Après les attentats, la N-VA torpille l’unité nationale

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L’unité nationale était fragile mais réelle (à la Chambre, jeudi dernier), la N-VA y met fin.

Signée Karl Vanlouwe, la « carte blanche » - brûlot publiée sur Le Soir+ est endossée, naturellement, par la formation nationaliste flamande, qui fait office de boîte aux lettres. Et qui poursuit ainsi (parachève ?) un travail de sape commencé dans le fracas des attentats de Paris, lorsque la mise en cause de Molenbeek avait donné lieu à l’incrimination appuyée (pour « laxisme », dixit Bart De Wever) de son ancien mayeur Philippe Moureaux et aux déclarations matamoresques de Jan Jambon, ministre de l’Intérieur, appelant à « faire le ménage » dans cette commune d’une Région bruxelloise visée cette fois globalement.

Or donc, Karl Vanlouwe, député flamand à Bruxelles, sénateur coopté, a beau être coutumier de ce genre d’opinions fortes et présumées politiquement incorrectes (du genre : Bruxelles « n’est pas une Région à part entière », la Belgique doit sortir de l’Organisation internationale de la francophonie, etc.), il n’est pas hors piste, il reproduit ici l’ordinaire de la N-VA, ce qui figure dans son programme commun, son projet de toujours, lesquels ciblent, on le sait, la (mauvaise) gestion de la Région bruxelloise, en l’occurrence son organisation en plusieurs zones de police, et dénoncent le « laisser-aller » des autorités publiques régionales en règle générale, la responsabilité du PS en particulier.

Bart De Wever absent au discours de Charles Michel

Au fait, tous avaient noté l’absence de Bart De Wever, leader du principal parti de la majorité, jeudi à la Chambre pour le grand discours de Charles Michel voué précisément à l’unité nationale… Une absence bien dans la ligne d’un parti nationaliste très peu enclin à sacrifier ses fondamentaux, surtout pas au nom d’un consensus Nord-Sud qui le ferait cheminer au moins un temps auprès des socialistes francophones. Non, la lutte contre le terrorisme ? La nécessité de rassembler les forces politiques autour de mesures de sécurité exceptionnelles voire radicales à certains égards ? Trop peu pour eux. Tout cela lie modérément le parti de Bart De Wever, qui exerce ses responsabilités ministérielles au sein de la suédoise tout en maintenant haut et fort, par ailleurs, son corpus idéologique, son discours de campagne permanent, prompt à le rééditer quand il le faut, certainement dans un contexte inquiétant comme celui que nous vivons depuis Paris, propice aux (donneurs de) leçons d’ordre et d’autorité.

Reste que l’unité nationale est envoyée en l’air : comment imaginer encore, après cela, une séance de concorde à la Chambre comme nous l’avons connue jeudi dernier ? Ou une réunion pacifique et constructive des présidents de partis, comme certains le réclament avec force ? Reste encore que le coup de Jarnac – Charles Michel appréciera – est le fait, on l’a souligné, du parti le plus important de la majorité fédérale, alors que l’opposition, loin du film français (où les partis s’étripent), s’efforce (s’efforçait), au moins dans ses principaux faits et gestes jusqu’à présent, de se montrer compréhensive, unitaire.

Le message de Francken

A cet égard, on relit avec intérêt le message déposé dimanche par Theo Francken, N-VA lui aussi, secrétaire d’Etat à l’Asile, sur son compte Facebook, qui visait PS, Ecolo, CDH, FDF, Groen et SP.A, les partis de gauche tout spécialement… Message prémonitoire, où le secrétaire d’Etat N-VA, déplorant que ceux-ci, au long d’une série d’interviews ces dernières semaines, disaient vouloir « se tourner vers l’avenir plutôt que regarder le passé »  , ponctuait familièrement : « Tja, da’s wel wat gemakkelijk hé kameraden… », lisez : « Ah oui, ça c’est trop facile camarades… ».

Pour les nationalistes flamands, il y aurait donc un devoir d’inventaire, aucune raison d’en faire l’économie, et, on l’imagine, à les suivre, l’examen tournera à la confusion des partis francophones qui ont géré Bruxelles (notez : paritairement avec les Flamands dans l’exécutif régional, la N-VA étant, elle, dans l’opposition) ces vingt dernières années, singulièrement à la mise en accusation du PS en leur sein, si l’on suit le parti nationaliste.

Lequel, dans la carte blanche signée Karl Vanlouwe, leste son propos d’une dose polémique pur pétrole, par exemple en parlant d’« islamo socialisme », ou appelant à écarter les « oranges pourries », ce qui vise à mettre le feu à coup sûr.