Existe-t-il un coup de foudre génétique ?
Rédaction en ligne
samedi 11 février 2012, 11:08
Il arrive que des frères et surs, élevés séparément, fassent connaissance à l'âge adulte. Il en résulte une fois sur deux un coup de foudre irrépressible. On parle d'« attraction sexuelle génétique ».
Ils décrivent une attraction irrésistible l'un pour l'autre ; odeur, voix, façon d'être, tout les entraîne dans un amour total. Les frères et surs, et parfois aussi parents et enfants, qui se découvrent à l'âge adulte et tombent amoureux parlent aussi d'un « choc de familiarité », d'effet miroir. Il ne s'agit pas véritablement d'inceste, puisque la relation implique deux adultes consentants. Petit à petit le tabou sur ces relations se lève, les gens parlent. La question suscite la polémique en Suisse, où il est question de légaliser l'inceste.
Dans le reportage « Ma soeur mon amour » de la télévision suisse romande « Temps présent » du 2 février 2012, les témoignages montrent à quel point ces amours peuvent s'avérer douloureuses.
Et un film d'animation des studios Ghibli réalisé par Miyazaki, « La Colline aux coquelicots », qui sera projeté en ouverture du Festival Anima le 17 février à Bruxelles, traite également le sujet.
Pour évoquer ce phénomène, on parle d'« attraction sexuelle génétique ». De quoi s'agit-il ? Explication d'Ariane Giacobino, médecin-adjointe au service de médecine génétique des Hôpitaux universitaires de Genève.
Dans un cas sur deux, les frères et surs qui font connaissance à l'âge adulte éprouvent une attraction sexuelle irrésistible pour des raisons génétiques (ASG), selon la seule étude sur le sujet (1). Comment expliquer cela ?
Ariane Giacobino : Il n'y a pas de nouvelle étude sur l'ASG. Par contre un groupe anglais a étudié l'attirance intra-familiale entre filles et garçons, par le biais de la reconnaissance faciale (2). Ce travail montre que les filles, élevées avec des frères, étaient attirées plus tard par des hommes qui ne leur ressemblaient pas, et évitaient le « modèle » de leur enfance. Alors que celles qui n'avaient pas de frère recherchaient un compagnon dont le visage était proche du leur. Par contre, les deux groupes avaient tendance à faire plus confiance aux personnes qui leur ressemblaient physiquement. Cela montre que deux dimensions sont en jeu : l'attirance amoureuse et l'attirance sociale. Nous avons naturellement, un sentiment d'empathie envers ce qui nous ressemble. Il existe d'ailleurs un réseau social pour les personnes apparentées génétiquement (3).
Etre élevée avec un frère nous « vaccinerait » contre ce modèle. Par contre en le découvrant à l'âge adulte on se reconnaîtrait en lui. C'est le piège de Narcisse ?
Il peut peut-être y avoir une confusion entre l'attirance sociale et amoureuse. Une autre étude montre que certains récepteurs à la dopamine, un neurotransmetteur, jouent un rôle social. Ce qui aurait pour effet, selon les personnes, à les pousser à s'associer à qui leur ressemble, ou au contraire, à leur opposé.Ces réactions sont donc très variables d'un individu à l'autre.
Du point de vue de l'évolution, cela fait sens d'être attiré socialement par nos parents pour renforcer le « clan ». Par contre, en ce qui concerne la reproduction, ne vaut-il pas mieux avoir des gènes complémentaires ?
Du point de vue génétique, il est très désavantageux de se reproduire entre frères et surs. Dans ces cas, les enfants ont une chance sur deux de souffrir d'anomalies sévères, cela descend à 6-8 % chez les cousins germains, puis le risque se dilue très vite pour arriver au 3 % de la population générale.
Peut-on expliquer l'ASG par une imprégnation à la naissance ?
On parle effectivement d'« imprinting ». Mais, à nouveau, c'est très variable. L'étude de Claus Wedekind à Lausanne, a par exemple montré que des femmes auxquelles on faisait sentir un t-shirt masculin, étaient attirées par celui de l'homme qui leur était le plus opposé génétiquement. Mais d'autres travaux ont montré le contraire.
Le manque d'étude sur l'ASG traduit-il le tabou qui entoure cette problématique ?
Je pense surtout que l'on commence seulement à prendre conscience de ce phénomène. Depuis en fait, qu'il est devenu plus facile aux enfants adoptés et à ceux issus du don de sperme de retrouver leurs origines. Mais des études vont certainement suivre car le nombre de cas ne peut qu'augmenter en regard avec la pénurie de sperme. Il devient en effet possible, dans certains pays, qu'un seul donneur ait de nombreux enfants.
(1) Maurice Grunberg, University College London, 1992
(2) PNAS, 12 juillet 2011
(3) www.facebook.com/people/genotype
www.geneticsexualattraction.com/
Par Marie-Christine Petit-Pierre Le Temps
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>Il ne s'agit pas véritablement d'inceste, puisque la relation implique deux adultes consentants. Le consentement ou l'age n'a rien à voir avec le fait qu'il s'agisse ou non d'un inceste, un inceste est une relation sexuelle entre personne de même famille.
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La monstruosité est en marche.
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> Il ne s'agit pas véritablement d'inceste, puisque la relation implique deux adultes consentants. Le consentement ou l'age n'a rien à voir avec le fait qu'il s'agisse d'un inceste ou non, un inceste est une relation sexuelle entre personnes de la même famille.