MISSIONS DE L'ECOLE ET DEMISSIONS

Missions de l'école

et démissions

Cessons de croire que nous ne sommes pas capables de changer le monde. Cette phrase des parents organisateurs de la marche blanche et des comités blancs, nous avons voulu la mettre en pratique pendant un an par notre travail dans la fédération des étudiant(e)s francophones. Nous voulions - nous voulons - changer l'enseignement pour changer la société. Et dans ce sens, nous voulions faire évoluer la FEF pour en faire une force de proposition démocratique et capable de s'ouvrir sur le monde.

Car de quel meilleur outil les politiques disposent-ils, pour construire une société plus dynamique et plus solidaire, que du système éducatif ? Notre communauté francophone n'a pas de projet. Et les politiques sont exclusivement au service de l'économique et des budgets. Mais qu'est-ce que les critères de convergence, la croissance, les taux d'intérêts et la Bundesbank changeront à une société alimentée par un enseignement reproducteur d'injustice et producteur de jeunes qui, de 6 à 25 ans, sont perfusés à la passivité dans des classes et auditoires remplis au-delà du maximum ? Pourtant, quel plus beau projet que celui d'une collectivité qui se met au service d'une école capable de faire de chaque enfant, quelle que soit son origine sociale, un humain créatif et solidaire ?

Comme un jeune sur deux en Communauté française, nous sommes étudiants dans l'enseignement supérieur. Nous avons décidé d'agir sur notre environnement et nous demandons, avec l'ensemble du mouvement étudiant, un enseignement supérieur libre d'accès, visant la réussite de chacun, actif et de qualité. Pour y arriver, nous sommes persuadés que le refinancement de la Communauté française est nécessaire.

Nous demandons un enseignement libre d'accès parce que nous nous opposons à toute forme de sélection basée sur l'argent ou sur l'origine sociale. Chacun sait que notre système de bourses n'est qu'un alibi inefficace. Le taux d'échec (près de deux jeunes sur trois échouent en première année d'enseignement supérieur) est nettement plus élevé chez les jeunes issus de milieux défavorisés. Mais la bourse d'étude est supprimée après le premier échec. Pour vraiment lutter contre les inégalités sociales, il faut donner à ces jeunes un joker. Il faut leur maintenir une bourse après le premier essai. Ne pas le faire, c'est empêcher la plupart d'entre eux de continuer à étudier.

Nous demandons un enseignement actif. Car nous refusons ces institutions qui nous gavent de pseudo-savoir et nous conditionnent à la passivité. On nous parle de lutte contre le chômage par des maribel-bis et des «aides à l'embauche ». Nous répondons par l'apprentissage, dans les cours, de l'action collective et de la prise d'initiative.

Car qui sortira notre économie de son ornière ? Robert Collignon ? Luc Van den Brande ? Louis Schweitzer ? Ou les enfants d'aujourd'hui formés à créer ensemble pour travailler demain contre le chômage ?

Enfin, pour atteindre ces objectifs, nous demandons le refinancement de la Communauté française. « Refinancement», car cet idéal d'enseignement ne pourra être atteint sans suffisamment de profs, de locaux et de matériel (Les hautes écoles ont perdu 30 % de leurs moyens en quatre ans. L'enseignement de promotion sociale plus de 50 %). «Refinancement de la Communauté française» parce que nous voulons ces moyens financiers en solidarité avec les secteurs à charge de cette institution et censés donner la priorité à l'humain que sont la culture, l'aide à la jeunesse, la petite enfance.

Les possibilités techniques de moyens financiers supplémentaires ont été proposées depuis longtemps. Par absence de volonté politique, elles n'ont jamais été sérieusement explorées.

Pour ce projet, nous avons voulu une FEF de conviction et de proposition, une FEF démocratique et ouverte sur le monde. Et pour faire avancer cet idéal, nous avons été heureux de nous associer à la Ligue des familles et à ATD-Quart monde, à la marche multicolore pour l'emploi et aux parents initiateurs des Comités blancs, à la Ligue des droits de l'homme et au Centre pour l'égalité des chances. D'autre part, nous avons voulu, entre autre par le processus des assises, réformer la FEF pour la rendre plus démocratique, pour en faire un vrai parlement étudiant capable de dépasser les clivages qui bloquent traditionnellement la société belge. Certains s'y sont opposés, préférant se crisper sur des étiquettes gauche/droite ou catholiques/laïques... Et récemment, ceux-ci ont employé au sein de la Fédération des moyens arbitraires et antidémocratiques.

Plutôt que de les cautionner par un habituel compromis/compromission, nous avons préféré démissionner tous ensemble. Pas par lassitude. Mais par cohérence entre nos objectifs et les méthodes pour y arriver. Ce geste provoquera peut-être la prise de conscience qui permettra à la FEF de redevenir le parlement étudiant dans lequel nous croyons. De notre côté, nous nous reconnaissons dans la démarche citoyenne des nombreuses personnes présentes à la marche blanche, à la marche multicolore ou à l'euro-marche pour l'emploi. Alors changer le monde ? Pourquoi pas ?

GRÉGOR CHAPELLE,

BÉNÉDICTE LINARD,

JEAN-LUC JOIRET,

EMMANUEL DAUBIE

et RÉGIS WARMONT

Comité exécutif

démissionnaire

de la Fédération

des Etudiant(e)s Francophones

Le titre est de la rédaction.