Le boom du chanvre industriel wallon

Des milliers de plants de cannabis s’étendent à perte de vue dans la commune Marloie (province de Luxembourg). Mais qu’on ne s’y trompe pas. Malgré les fameuses feuilles multilobées et le parfum tenace des inflorescences, ce qui pousse dans les champs wallons, c’est bel et bien du chanvre industriel non psychotrope.

Au cœur de cet ensemble végétal, Jean-Noël Degeye désigne l’endroit où se tiendra bientôt une usine de défibrage du chanvre. De quoi faire de Marloie le bassin de production wallon du chanvre industriel. Une fois fauchées mécaniquement, les tiges séchées (la paille) y seront séparées en deux composants : la fibre (soit l’extérieur des tiges) et la chènevotte (l’intérieur des tiges). «  Actuellement, on fait défibrer à façon en Flandre, chez un liniculteur. Mais les fibres obtenues sont fort longues et nous devons avoir recours à un sous-traitant pour les couper. Quand on aura l’usine, on saura mieux gérer les poids et les dimensions des fibres… et mieux gérer les coûts  », explique l’entrepreneur agronome de 37 ans.

La construction de l’usine de défibrage devrait débuter au début 2016. Avec un coût de 2 millions d’euros et la création de 6 emplois (quatre ouvriers et deux cadres), le projet est ambitieux. Il l’est tant qu’une SA « BeHemp » a été fondée le 15 juillet de cette année pour faire appel aux investisseurs privés. En effet, jusqu’alors, la culture de chanvre wallon était globalement reprise dans une coopérative fondée en 2012. Vingt-neuf agriculteurs et le CER (centre d’économie rurale) de Marloie se lançaient alors dans l’aventure. Depuis lors, le bébé a bien grandi. En 2015, la coopérative comprend 80 agriculteurs, tandis que les superficies cultivées suivent le même mouvement ascendant : de 70 hectares en 2013, on en est à 400 hectares aujourd’hui. «  L’idéal, dès l’an prochain, serait d’avoir 800 hectares à cultiver, car la future usine de défibrage fonctionnera en deux pauses. Tout s’y fera mécaniquement, sans recours à des produits chimiques.  »

Et des fibres obtenues, qu’en fait-on ? Des panneaux d’isolants naturels pour la construction. Faute d’acteur belge, cette étape est réalisée dans le nord de la France. «  Nous travaillons avec le relais Métisse, une entreprise à finalité sociale. Bien que leur activité soit basée sur les vieux jeans qui, une fois effilochés, sont transformés en isolants, ils traitent aussi nos fibres de chanvre.  »

La volonté d’un circuit court

Ce projet mené par la coopérative Belchanvre vise à développer une filière de circuit court pour le chanvre. De la culture des plants à la vente des isolants pour la construction, en passant par la fabrication des différents produits industriels, toute la filière se tiendra dans un rayon d’une centaine de kilomètres autour de Marloie. De quoi limiter fortement les émissions de CO2 dues au transport. Relancée en 2009, la culture du chanvre couvre aujourd’hui 400 hectares en Belgique. Plus de la moitié (220 ha) est bio. «  Belchanvre est le premier producteur de chanvre bio en Europe, on a les yeux rivés sur nous.  » Mais même en culture conventionnelle, le chanvre ne requiert pas l’usage de pesticides ni d’autre produit phytosanitaire. La différence entre les deux types culturaux est liée à l’engrais utilisé, synthétique ou organique.

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