Concordia : l’échange téléphonique qui accable le capitaine
Rédaction en ligne
mardi 17 janvier 2012, 16:23
« Remontez à bord, bordel de merde ! » Les paroles des gardes côtes ne font qu’enfoncer encore plus le capitaine du bateau. Accusé d’avoir minimisé l’accident et d’avoir quitté le navire avant ses passagers.
Voici l’intégralité de l’échange téléphonique entre les gardes côte et le capitaine du Concordia.
Commandant Gregorio De Falco de la capitainerie du port de Livourne : « Oui je suis De Falco de Livourne, je parle avec le commandant ? »
Schettino : « oui bonsoir commandant De Falco »
De Falco : « dites-moi votre nom s’il-vous-plaît »
Schettino : « je suis le commandant Schettino, commandant »
De Falco : « Schettino ? Ecoutez Schettino. Il y a des gens bloqués à bord. Maintenant vous allez avec votre chaloupe sous la proue du navire du côté droit. Il y a une échelle (de secours en corde, ndlr) et vous montez à bord. Vous allez à bord et vous nous dites combien il y a des gens. C’est clair ? J’enregistre cette communication, commandant Schettino… »
Schettino : « Commandant, je veux vous dire une chose… »
De Falco : « parlez à voix forte. Mettez la main devant le micro et parlez d’une voix plus forte, c’est clair ? »
Schettino : « Actuellement le navire est incliné… »
De Falco : « J’ai compris. Ecoutez : il y a des gens qui descendent par l’échelle de proue. Cette échelle vous devez la parcourir en sens inverse, monter sur le navire et me dire combien il y a de gens et ce qui se passe à bord. C’est clair ? Vous devez me dire combien il y a d’enfants, de femmes et de personnes ayant besoin d’assistance. Et vous me dites combien de gens il y a dans ces catégories. C’est clair ? » « Ecoutez Schettino, vous avez peut-être réussi à vous sauver de la mer mais là, vraiment ça va mal se passer… je vais vous causer une énormité d’ennuis. Allez à bord, bordel de merde !! »
Schettino : « Commandant, je vous en prie ».
De Falco : « non, je vous en prie… La maintenant vous y allez, vous remontez à bord. Vous m’assurez que vous êtes en train de remonter à bord… »
Schettino : « je suis déjà en train d’y aller là, je suis là, je ne vais nulle part, je suis là… »
De Falco : « Qu’êtes-vous en train de faire commandant ? »
Schettino : « Je suis là pour coordonner les secours… » De Falco : « Qui est-ce qui coordonne là-bas ? Maintenant vous remontez à bord pour coordonner les secours à bord. Vous refusez là ? »
Schettino : « Non non je ne refuse pas ».
De Falco : « Vous refusez de remonter à bord ? Dites-moi pour quel motif vous n’y allez pas ? » Schettino : « Je ne suis pas en train d’y aller parce qu’il y a l’autre bateau (chaloupe de sauvetage, ndlr) qui s’est arrêté. »
De Falco : « Vous allez à bord, c’est un ordre. Vous ne devez pas penser à autre chose. Vous avez déclaré l’abandon du navire. Maintenant c’est moi qui commande. Vous remontez à bord !! C’est clair ? Vous m’entendez ? Allez-y et appelez directement depuis le bateau. Sur place il y a déjà mon secours aérien ».
Schettino : « Où est votre moyen de secours ? »
De Falco : « Il est à la proue. Allez-y. Il y a déjà des cadavres Schettino ».
Schettino : « Il y en a combien ? »
De Falco : « Je ne sais pas. Un c’est sûr, je l’ai entendu. C’est à vous de me le dire combien, bon sang !!! »
Schettino : « Mais vous vous rendez compte qu’il fait nuit et qu’ici on ne voit rien ? »
De Falco : « Qu’est-ce que vous voulez faire Schettino, rentrer à la maison ? Il fait nuit alors vous voulez rentrer chez vous ? Montez sur la proue du navire par l’échelle et vous me dites ce qu’on peut faire, combien il y a de gens, quels sont leurs besoins. Tout de suite !! »
Schettino : « Je suis avec le commandant en second » (sur une chaloupe de sauvetage).
De Falco : « Montez à bord tous les deux. Vous et votre second vous montez maintenant à bord, c’est clair ? »
Schettino : « Et commandant, je voudrais monter à bord mais l’autre chaloupe ici. Il y a les autres sauveteurs… Elle s’est arrêtée et elle est bloquée, j’ai appelé d’autres sauveteurs ».
De Falco : « Cela fait une heure que vous me dites ça. Maintenant vous allez à bord, allez A B-O-R-D !! Et vous venez me dire tout de suite combien il y a de gens ».
Schettino : « D’accord commandant »
De Falco : « Allez-y immédiatement !! »
En réalité, selon la capitainerie, qui date cette dernière conversation de 01H46 (00H46 GMT), le commandant réfugié sur un rocher dès 00H30, selon des témoins, ne remontera jamais à bord pour piloter les opérations de sauvetage qui se poursuivront jusqu’à 6H00 du matin, selon les pompiers.
(AFP)
Vos réactions
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Est-il le seul 'membre du personnel' à avoir quitté le navire si tôt ? On ne parle que du capitaine, mais il prétend qu'il etait avec le second....et les autres membres ? Tous les membres ('importants') ayant quittés le navire avant les passagers sont, pour moi, coupables !
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J'espère qu'il va prendre cher!
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Ce n'est rien d'autre que ce qu'en sociologie on appelle le désenchantement du monde... Après tout, c'est dans l'air du temps de fuir ses responsabilités (surtout au plus hauts niveaux : banques, politique, ....) mais d'avoir, d'augmenter et de profiter des avantages qui vont avec la fonction....