
BAUDOUIN LOOS
lundi 26 janvier 2009, 15:14
REPORTAGE
GAZA
DE NOTRE ENVOYE SPECIAL
Comment visiter la bande de Gaza dévastée et cacher sa consternation, son émotion ? Louis Michel, le commissaire européen à l’Aide humanitaire, n’a même pas essayé. Sa courte visite, quelques heures à peine ce lundi matin, dans ce territoire palestinien martyre l’a visiblement marqué.
Les traits tirés, la mine triste, le Belge a suivi le programme concocté par la mission humanitaire européenne sur place et par l’Unrwa, l’agence de l’ONU d’aide aux réfugiés palestiniens. Une visite réduite, donc, mais éclairante. Des quartiers détruits par les bombardements israéliens, un centre de distribution de l’Unrwa au camp de Jabaliya, un hôpital (Al-Qods) également frappé par la foudre israélienne, pour finir par le quartier-général de l’Unrwa, au centre de Gaza-ville, où un immense entrepôt de vivres est parti en fumée…
Son dernier entretien, avec l’Irlandais John Ging, qui dirige l’Unrwa à Gaza, n’aura rien fait pour relever son degré d’optimisme, sérieusement affecté. « Devons-nous rester de simples témoins sans bouger ?, lui demanda le haut fonctionnaire de l’ONU. Que dire quand on bombarde des écoles, des ministères, les complexes de l’ONU, une usine qui fabrique des biscuits ? Allons-nous demander des comptes ? Il faut savoir que l’extrémisme a beaucoup gagné avec cette guerre ici ».
Avant de partir pour Israël, tout à côté, où une courte visite l’attendait à Sderot, la petite ville la plus exposée aux roquettes palestiniennes ces dernières années, les mots de Louis Michel pour la presse, soigneusement choisis, attestèrent tout à la fois de sa franchise, qu’il revendiqua, et de son célèbre sens politique de l’« équidistance »…
« Ce que j’ai vu ici est abominable, injustifié et inacceptable. Cela va au-delà de toute souffrance humaine descriptible. Aucune cause ne justifie une action militaire dirigée contre des civils. Il y a eu une flagrante violation du droit international humanitaire. J’ai été le témoin de l’échelle massive de destruction, du profond traumatisme de la population civile, dont toutes ces femmes et tous ces enfants ont été victimes. »
Mais le commissaire européen tenait aussi à envoyer deux autres messages, l’un à Israël, l’autre au Hamas.
« Ce que nous devons demander à Israël, c’est l’ouverture complète de tous les points de passage. Et pas seulement pour la nourriture et les médicaments, aussi pour tous les besoins nécessaire à la relance de l’activité économique. Ensuite, il faudra que les responsabilités soient établies, même si certains n’aiment pas entendre cela. »
Le mouvement Hamas, que le commissaire n’aura pas rencontré ce lundi, n’appréciera pas davantage les propos du Belge. « Le Hamas porte une responsabilité importante pour ce qui s’est passé. Je suis personnellement contre le fait que notre aide passe par le Hamas, nous avons l’ONU et les ONG avec lesquelles nous travaillons. Personne ne m’empêchera de dire que le Hamas utilise des méthodes terroristes, comme quand il vise des civils israéliens avec des roquettes. La terreur n’est pas de la résistance ! »
Si, pour de nombreux diplomates notamment européens, la communauté internationale a eu le grand tort de refuser de traiter avec le Hamas depuis sa victoire électorale de 2006 en posant des conditions qu’on savait hors de portée, Louis Michel, lui, n’en démord pas. « Le Hamas a raté une chance de s’intégrer dans la communauté internationale. On ne reviendra pas sur les conditions imposées – reconnaissance du droit d’Israël à exister, renonciation à la violence, acceptation des accords antérieurs. »
Le Français Kouchner et l’Espagnol Solana, poids lourds de la diplomatie européenne, ont récemment suggéré qu’un gouvernement palestinien d’unité nationale ne serait plus boycotté par l’Europe, comme celui de 2007 le fut. Michel souligne aussi qu’un tel gouvernement pourrait ouvrir la voie du progrès : « Nous devons encourager la réconciliation entre factions palestiniennes, cela pourrait mener à une forme de gouvernance qui, en commun avec la nouvelle administration américaine, l’Egypte, les Arabes et l’Europe, permettrait d’avancer à nouveau vers les négociations. »
Mais le temps imparti était déjà écoulé, et le départ ordonné. Sans doute, dans le cortège de4X4 blindés qui le mena vers Israël, Louis Michel put-il méditer les derniers mots d’un John Ging bien amer : « Vous savez, les gens, ici à Gaza, deviennent de plus en plus cyniques quand on leur explique que le respect du droit international leur apportera la justice »…
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