À Moscou, les manifestations ont opposé deux Russie

BENJAMIN QUENELLE

samedi 04 février 2012, 17:47

Sur deux places différentes, partisans et opposants du premier ministre Vladimir Poutine, favori de la présidentielle du 4 mars, ont organisé cette après midi de vastes rassemblements. Malgré le froid. Par Benjamin Quénelle, à Moscou.

À Moscou, les manifestations ont opposé deux Russie

©AP

Sur le pavé de Moscou, cette après midi, ces deux jeunes ont bravé un froid glacial. L’un pour Vladimir Poutine, l’autre contre, par une température de -17ºC. « Je ne veux pas qu’on détruise mon pays », confie Artur Orlov, 24 ans, employé de laboratoire. Donnée par les organisateurs, sa large pancarte scande que « La Russie n’est pas à vendre », allusion à une opposition accusée d’être financée par des fonds occidentaux. « Nous en avons marre d’être trompés par notre pouvoir depuis douze ans », lui répond à distance Vlasdislav Tsitsiline, étudiant de 19 ans. Faite par ses propres soins, sa pancarte prévient qu’il faut avant tout « une révolution des cerveaux », une manière de rejeter tout mouvement de force contre les autorités.

À l’image de ces témoignages, les deux manifestations étaient très différentes. Regroupés dans le parc de la Victoire, sur une grande esplanade construite à l’honneur des héros de la guerre de 1940-1045, les partisans de Vladimir Poutine voulaient défendre le statu quo. « Aujourd’hui, nous vivons bien. Pourquoi tout détruire ? », s’interroge Valentina Ivanovna, une retraitée de 62 ans. « Après les crises des années 1990, la Russie s’est désormais bien relevée. Petit à petit, elle doit continuer de se reconstruire », poursuit cette grande mère. « Les leaders de l’opposition, eux, viennent en partie des voleurs qui ont saccagé la Russie il y a dix ans. Aujourd’hui, ils veulent nous imposer leur révolution… Le peuple simple est avec Poutine ! »

« Je veux vivre dans un pays plus libéral, plus ouvert, plus européen »

Dix kilomètres plus loin, sur la place Bolotnaya, près d’un square voisin du Kremlin, un autre retraité défend une vision bien différente de la Russie. « Je veux vivre dans un pays plus libéral, plus ouvert, plus européen où les lois sont les mêmes pour tous et où les élections sont honnêtes. Le départ de Poutine ne suffira pas. Il faudra de longues et lentes réformes », explique Alexandre Poliak, 63 ans. Il dit apprécier les leaders libéraux du mouvement de protestation, tel Boris Nemtsov, ancien vice-Premier ministre de Boris Eltsine. Parmi les nouvelles figures montantes, il aime aussi Alexeï Navalny, le célèbre blogueur anti-corruption transformé en tribun. « L’avenir de la Russie, elle est ici ! », assure Alexandre Poliak, pointant du doigt cette foule très bigarrée en grande partie issue de la nouvelle classe moyenne.

Les principaux slogans de ces deux manifestations résumaient ce grand écart entre deux Russie. « Pour des élections libres », criaient les uns. « Nous avons tout à perdre », scandaient les autres. Pour les uns, Vladimir Poutine fait partie du problème. Pour les autres, c’est toujours la meilleure solution. À un mois jour pour jour de la présidentielle, à laquelle l’ex chef du Kremlin et actuel premier ministre part largement favori, ce sont ainsi plusieurs milliers de simples Russes qui se sont mobilisés dans les rues de Moscou mais aussi dans plusieurs autres grandes villes. Les chiffres de participation diffèrent largement selon les estimations. Mais, selon Le Soir, les anti Poutine étaient quelque 60 000, soit plus que lors de leur première manifestation le 10 décembre mais moins que lors de leur rassemblement du 24 décembre.

Les pro Poutine étaient plus nombreux hier, sans doute quelque 80 000. Mais l’organisation de leur manifestation était très contrôlée. Les témoignages cités ci-dessus sont de personnes venues visiblement de leur propre initiative. Ce n’était pas le cas de tous les participants. De longues files de bus confirmaient que des groupes entiers avaient été transportés. Et plusieurs personnes ont confirmé au Soir être venues à la demande de leur employeur. Selon de nombreux témoignages diffusés sur l’internet, des fonctionnaires, enseignants et employés des hôpitaux publics ont été forcés par leur direction à participer. Vladimir Poutine a d’ailleurs reconnu de telles pressions, tout en estimant qu’il s’agissait de faits isolés.

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