L’axe Damas-Téhéran résiste encore
RICHARD WERLY
dimanche 05 février 2012, 17:23
Le rejet, par la Russie et la Chine, du projet de résolution européen sur la Syrie a suscité de vifs débats à la conférence sur la sécurité de Munich. En arrière plan : les leçons du conflit Libyen.
Le rejet par Moscou et Pékin, samedi après-midi à New York, du projet européen de résolution au Conseil de sécurité condamnant le régime de Damas avait d’ailleurs été, quelques heures plus tôt, précédé d’une explication ferme du chef de la diplomatie russe Serguei Lavrov lors de cette conférence annuelle sur la sécurité : « Il s’agit d’une guerre civile et l’on demande au gouvernement de désarmer face aux insurgés. Nous ne pouvons pas l’accepter » a-t-il asséné. Sans surprise, le vice-ministre des affaires étrangères chinois Zhang Zhijun s’est ensuite, au sujet des libertés au Tibet évoquée par le sénateur américain John Mc Cain, lancé dans une défense acharnée de la souveraineté. « Le mur russo-chinois autour de Damas est très solide poursuit notre interlocuteur de l’Otan. La question, maintenant, est de savoir si une intervention militaire du type Kosovo, hors cadre de l’ONU, peut être envisagée en Syrie ».
L’exemple Libyen vaut des deux cotés. Moscou, comme Pékin, enragent de la manière dont les occidentaux ont selon eux détourné la résolution 1973 du 17 mars 2011 autorisant l’emploi de la force pour protéger les populations civiles contre le Colonel Kadhafi. « Nous nous sentons trahis. C’est aussi simple que cela » a réitéré l’ex général Russe Vyacheslav Trubnikov. Mais les occidentaux tirent aussi leurs leçons. Le plus en pointe ont été à Munich les influents sénateurs américains Joseph Lieberman et Lindsay Graham. Le premier a affirmé son soutien à un appui multiforme aux insurgés de l’armée syrienne de libération : « Soutien médical, appui au renseignement, formation, livraisons d’armes.nous ne devons rien exclure ». Le second a plusieurs pris la parole pour dire qu’en cas de frappes sur l’Iran, allié de la Syrie, le Congrès « appuierait sans faille » l’administration Obama.
Le fantôme de l’axe Téhéran-Damas était en fait omniprésent à Munich. Contrairement aux années précédentes, aucun officiel iranien n’était présent pour expliciter la position de son pays sur son programme nucléaire. La question des frappes israéliennes n’a même pas été abordé en plénière. Et beaucoup estiment que la prochaine échéance-clef sera l’entrée en vigueur, le 1er juillet, de l’embargo européen sur le pétrole iranien. N’empêche : l’accent mis par le secrétaire à la défense américain Leon Panetta sur la défense anti-missile en Europe – officiellement conçue pour éviter, entre autre, des attaques balistiques d’un Etat comme l’Iran – a nourri le débat. Des experts jugent que les capacités de l’Iran à produire des fusées à moyenne portée ont été gravement retardées par de récentes séries d’explosion entendues « jusqu’à Téhéran » attribuées à des actions subversives. D’autres affirment que l’État major américain planifie déja pour « frapper s’il le faut ». « L’obsession actuelle des États-Unis est de ne pas se faire prendre de court par l’Etat hébreu » affirme un général occidental.
Or le lien Iran-Syrie, peu évoqué à Munich, est crucial. Le soutien de Moscou à Damas, qui s’explique entre autres par le maintien en Syrie d’une base navale, répond à une préoccupation régionale. Idem pour les européens qui, avec leur embargo pétrolier sur l’Iran, espèrent aussi assécher les ressources financières de Téhéran et son soutien sonnant et trébuchant au régime de Bachar El Assad, étranglé par les sanctions internationales.
Au centre de l’équation se trouve enfin la Turquie. Son chef de la diplomatie Ahmet Davutoglu a redit à Munich son épuisement après « des journées passées à négocier en vain avec le régime Syrien » qu’Ankara a finit par lâcher, condamnant avec fermeté ses exactions. « Nous accueillerons tous les réfugiés syriens qui le désirent » a -t-il assuré, s’inquiétant du « retour de la guerre froide à l’ONU » mais rejetant, officiellement, une intervention plus directe. Sauf que le précédent Libyen, là encore, est à l’œuvre. « Le message des Américains est clair : Assad est fini » estime un observateur turc. Des déserteurs syriens seraient déjà entrainés en Turquie. L’opposition armée y disposerait d’un QG gardé par les militaires turcs. L’axe Damas-Téhéran résiste encore. Mais vue l’obstruction diplomatique russo-chinoise, le travail de sape devrait s’intensifier. En attendant que, par exemple, un blocage iranien du détroit d’Ormuz, ne justifie peut-être des actions plus directes.














