L’étrange charcutier devenu l’empereur des faux seins

MARC METDEPENNINGEN

lundi 26 décembre 2011, 11:08

Jean-Claude Mas, désormais l’ennemi public nº1 des femmes porteuses d’implants mammaires, est un personnage secret. Joueur invétéré, interdit de casino, il semble avoir perdu… Portrait

L’étrange charcutier devenu l’empereur des faux seins

Au Costa Rica, l’escroc était recherché pour conduite en état d’ivresse © EPA

Non, Jean-Claude Mas, l’énigmatique patron de PIP (Poly Implants Prothèses), n’était pas recherché par le Costa Rica pour des atteintes à la santé de dizaines de milliers de femmes sud-américaines (57 % de son marché), comme aurait pu le faire croire la « notice rouge » (demande d’extradition) diffusée par Interpol ce week-end.

Le roi de la silicone, l’empereur déchu (autrefois 3e producteur mondial) des faux seins, aurait sans doute pu en être soupçonné. San José ne le réclamait en fait « que » pour ne pas s’être présenté au procès qu’il encourait pour une conduite en état d’ivresse, passible d’une peine criminelle de 3 ans de prison…

Jean-Claude Mas, désormais l’ennemi public nº1 des femmes porteuses d’implants mammaires, est un personnage secret. Les 116 employés de PIP, la firme qu’il avait fondée en 1991 à la Seyne-sur-Mer (Var), surnommaient cet inventeur prolifique du sobriquet de « Nimbus », par référence au professeur farfelu popularisé par André Daix dans les années 30.

Cet ancien marchand de vins et de charcuteries croyait avoir décroché le Graal en mettant au point un procédé de fabrication de prothèses mammaires, vendues à prix cassés : 250 euros au lieu des 800 du marché. Des produits concurrents, il disait qu’ils provoquaient le cancer !

Ses 100.000 prothèses vendues annuellement (90 % à l’étranger) lui assurent la fortune et la reconnaissance. En 2003, un fonds d’investissement américain, séduit par ses bénéfices, entre dans le capital de PIP. En 2005, il décide de remplacer le silicone médical par un gel non autorisé, dix fois moins cher à l’achat. Ses lignes de production sont automatisées. Avec des conséquences catastrophiques : elles produisent jusqu’à 60 % de produits qui aboutissent au rebut, tant les mises au point semblent difficiles. 250 Britanniques se liguent déjà en 2008 : leurs prothèses fuient.

Mas et PIP ne répondent pas à la justice : ils sont condamnés à 1,4 million d’euros d’amende. L’Agence française du médicament (Affssaps) s’en mêle. Son enquête révèle l’utilisation illégale d’un gel industriel non autorisé.

La « tromperie » qu’elle reproche à PIP et à son fondateur Jean-Claude Mas repose aussi sur le constat que lors des contrôles, l’entreprise aurait utilisé une double chaîne de production : l’une « montrable » aux inspecteurs ; l’autre destinée à sortir les produits interdits.

Un premier procès attend Jean-Claude Mas en 2012 ; celui pour « tromperie ». Un autre, diligenté pour homicide involontaire (neuf femmes décédées du cancer suite à des ruptures de prothèses), devrait suivre.

Mas, joueur invétéré, interdit de casino, semble avoir perdu…

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Quelques règles de bonne conduite avant de réagir
[12] Doc Hudson dit le 26/12/2011, 23:20

En réalité, plus que le problème d'arnaque de cette histoire, il y a deux fondamentaux qui devraient être posés (voir même un troisième): Le premier est sociologique et nous interroge sur le pourquoi de la chirurgie esthétique non-réparatrice. Le deuxième, c'est de comprendre pourquoi aucun contrôle n'est exercé sur la toxicité des prothèses en tous genres. Et le troisième, accessoire, de se poser la question de savoir pourquoi c'est encore au secteur public d'éponger les dettes du privé dans une catégorie de choix personnels qui n'a rien à voir avec une question de santé publique.

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[11] ramboman dit le 26/12/2011, 16:12

Il ne s'est pas fort écarté de sa profession initiale... Charcutier

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[10] bananasplit dit le 26/12/2011, 14:59

erratum: en tort...

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[9] bananasplit dit le 26/12/2011, 14:57

Un plombier m'installe un chauffe-eau d'une marque inconnue qui lui coûte 500 euros et me le vend au prix d'un Vaillant. Il m'assure que c'est une excellente marque et il empoche la différence. Le chauffe-eau explose et endommage mon domicile. Dans ce cas, la fabricant est en cause, mais le plombier l'est tout autant. Dans ce cas-ci, même des femmes dont la motivation première était l'esthétique devraient bénéficier d'une intervention gratuite. Et pourquoi la collectivité devrait-elle payer pour celles qui ont bénéficié d'une chirurgie réparatrice après cancer alors que les chirurgiens esthétiques ont largement les moyens de réopérer leurs clientes à leurs frais? Pourquoi les médecins bénéficient-ils toujours d'un traitement de faveur, même quand ils sont indiscutablement en tord?

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[8] Rider dit le 26/12/2011, 14:30

Comme dirait "l'autre" pour ce "Monsieur" la présomption de culpabilité semble très grande pour ne dire qu'elle soit établie ...mais clairement dans cette affaire d'autres devraient se retrouver au banc des accusés !

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