a jamais été retrouvé. Quelques heures plus tard, un de ses camarades succombe à l'hôpital. Au début, l'ampleur de la catastrophe n'est connue que parmi les dirigeants soviétiques. Leur culture du secret a mis en danger la population. L'insuffisance des premières contre-mesures, notamment pour le contrôle du lait, a provoqué des cancers. L'alerte a en fait été donnée deux jours après l'explosion. Et elle a été déclenchée en Suède, surprise par un taux inhabituel de radioactivité. Tass, l'agence de presse soviétique, a alors publié une dépêche laconique annonçant un « accident ».

« Les Japonais aujourd'hui ne peuvent pas se rendre compte à quel point nous étions maintenus dans l'ignorance », rappelle Mykola Issaiev. Pripyat, située à 3 km du réacteur accidenté, comptait alors 50.000 habitants, qui n'ont été évacués qu'un jour et demi après l'explosion. Nuit et jour, pompiers et ouvriers puis divers travailleurs réquisitionnés de toute l'URSS se sont succédé pour la « liquidation » : éteindre les feux, stopper la propagation des radiations, isoler les débris du réacteur et nettoyer la zone contaminée. La plupart sont intervenus sans précautions nécessaires. Au total, ils auraient été 600.000.

Dimanche dernier, quelque 2.000 « liquidateurs » ont manifesté à Kiev, la capitale ukrainienne, pour réclamer aides sociales et médicales. Car, avec les années, se réduisent les budgets pour l'accès aux soins, les pensions et les soutiens au logement. « Les financements manquent », proteste Mykola Issaiev, devenu président de l'association SOS Tchernobyl. « L'Ukraine reçoit beaucoup d'aides mais ces fonds ne sont pas dépensés efficacement. Et il y a de la corruption ».

Lors de la conférence de Kiev réunissant cette semaine experts et hommes politiques, il a lancé un appel : la création d'une commission internationale pour contrôler l'utilisation de ces fonds.

Mais la conférence s'est avant tout concentrée sur les 740 millions d'euros manquants pour les chantiers de Tchernobyl, principalement l'arche de confinement sur le réacteur accidenté. Le budget n'est toujours pas bouclé : seuls 550 millions de promesses de dons ont été recueillis. « Bien sûr, il faut construire cette nouvelle arche. Mais à Tchernobyl il y a plein d'autres priorités oubliées : démantèlement du réacteur numéro 4, stockage des combustibles, traitement des déchets solides et liquides… », prévient Mykola Issaiev.

La nouvelle arche devra recouvrir l'actuel sarcophage, chape de béton qui, construite à la hâte après la catastrophe et renforcée depuis, est fissurée. « L'isolation est mauvaise. Ça fuit. Il y a des trous. Des pigeons y ont même installé leur nid ! », témoigne Sergeï, l'un des 3.000 ouvriers qui, à côté du nouveau chantier, se relaient pour surveiller le réacteur accidenté. « Bien sûr, c'est risqué de travailler ici », reconnaît son collègue Anatolï. Comme lui, pour limiter les doses de radiation auxquelles il est soumis, il n'est présent sur place que deux heures par jour maximum. « Si nous ne faisons pas ce travail, qui le fera ? », s'interrogent-ils. Vingt-cinq ans après les exploits inconscients des liquidateurs, ces tâcherons du nucléaire ont pris le lourd relais.

Un chantier en destruction

La centrale ressemble aujourd'hui à un vaste chantier en destruction. Les trois autres réacteurs, définitivement à l'arrêt depuis 2000, sont sous surveillance. Pripyat, elle, est devenue cité fantôme. Autour est maintenue une zone d'exclusion de 30 km dont le tracé varie selon les taches de contamination. De nombreux retraités y sont retournés vivre. Un retour toléré par les autorités. En théorie, ces territoires sont pourtant à exclure pour l'occupation humaine et l'exploitation agricole pendant deux ou trois siècles. Mais, chez les plantes comme chez les animaux, il n'y a pas eu les malformations annoncées. Dans la zone de la forêt devenue rousse au lendemain de la catastrophe, certains pins poussent avec des aiguilles géantes. Parfois les branches se dédoublent anormalement au lieu de se développer linéairement.

« La nature est de retour, mais »…

Hors de cette zone, les conséquences sur la nature restent pour le moment limitées. Du moins en apparence. Elles sont en fait peu étudiées. « On sait que les insectes et les oiseaux (qui mangent ces insectes) sont génétiquement modifiés. Mais, pour la végétation, on sait finalement peu de chose. La nature est de retour ! Mais pleine de césium 137 », insiste Vladimir Tchourov, expert nucléaire de Greenpeace. Cette substance, volatile et avec un taux de décroissance faible (30 ans pour réduire de moitié sa radioactivité et 200 à 300 ans pour une disparition totale), reste une menace pour la santé humaine.

La contamination par la terre est certes devenue moins immédiatement dangereuse. Baies et champignons restent cependant les produits les plus contaminés. Des cartes précises existent sur les zones où les cueillettes sont possibles. Et des méthodes de cuisine sont connues pour diminuer le danger – des champignons marinés et des végétaux blanchis à la vapeur perdent par exemple 10 % de césium.

