Steven Vanackere critique Catherine Ashton

MAROUN LABAKI

mercredi 04 mai 2011, 09:21

Le ministre des Affaires étrangères dit ses quatre vérités à la haute représentante de l’Union européenne. Et les eurodéputés ramassent une volée de bois vert. L’interview par Maroun Labaki

Steven Vanackere critique Catherine Ashton

Steven Vanackere, Le Soir (Pierre-Yves Thienpont)

Monsieur le ministre, on vous sait de nature positive. Mais quel bilan tirez-vous vraiment de ces dix-sept mois de traité de Lisbonne ?

C’est vrai que la Belgique a une tradition europhile et que nous sommes positifs. De plus, pendant les six mois de la présidence belge, nous avons insisté sur les opportunités et mesuré nos propos critiques – pour ne pas provoquer exactement ce que nous voulions éviter.

Steven Vanackere

Steven Vanackere, 47 ans, CD&V, est le chef de la diplomatie belge depuis novembre 2009. Il a joué un rôle clé durant la présidence belge du Conseil de l’Union. Ce jeudi 5 mai, il ouvrira à Louvain-la-Neuve un important colloque organisé par divers instituts de l’UCL sur « L’Europe après Lisbonne ». Info : uclouvain.be/euro.

Aujourd’hui, je confirme notre volonté de rester un acteur, et de donner plus de place à l’Union européenne, mais je dois dire une certaine impatience – même si je suis contre l’immédiatisme.

Avec le traité de Lisbonne, on avait voulu traiter plusieurs défis. Il fallait améliorer la façon dont l’Union se présente à l’extérieur, mais aussi la stratégie économique de l’Union et le niveau de démocratie en son sein.

Quand je parle d’impatience, je pense notamment à la capacité de l’Union de parler d’une seule voix. Le Service européen d’action extérieure ne pouvait pas d’un coup résoudre tous les problèmes. Il a fallu un an pour créer cette esquisse de diplomatie européenne, et on est à l’heure du grand test que constitue le réveil arabe.

Il est clair que, maintenant, on attend l’Union européenne. Et j’ai quand même quelques réticences à être uniquement positif quand il s’agit de décrire comment nous avons géré tout cela jusqu’ici, parce que l’Union européenne n’a pas été unie au Conseil de sécurité et dans d’autres environnements multilatéraux.

Bien sûr, pour beaucoup de pays, la politique extérieure est au cœur de la souveraineté nationale. Nous, nous avons toujours voulu que le Service d’action extérieure soit l’axe central autour duquel les États membres peuvent s’organiser. Mais en l’absence d’un axe central qui répond, fait des analyses et tire des conclusions rapidement, les Allemands aujourd’hui, les Français demain, ou les Anglais, prennent une partie de ce rôle d’axe central, et c’est alors autour d’eux que les autres doivent s’organiser ! Le résultat est centrifuge, pas centripète.

Comment résoudre ce problème ? La diplomatie belge continue à pousser Ashton et son service à des positions fortes. À défaut, s’il y a silence et que ce silence est « occupé » par la France, l’Allemagne, etc., la diplomatie belge ira à la recherche de partenaires dans d’autres pays. Nous voulons être entendus. Et nous voulons continuer à pousser pour une position européenne.

Il faut aussi signaler qu’il y a une certaine lutte de pouvoir à l’intérieur des institutions, et il n’est pas dit que tout le monde souhaite qu’Ashton puisse jouer ce rôle.

Mais les grands pays n’ont-ils pas, globalement, pris plus de place ?

Par rapport à nos rêves, à notre ambition, ils prennent trop de place, mais ils ne prennent pas plus de place que dans le passé.

À la pratique, le traité de Lisbonne, c’est vraiment plus d’Europe ?

Oui. C’est un processus en cours. Les nouveaux instruments ne sont pas encore totalement installés. Mais je sais, je vois, je sens que les Européens ont compris que, pour être entendus, il faut dire la même chose ! La volonté est là, mais l’instrument qu’elle requiert n’est pas encore là.

Il est normal qu’Ashton ne soit pas partout en même temps. Il faut faire des choix, se concentrer sur les vrais enjeux, éviter de se perdre dans les détails, et une bonne gestion d’agenda. C’est ce qui réussit à Van Rompuy.

Mais aujourd’hui, je n’ai pas l’impression qu’avec le Service d’action extérieure, on en soit déjà là. On peut accepter que certains réagissent plus vite qu’Ashton, mais à condition qu’elle puisse prouver qu’elle travaille sur le moyen et le long terme – et sur des thèmes hyper-importants, comme l’énergie par exemple. Mais ça, je n’ai pas encore vu non plus.

