Barack Obama, la Palestine et le vote juif
STEPHANE BUSSARD
mercredi 21 septembre 2011, 17:50
Dans son discours à l’ONU, le président des Etats-Unis a rappelé l’opposition américaine à la création d’un Etat palestinien. Israël est clairement devenu un vrai enjeu de la précampagne électorale.
© AP
En s’adressant ce mercredi à l’Assemblée générale de l’ONU à New York, Barack Obama n’a pas fait que répéter l’opposition américaine à l’initiative palestinienne demandant la reconnaissance d’un Etat de Palestine. Il a aussi commis aussi un acte de politique intérieure. Car Israël est clairement devenu un vrai enjeu de la précampagne électorale.
En difficulté en raison d’une économie moribonde, le président américain a vu sa cote de popularité chuter, notamment au sein de la communauté juive. En juin, celle-ci approuvait à 60 % l’action du président. Selon un sondage Gallup, cette cote est tombée à 55 %. Ce constat a soulevé un vent de panique dans le camp démocrate, sachant qu’en novembre 2008 Barack Obama avait pu compter sur 78 % du vote juif pour son élection. Les hautes instances du Parti démocrate ont rapidement décidé de mettre sur pied un programme visant à solidifier le soutien des juifs à la Maison-Blanche : courriels, campagnes ciblées. Objectif, abattre les mythes entourant la position de Barack Obama et véhiculés par les républicains : le président serait anti-Israël.
Ces derniers ont bien compris qu’il y avait une occasion à saisir. Voici quelques jours, un républicain, Bob Turner, a réussi à se faire élire au Congrès dans une élection complémentaire en battant un démocrate, pourtant juif, dans un district qui a toujours voté démocrate depuis les années 1920. Pour le Grand Vieux Parti, c’est le signe que la Maison-Blanche est en train de perdre l’électorat juif. Or cette circonscription est peuplée de la communauté juive la plus « orthodoxe du pays ». Celle-ci a été influencée par les harangues de l’ex-maire démocrate de New York Robert Koch, qui soutenait Bob Turner pour son soutien plus marqué à Israël. Ce même Koch avait voté pour George W. Bush en 2004…
Les républicains essaient aussi de brouiller les messages par rapport au plan présenté par Barack Obama en mai dernier appelant Israéliens et Palestiniens à entamer des négociations sur la base des frontières d’avant 1967 dans l’optique d’échanges de territoires. Des militants républicains ont sorti les grands moyens. Voici quelques jours, ils ont affiché de grands posters dans les rues de New York présentant Barack Obama, souriant, aux côtés du président palestinien Mahmoud Abbas pour prouver que la Maison-Blanche n’aime pas Israël.
Mardi, le candidat texan à l’investiture républicaine Rick Perry a enfoncé le clou. Dans un discours prononcé à New York, il a fustigé la politique « d’appeasement » – apaisement – du président américain au Moyen-Orient, arguant qu’elle a encouragé les Palestiniens à poser leur demande à l’ONU. L’éditorialiste de l’hebdomadaire conservateur Human Events, Gary Bauer, y va de son hyperbole : « C’est l’administration la plus anti-israélienne de l’histoire. »
Quelques Etats clés
S’il est vrai que Barack Obama a posé des conditions de négociations dans son plan de paix, il est loin d’abandonner Israël. Il y a peu, il a apporté son soutien au Premier ministre israélien en intervenant auprès du Caire pour arrêter la violence après une attaque contre l’ambassade d’Israël. Militairement, l’aide de Washington est même plus massive que sous Bush. Quant aux relations entre la Maison-Blanche et Binyamin Netanyahou, elles restent froides.
Dans l’optique de la présidentielle 2012, l’enjeu de cette bagarre autour de l’électorat juif est simple : elle concerne avant tout quelques Etats clés, la Pennsylvanie (2,3 % de la population est de confession juive), le Nevada (2,8 %) ou la Floride (3,3 %). Au plan national, même si ce sont des électeurs plus actifs que la moyenne, les juifs ne représentent que 2 % de la population. Et la baisse de popularité d’Obama auprès d’eux ne fait que suivre la baisse générale de la popularité du président. Comme l’écrit Rachel Weiner dans le Washington Post, tout président en fonction perd une partie du vote juif quand il vise sa réélection.