Mais, dans la grande majorité, les populations des campagnes les ignorent. Question de mentalité et de fatalisme. « Souvent les gens nous demandent qu'on leur rende les paniers de champignons dans lesquels, lors de nos tests, on a pourtant enregistré une forte contamination ! », raconte Andriy Bourachyk, le médecin en chef du principal hôpital de Rivne, région au nord-ouest de l'Ukraine, loin de la zone d'exclusion mais placée sur la trajectoire du nuage radioactif. Dans les produits alimentaires et notamment le lait, certains villages continuent d'enregistrer, selon de récents tests, une contamination trop élevée en césium. « Notamment chez les enfants, les pathologies sont nombreuses. D'une manière générale, ils souffrent d'une immunité plus faible que la moyenne », insiste le docteur Andriy Bourachyk.

Les maux hérités de la catastrophe restent néanmoins encore mal compris. A l'exception des cancers de la thyroïde, il n'y a pas eu de vagues de leucémies ni de cancers solides. Parallèlement se sont développées cataractes, affections du système respiratoire, problèmes cardio-vasculaires et rénaux, troubles du sang, difficultés de digestion ou de déplacement, dysfonctionnements nerveux… Sans oublier les effets psychologiques. Une liste aux contours flous à l'image du nuage d'incertitudes qui continue de peser sur Tchernobyl vingt-cinq ans après la catastrophe.

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[24] Blake M. dit le 27/04/2011, 12:57

@bartolome. Toutes les sources crédibles parlent de plus de 200 ans de réserves (y compris donc celle qui sont stockées, par exemples dans les armements nucléaires; pour rappel, dans une bombe nucléaire, l'enrichissement est aux alentours de 90%, dans le combustible des centrales, 3 à 5%). De plus, j'ai beau parcourir l'article, je ne vois pas les 100 ans dont vous parlez./////@buk100. Un ton de mépris!!! Vous vous sentez attaqué? Vous savez, quand, dans un autre sujet, quelqu'un parle explosions atomiques qui ont eu lieu dans les centrales japonaises, il y a des limites à la bêtise. Note: je ne suis pas ingénieur mais j'ai quand même une formation scientifique et il me semble que je connais (un peu) les problèmes. Contrairement à ce que vous croyez, il y a des personnes qui connaissent beaucoup de choses sur le nucléaire. Ce que je n'admets pas c'est que des gens aient des solutions simplistes à des problèmes complexes. Moins elles en savent, plus elles ont des solutions qui n'ont pas une once de crédibilité.

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[23] Bete testeur dit le 27/04/2011, 11:45

25 ans, c'est comme si c'était hier.

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[22] bartolome dit le 26/04/2011, 23:08

Blakem: dans votre ouvrage de reference (suppleme nt de la libre ce jour), on parle de 100 ans de reserves det non de 240, a consommationa ctuelle (sans compter le fait par exemple que la Chine compte ouvrir 50 nouveaux reacteur, l'Inde une vingtaine, ...) Vous avez vu l'émission "Complement d'enquete" comme suggéré c ematin.

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[21] buk100 dit le 26/04/2011, 19:33

[19] Blake M Encore une fois, je ne suis pas ingenieur, ni physicien. Mais je fais confiance à ceux-ci pour trouver une solution. J'essaye juste d'avancer des pistes (c'est un peu le but de ces forums...vous avez déjà vu des ingénieurs en nucleaire - ou des sociologues, dans un autre domaine - venir nous éclairer de leurs lumières par ici? Non, très rarement. Nous sommes des profanes dans les domaines que nous commentons, faudrait ptêt s en rendre compte) Concernant les réserves, les chiffres sont divers et se contredisent, tout comme pour le pétrole. "Avec le parc actuel", dites-vous. Ok, mais comment expliquer à la Chine (24 centrales en construction actuellement !!) ou au Bresil , par ex, que'il ne faut pas en construire trop sous peine de vider trop vite les réserves d'uranium qu 'on avait prévu d'utiliser"??) p.s : trois messages sans employer un ton de mépris plein morgue, c'était déjà trop pour vous?! . Visiblement, ni l attaque frontale ni les tentatives de dialogue en adoptant une position modérée ne fonctionnent avec vous ;-) Allez, bonne soirée !

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[20] Blake M. dit le 26/04/2011, 18:05

@buk100. Réserves prouvées d'uranium (en comptant les "réserves stockées") avec le parc actuel: environ 240 ans (et non 40 ans comme on l'entend trop souvent). Avec les réserves potentielles, beaucoup plus (peut-être énormément plus). Principales localisations: Kazakhstan, Canada, Australie (23% des réserves) soit 61% pour ces trois pays. Suivent ensuite: Namibie, Niger, Russie,...//// Vous avez une autre solution que les centrales thermiques (je n'ai pas écrit nucléaires)? Ce serait bien d'exposer vos solutions en détails aux responsables politiques (sérieux, pas du genre O. Deleuze, adepte des Yakas).

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