Pendant la présidence belge, il y avait eu un débat sur notre relation avec les partenaires stratégiques. J’avais trouvé l’analyse préparée par les services d’Ashton assez décevante. C’était l’inventaire de ce que les gens qui regardent le monde savent déjà : la Chine, c’est important ; les pays émergents, il faut faire attention…

Cela dit, la façon dont les événements économiques et financiers ont été traités depuis le traité de Lisbonne prouve qu’il faut toujours avoir confiance : le processus d’intégration européenne ne s’arrête pas. Et ce malgré l’euroscepticisme croissant, les Vrais Finlandais, etc.

Troisième élément : la démocratie. Au début de notre présidence, j’affirmais que le Parlement européen était sans doute devenu le parlement le plus puissant du monde. Aujourd’hui, je me dis que je dois nuancer cela. Le Parlement européen est surtout parvenu jusqu’ici à retarder des choses ! Il n’a pas donné le cap ! Pour lui, la prochaine discussion sur les perspectives financières constituera un test très important.

À ce sujet, je voudrais dire que la Belgique entend que l’Union européenne ait un budget réel pour qu’elle puisse jouer son rôle. C’est du poujadisme de vouloir faire des économies partout !

La N-VA a rompu le consensus belge à cet égard…

Je constate avec vous que cette position traditionnelle de la Belgique, y compris sur d’éventuelles nouvelles ressources propres, semble ne plus faire l’unanimité, et que la N-VA semble mettre d’autres accents… Je le regrette. Mais les dirigeants de ce parti n’ont pas encore confirmé le choix exprimé par un de leurs députés.

Partout, les populismes, qui sont anti-européens, menacent l’Union. Comment répondre à ce danger ?

On s’est déjà cassé la tête sur cette question ! Heureusement, en tout cas, qu’il y a les nouveaux adhérents, qui ont la mémoire de violences. Nos pères et nos grands-pères parlaient de paix. Notre génération et les plus jeunes ont oublié que l’Union européenne est un projet de paix, de vivre-ensemble. Pour les nouveaux adhérents et les candidats, l’Union est davantage un projet qui a une finalité en soi. Pour le citoyen belge, en revanche, il n’est pas question de finalité, mais d’utilité : il veut savoir ce que ça lui rapporte.

Je crois que c’est au Parlement européen de chercher à reconnecter le citoyen avec l’Union. Les parlementaires européens sont quand même très loin des citoyens ! Ce Parlement est très européen dans le mauvais sens du terme : il est un peu bureaucratique, il manque de chaleur, d’émotion.

Comment voyez-vous l’avenir à dix ou quinze ans ?

Les événements vont forcer l’Union européenne à être plus unie. Et l’élargissement ne va pas s’arrêter. S’organiser à vingt-sept ou à trente-deux, c’est la même chose ! Alors, est-ce que le traité de Lisbonne est le meilleur imaginable ? Bien sûr que non ! Mais faut-il un nouveau traité ? Pfff… Non… Exploitons d’abord le potentiel des instruments qui existent. On peut faire beaucoup de choses, si on le veut.

Donc, oui, l’Europe va continuer son travail d’intégration, mais sans « big-bang ». Pour certains, je sais, ça peut être frustrant. Mais l’expérience le montre : ce sont les événements qui façonnent l’Union, et ils poussent vers plus d’intégration. Le grand défi des responsables politiques, ce sera de combattre le repli sur soi, l’euroscepticisme, le poujadisme, le nationalisme. On n’a pas assez expliqué aux gens que tous les progrès sont dus à l’ouverture…

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[15] L.GILLAIN dit le 05/05/2011, 00:05

