ELTSINE PROMET LA LIBERTE AUX TCHETCHENES...A L'INTERIEUR DE LA RUSSIE... L'AVIATION RUSSE BOMBARDE GROZNY

Eltsine promet la liberté aux Tchétchènes... à l'intérieur de la Russie, mais fait pilonner leur capitale

L'aviation russe bombarde Grozny

Eltsine manie la carotte et le bâton. Doudaïev prend le monde à témoin.

Les Russes avaient annoncé à l'avance qu'ils allaient bombarder le centre de Grozny: près de trente bombes se sont abattues dans la nuit de mercredi à jeudi sur le centre de la ville et sa périphérie, entraînant la mort d'au moins dix-sept personnes parmi la population civile. Et ce matin, les avions russes ont repris leurs bombardements de la ville et de sa périphérie. Il y aurait d'autres victimes.

Pendant une heure, hier soir, les avions russes ont effectué plus de dix passages au-dessus de la capitale, arrosant de bombes la ville et ses alentours.

Une des bombes est tombée à une centaine de mètres du Palais du président Doudaïev, leader de l'indépendance de la petite république musulmane.

Afin de «permettre à la population civile de quitter» Grozny ou de s'abriter, le Kremlin avait prévenu mercredi en fin d'après-midi: à minuit, l'aviation russe bombardera l'hôtel Kavkaz, en face du Palais présidentiel. Selon Moscou, l'hôtel est un repaire de moudjahidine afghans et de mercenaires azerbaïdjanais et ukrainiens, venus soutenir la cause de la Tchétchénie contre Moscou.

Après cette déclaration, la direction tchétchène a annoncé que l'hôtel abritait en fait les 20 soldats russes faits prisonniers le 11 décembre lors de l'entrée des troupes russes dans la république caucasienne. Les responsables tchétchènes se sont ensuite réfugiés dans le bunker du président.

Pour remettre au pas la petite république du Caucase qui depuis trois ans entend voler de ses propres ailes, Moscou emploie les grands moyens et veut faire quitter la capitale à tous ceux qui ne seraient pas des combattants.

D'ici quelques jours ou quelques semaines, Moscou espère sans doute avoir encerclé Grozny et lancé l'assaut de ses troupes.

Sur la ligne de front, où Russes et Tchétchènes se livrent à une guerre de positions, les combats mercredi ont été particulièrement violents.

L'APPEL D'ELTSINE

Boris Eltsine avait promis mercredi de garantir les droits et libertés des habitants de Tchétchénie, mais dans le strict cadre de la Constitution russe, excluant a priori une sécession de la république caucasienne. La Constitution ne prévoit pas explicitement le droit à la sécession pour les 89 entités territoriales de la fédération russe. Selon son article 66.5, le «statut» d'un de ces sujets ne peut être changé que par accord entre Moscou et cette entité.

Le président russe a promis que jamais, quelles que soient les circonstances, la déportation du peuple tchétchène ne sera répétée, en allusion à Staline qui avait relégué la presque totalité des Tchétchènes (quelque 400.000 personnes) en Sibérie et au Kazakhstan en 1944 sous l'accusation de collaboration avec l'occupant nazi. Il a assuré que les habitants de Tchétchénie obligés de quitter leur maison en raison des combats et des bombardements de l'armée russe pourront revenir sans aucun obstacle. Boris Eltsine a enfin promis une aide économique, sociale et humanitaire à la république tchétchène pour surmonter les conséquences du régime Doudaïev et restituer une vie normale à ses habitants.

Lors d'une conférence de presse mercredi à Moscou, le ministre des Affaires étrangères Andreï Kozyrev a tenté de justifier l'intervention russe (localiser et isoler le foyer du danger), qui a également servi à délégitimer le régime de Doudaïev. Pour M. Kozyrev, l'opération militaire se développe beaucoup plus lentement que prévu en raison de l'ordre d'épargner au maximum la population civile.

Réputé «libéral», M. Kozyrev avait, quelques jours après l'intervention en Tchétchénie, quitté la fraction parlementaire «Choix de la Russie» du réformateur Egor Gaïdar, qui s'était élevé contre l'opération.

Comme en riposte aux déclarations de MM. Eltsine et Kozyrev, le président Doudaïev a lancé mercredi un appel à l'ONU et à la communauté internationale, dont les dirigeants affirment que la crise en Tchétchénie est une affaire intérieure russe, leur demandant d'utiliser toute leur influence politique pour faire pression sur la Russie afin de prévenir l'escalade du conflit et revenir aux méthodes civilisées de règlement du problème.

Le président indépendantiste a dénoncé l'accord tacite des pays occidentaux et l'accord direct du président américain Bill Clinton à l'agression armée russe. (AFP.)