Pourquoi la révolution égyptienne a été « confisquée »

DIDIER ZACHARIE

mercredi 25 janvier 2012, 22:23

Un an après la chute d'Hosni Moubarak, les révolutionnaires égyptiens déchantent. La cause ? L'armée, instance incontournable dans la société égyptienne, en tant que pouvoir central, garante de l'ordre et de la législation… et entreprise économique.

Pourquoi la révolution égyptienne a été « confisquée »

©AFP

Alors que l'armée organise en grande pompe les commémorations du premier anniversaire de la révolution qui a fait chuter Hosni Moubarak après trente ans de pouvoir, les Egyptiens sont nombreux à considérer que la révolution leur a été « confisquée ». Mohammed El-Baradei, ancien chef de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) et voix porteuse durant la révolution a lui-même renoncé à la présidentielle en affirmant que « l'ancien régime n'est pas tombé ».De fait, l'armée est bien encrée au pouvoir et ne compte pas le quitter. Car elle est incontournable dans le fonctionnement du pays, non seulement comme entité dirigeante depuis soixante ans, garante de l'ordre et de la sécurité, mais aussi comme entreprise économique.

L'armée égyptienne est en effet la première force économique du pays, et pèserait jusqu'à 30 % du Produit intérieur brut égyptien. « Pèserait » au conditionnel, car le budget de l'armée reste secret, et le corps militaire a déjà fait comprendre qu'il n'avait aucune intention que cela change avec la nouvelle Constitution.

Une véritable entreprise économique dont le budget est secret

Pour mieux comprendre le rôle central et ambigu de l'armée en Egypte, il faut revenir à sa prise de pouvoir lors du Coup d'Etat des officiers libres qui mit fin à la monarchie pro-anglaise du roi Farouk en 1952. Car depuis lors, tous les chefs d'Etat égyptiens ont été issus de ce corps militaire.

Sous Nasser (qui a régné de 1954 à 1970), l'Egypte se militarise sensiblement. Les hauts officiers se retrouvent à la tête des administrations et dans le gouvernement si bien que pour beaucoup, l'armée est « l'épine dorsale de la nation ». Dans un contexte de tension avec Israël, Nasser développe parallèlement une véritable industrie militaire qui représente alors 10 % de l'emploi égyptien.

En 1979, les accords de Camp David de non-agression avec Israël modifient la donne. L'« entreprise armée » diversifie sensiblement ses activités et on la retrouve dans des secteurs aussi divers que l'agriculture, la pharmacologie, l'électronique ou le tourisme. Son chiffre d'affaires est estimé par un diplomate américain à 3,7 milliards € et elle pèserait de 25 à 30 % du PIB égyptien tout en possédant de nombreuses terres et en étant exemptée d'impôts et autres taxes. Bref, l'armée égyptienne devient une véritable entreprise économique qui se place au-dessus des lois.

De fait, personne ne sait exactement quelles sont ses possessions pour la bonne raison que son budget est secret. De plus, l'Egyptian Army inc. est immunisé contre toute enquête parlementaire. Intouchable, elle se considère au-dessus de la Constitution (n'en est-elle pas la garante ?)… Et compte bien le rester.

Car si des juristes ont été occupés à amender la Constitution en mars 2011, afin d'en faire une Constitution provisoire, l'armée a déjà fait savoir que tout ce qui la concernait n'était pas susceptible d'être modifié. D'où ce sentiment de révolution « confisquée ».

Car si les forces islamistes sont sorties assez logiquement (étant donné qu'elles sont les seules forces réellement organisées et proches de la grande majorité de la population), vainqueurs des élections législatives, le vrai problème auquel fait face l'Egypte de l'après-Moubarak est bien celui de cette armée sans qui rien ne semble possible, et qui apparaît intouchable. C'est aujourd'hui aux Frères musulmans, majoritaires au Parlement et de ce fait amené à proposer une nouvelle Constitution, à se confronter à un pouvoir en place depuis soixante ans.

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[7] Labrador dit le 02/02/2012, 00:16

Un cas de souveraineté compliqué, mais pas insoluble. Enfin un article de fond, où l'on apprend vraiment quelque chose, cela nous change du journalisme d'influence.

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[6] lechat dit le 01/02/2012, 23:22

je ne comprend pas le sens de cet article ! L'Egypte bénéficie d'une aide américaine colossale sans laquelle le pays tombe dans la misère la plus profonde. Il me semble logique que cette aide soit subordonnée à une collaboration avec l'Occident et son système démocratique et non à une gestion islamiste plébiscitée par les Egyptiens. C'est un choix démocratique de vouloir se débarrasser de la tutelle américaine, mais il faut assumer.

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[5] Mylos dit le 26/01/2012, 09:20

Egyptian army corp.. ok mr l'auteur, ça vous choque on l'a bien compris. Les Frères Musulmans déconnectés d'une armée bien équipée, personnellement ça me rassure... Vous savez les Frères Musulmans, c'est aussi une vaste World Company. Avec des "fililales" un peu partout dans cette belle région. Dont en Syrie où ils constituent la principale force d'opposition à Bacher (la ville de Homs, un foyer de "l'insurrection" est un de leur bastion)... Mon petit doigt me dit que l'armée egyptienne ne va pas être lâchée de si tôt par les conseillers US et occidentaux....

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