LA REPONSE A CE MONSIEUR: DEMONDIALISATION AVEC MONTEBOURG ETC.. Le temps du balai va arriver...avec tous ses errements, ses incompétences et ses excès, tout ça parce que ces petits messieurs confits sur eux-mêmes et purs produits de sérails politiques nombrilistes, n'ont pas appris ou pas voulu comprendre que leurs seuls mandants sont leurs nationaux, lesquels sont finalement beaucoup plus européens qu'eux-mêmes : on sait tres bien,dans les usines et les bureaux, que l'essentiel des exports des pays européens est normalement, massivement (+ de 70%) et naturellement orienté vers.. les autres européens, SAUF QUE MAINTENANT ON N'EST PLUS DANS LE "MARCHE UNIQUE" QU'ON NOUS A "VENDU" pour le trahir aussitôt avec constance au profit du marché mondial (MARAKECH et l'OMC devenant la principale bible et le premier objectif poursuivi par la Commission) qui "suicide" nos forces de travail et nos solidarités . Nos gens ne pratiquent pas le repli sur leur terroir: ils veulent un PUISSANT PROTECTIONISME EUROPEEN pour nous permettre , NON PAS DE GAGNER PLUS,MAIS DE POUVOIR RESTER NOUS-MÊMES ET DE GARANTIR NOS ENFANTS ! Et à ceux qui ne veulent décidément pas l'entendre, il faudra bien dire : DU BALAI - même si cela doit nous faire courir le risque de nourrir le danger considérable du dérappage populiste (on n'est pas plus que d'autres vaccinés contre la bêtise à front de taureau) . IL EST ENCORE TEMPS - ET C'EST POSSIBLE : MONTEBOURG SE LEVE EN FRANCE CONTRE DSK. Au lieu de littéralement "faire le lit" des BDW dans toutes les langues, ce "monsieur le ministre" devrait s'excuser... et aller dans les rues, les cafés et les marchés, ou les cantines des usines et administrations, pour COMPRENDRE ENFIN A QUEL POINT IL EST... MOINS CINQ ! ! !

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[14] L.GILLAIN dit le 04/05/2011, 23:38

CE MEPRIS AFFICHE POUR LE CITOYEN DOIT ÊTRE SANCTIONNE ! ET SPECTACULAIREMENT ! "les populismes anti-européens menacent l'Union;comment répondre..": la réponse du Ministre: POUR LE CITOYEN BELGE IL N'EST PAS QUESTION DE FINALITE,MAIS D'UTILITE-IL VEUT SAVOIR CE QUE CA LUI RAPPORTE ! ! Mais qu'est-ce que c'est que ce MEPRIS qui ne correspond même pas à la moindre réalité ? Les citoyens belges sont systématiquement exclus de tout droit de regard critique sur la dérive passée et le devenir autodestructeur de cette Europe idéologiquement bloquée à droite pour le futur immédiat de ses peuples travailleurs ! Pas un mot sur le néolibéralisme intolérant et brutal de la Commission et du Conseil! Pas un mot sur la révolte qui monte contre la POLITIQUE ECONOMIQUE ET SOCIALE REDUITE A LA SEULE INCANTATION REPETEE DU "DOGME" DU LIBRE ECHANGE , sans le moindre égard pour la souffrance des famille d'aujourd'hui ! Pas un mot pour un ORDRE JURIDIQUE NON DEMOCRATIQUE qui nie le peulple lorsque c elui-ci lui dit NON, qui n'accepte aucune responsabilité pour CE QU'IL NE FAIT PAS (la Commission décide SANS POSSIBILITE DE SANCTION DEMOCRATIQUE de ce qu'elle écoute ou non, et même de ce qu'elle met ou non en exécution dans les contenus des traités: pas la moindre politique économique sectorielle forte face à la DESINDUSTRIALISATION "compétitive" de niveau mondial qui ASSECHE l'emploi et détruit les modèles sociaux et les services collectifs! Pas un mot sur la désespérance des petits face au rouleau compresseur de la concurrence mortifère et impossible des pays émergents, etc... CES PROPOS SONT SIMPLEMENT.. CRAPULEUX ! Le pire d'ailleurs, c'est... qu'il ne s'en rend même pas compte ! VIREZ-MOI CE GAMIN DE MERDE !

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[13] Keule dit le 04/05/2011, 18:01

@ 8 Spartan2 . Je me méfie des petits pays modèles de réussite économique : il y a peu on me citait comme modèle l'Islande et l'Irlande, avec le résultat que l'on sait. La mondialisation est une réalité qu'on ne peut ignorer. Croire qu'on pourra créer sans être attaqué de diverses manières un ilot de prospérité au milieu d'un océan de misère c'est un leurre. Il est exact que des petits pays ont pu jusqu'à présent tirer leur épingle du jeu, mais c'est en se conformant au modèle américain. Si ont veut créer un nouveau modèle on ne pourra pas le faire uniquement en Lituanie ou au Luxembourg.

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[12] DanielC dit le 04/05/2011, 16:05

Monsieur le Ministre, êtes-vous certain que ce que vous dites au niveau européen correspond parfaitement à ce que vous faites au niveau belge ?

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[11] Trash dit le 04/05/2011, 16:01

@lechat Avez-vous déjà essayé de "vivre" le VRAI libéralisme US ? Moi bien et je peux te dire que par apport à nous, c'est vraiment une jungle de pauvres types. Avoir 4 emploi et pas savoir payer les "intérêt" de ses crédite, c'est quand même ahurissant. Si tu n'es pas content ici, personne ne te retient.

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